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Affaire Brahim Ghali : le torchon brûle entre le Maroc et l’Espagne

La très discrète hospitalisation de Brahim Ghali, chef des séparatistes du Polisario, en Espagne le 21 avril dernier, continue de faire du bruit. Nasser Bourita affirme ne pas avoir reçu de “réponses satisfaisantes et convaincantes” aux multiples questions que le Maroc a adressées à l’Espagne, soulignant que cela pourrait sérieusement impacter les relations entre les deux pays. Dans un autre registre, les États-Unis et le Royaume se sont félicités du partenariat qui lie les deux pays. Anthony J. Blinken, secrétaire d’État américain, a assuré à Bourita que l’administration Biden ne fera pas marche arrière sur la marocainité du Sahara proclamée sous l’ère Trump.

Par Mohamed Laabi, Publié le 03/05/2021, mis à jour le 03/05/2021          Temps de lecture 4 min.
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Le Maroc déplore l'attitude espagnole après l'accueil du chef du mouvement séparatiste, Brahim Ghali, le 21 avril dernier à Saragosse © DR

Le Maroc ne décolère pas face à la décision de l’Espagne d’accueillir le 21 avril dernier le chef du Polisario, Brahim Ghali, sur ses terres. L’Espagne affirme avoir accepté cette demande pour des “raisons humanitaires” pour que ce dernier puisse se faire soigner dans un hôpital espagnol. Mais, pour le Maroc, cette justification est dénuée de tout sens et «contraire à l’esprit de partenariat et de bon voisinage».

Dans un entretien accordé à l’agence de presse espagnole EFE, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, souligne que le Maroc n’a toujours pas reçu de «réponses satisfaisantes et convaincantes» à ses multiples questions. En effet, dans un communiqué publié le 23 avril, le département de Bourita a adressé beaucoup d’interrogations à l’Espagne : pourquoi le dénommé Brahim Ghali a-t-il été admis en Espagne en catimini et avec un faux passeport ? Pourquoi l’Espagne a-t-elle jugé utile de ne pas en aviser le Maroc ? Pourquoi a-t-elle opté pour son admission sous une fausse identité ? Pourquoi la justice espagnole n’a-t-elle pas encore réagi aux nombreuses plaintes déposées par les victimes de Ghali ?

Bourita a souligné que tant que le Maroc n’aura pas de réponses à ces questions, les relations entre les deux pays risquent d’être de plus en plus affectées à l’avenir. «Nous allons voir si la réalité et la sincérité de notre relation ne sont pas juste un slogan», dit-il, ajoutant que le Maroc a toujours soutenu l’Espagne contre les mouvements sépératistes catalans. «Lorsque l’Espagne a dû faire face au séparatisme (catalan, ndlr), le Maroc a été très clair au plus haut niveau. Nous avons rejeté tout contact et toute interaction avec eux tout en informant nos partenaires (espagnols, ndlr). Quand ils (les Catalans, ndlr) ont demandé à être reçus, nous avons exigé la présence d’un représentant de l’ambassade d’Espagne», note Bourita.

Lire aussi : Affaire Brahim Ghali : le Maroc déçu par l’attitude de l’Espagne

Dans son entretien, le ministre se demande si l’Espagne veut sacrifier sa relation avec le Maroc pour «un violeur qui a toléré l’esclavage, la torture, le recours aux enfants-soldats et au génocide». Il affirme que la décision de Madrid suscite encore une “incompréhension” du côté marocain.

 

Brahim Ghali auditionné ce mercredi à Madrid

Le chef du mouvement séparatiste sera entendu ce mercredi 5 mai à Madrid après une plainte déposée par le dissident du Polisario, El Fadel Breika. Ce dernier accuse Brahim Ghali d'enlèvement, de détention arbitraire et de torture. Le chef du mouvement séparatiste ne sera pas le seul à être auditionné, il sera accompagné de Sid Ahmed El Batal, haut responsable du Polisario en poste à Tindouf, et Bachir Mustapha Sayed, qui sera entendu le 7 mai, rapporte LeDesk.

Cette annonce est intervenue au lendemain de la parution de l’interview de Nasser Bourita avec l’agence de presse EFE. L’Espagne chercherait-elle par ce moyen à éteindre le feu et calmer ainsi les ardeurs du Maroc ? 

 

Le Maroc et les États-Unis

Anthony J. Blinken, secrétaire d’État américain, a eu ce week-end un entretien téléphonique avec Nasser Bourita. Les deux responsables se sont félicités de l’excellence des relations entre leurs deux pays depuis plusieurs décennies. Blinken a d’ailleurs salué le leadership du roi Mohammed VI dans plusieurs secteurs, dont la lutte contre les changements climatiques, les énergies renouvelables et la promotion de l’économie verte.

Lire aussi : Sahara : les USA appellent l’ONU à nommer au plus vite un nouvel émissaire

Le responsable américain est également revenu sur l’accord tripartite signé avec le Maroc et Israël en décembre 2020, assurant que le Royaume a un «rôle pionnier à jouer dans l’avènement d’une paix durable au Moyen-Orient». Concernant le Sahara, Blinken a assuré que l’administration ne révisera pas la marocanité du Sahara, rapporte le site Axios mettant ainsi un terme aux différentes rumeurs qui ont circulé depuis l’accession de Joe Biden à la présidence du pays.

Le Washington Post souligne dans son article paru le 30 avril dernier que la décision de Donald Trump de reconnaître la marocanité du Sahara a mis Washington en désaccord avec ses alliés européens, les nations africaines et les résolutions de l'ONU.

Si l'on croit la même source, 25 sénateurs ont demandé la révision de la position de Trump concernant le Sahara. Le journal estime qu'avant de prendre une décision, les États-Unis devraient discuter avec le Maroc de son bilan en matière de droits de l'Homme et, en particulier, de ses "atteintes à la liberté d'expression". Le journal fait allusion à Soulaiman Raissouni, rédacteur en chef du journal Akhbar Al-Youm, et Omar Radi, journaliste d'investigation incarcérés et qui attendent leur procès depuis près d'un an. Rappelons que le Maroc est le premier pays à avoir reconnu l'indépendance des États-Unis en 1777, depuis, les deux pays nouent des partenariats intéressants sur tous les fronts.

 

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