Tourisme : la crise sanitaire n’a pas fait que du mal...

Temps de lecture : 5 minutes

Tourisme : la crise sanitaire n’a pas fait que du mal…

TRIBUNE

Alaoui Yasmine

Professeure-chercheure et consultante spécialiste en attractivité et marketing des territoires

Tourisme : la crise sanitaire n’a pas fait que du mal…

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Nombreuses sont les petites structures touristiques qui ont fait preuve de résilience en ces temps de crise…

Publié le 23/06
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Alaoui Yasmine, professeure-chercheure et consultante spécialiste en attractivité et marketing des territoires, a mené une étude scientifique entre septembre 2021 et janvier 2022 sur plus de 37 structures touristiques. En parallèle, et durant cette même période, elle a effectué une autre étude auprès de 675 touristes nationaux ayant séjourné dans une petite structure touristique.

L’objectif étant de faire état de la situation des petites structures touristiques marocaines, d’avoir une idée sur les principaux besoins de la cible et, in fine, formuler des recommandations basées sur les nouvelles tendances du marketing territorial.

 

Détails sur l’étude :

 

Profil : Structures touristiques de petite taille : entre 7 et 35 chambres ;
Type : Auberge / éco-lodge ;
Prix : Entre 500 et 2.500 DH/nuit (bed et breakfeast) ;
Caractéristiques communes : Nature (forêt, montagne, plage ou lac), belle vue, calme, milieu rural, moins de 20 employés et a au maximum deux heures d’une grande ville ;
Terrain d’étude : 10 régions marocaines.

 

Résultats :

– 20/37 des structures affirment que leur visibilité s’est améliorée au cours de la période de la Covid-19 ;

– 23/37 structures déclarent avoir atteint le maximum de leur taux d’occupation après l’autorisation de circulation entre les villes (et même avant) ;

– 30/37 révèlent avoir comme clientèle prédominante les nationaux, même après l’ouverture des frontières ;

– 7/37 structures ont noté la présence d’une nouvelle catégorie de touristes marocains « les séniors » ;

– E 31/37 affirment que c’est grâce au digital qu’ils ont réussi le pari de l’attractivité.

Par ailleurs, les clients âgés de 20 à 65 ans, voyageant seuls, en famille ou entre amis, ont commencé avec la Covid-19 à privilégier les petites structures touristiques (67%). 89% d’entre eux estiment que cela est dû au fait qu’il y a moins de risques de contamination au coronavirus dans les petites structures touristiques se caractérisant par un nombre de chambres restreint et un espace naturel propice au bien être. Alors que 91% cherchent les éco-lodges pour le calme la discrétion et la nature, 95% affirment consulter les réseaux sociaux principalement Instagram et les groupes Facebook pour trouver une destination de qualité. 47% des répondants préfèrent les destinations atypiques, tandis que 45% regrettent l’absence de guide descriptif de l’identité et des spécificités culturelles et naturelles du territoire d’accueil. Et 79% avancent que les prix de la prestation étaient trop élevés contre une qualité moyenne.

La majorité signale le manque de signalétique et la non-présence des pancartes ainsi que le mauvais état de quelques routes qui mènent vers les auberges. «Les bonnes auberges et éco-lodges nécessitent l’achat d’un 4×4 ou le changement de roues une fois de retour chez soi», déplore l’un des répondants. Un autre ajoute qu’«il ne faut surtout pas y aller le soir».

En confrontant les résultats qualitatifs et quantitatifs des deux études auprès des structures et auprès de la cible, l’auteure de l’étude propose des recommandations inspirées des nouvelles tendances du marketing territorial qui pourraient améliorer l’attractivité des petites structures touristiques marocaines :

La Communication de l’identité : puisque le marketing identitaire est devenu un enjeu majeur du marketing territorial. En effet, les touristes nationaux et internationaux sont en perpétuelle quête de l’authenticité des territoires et, ce qui fait que le territoire soit marqué, démarqué et remarqué, c’est son identité. Les structures touristiques gagneraient à mettre à la disposition des touristes des documents, vidéos ou podcasts qui décrivent le territoire dans lequel ils se situent (Histoire, culture, nature, faune et flore, histoires mythiques, produits terroirs, caractère et habitudes des habitants de la région, etc.) pour valoriser le patrimoine matériel et immatériel du territoire.

Raconter l’histoire de la structure : derrière toute petite structure, il y a une histoire et l’étude a confirmé que le stroytelling deviendrait un argument de vente qui permettrait de traduire l’état d’esprit de la structure, surtout dans le marketing du contenu digital.

(Ré) inventer le marketing touristique en misant sur le marketing expérientiel et inclusif : les études ont révélé que la majorité des touristes sont à la recherche d’une expérience, une immersion dans l’environnement de la structure et un contact avec les locaux tout en faisant profiter les habitants du territoire et non seulement les prestataires.

Développer un marketing de reliance (lien-confiance) : pour tisser le lien avec les cibles nationales et les nouvelles cibles qui se développent, à savoir celle des séniors et des jeunes femmes voyageant seules. Et ce, en faisant l’effort de réviser les prix élevés et amélioration tout en améliorant la qualité des prestations.

Notons que cette étude n’est que le début d’un travail scientifique portant sur l’aptitude de résilience des structures touristiques marocaines ayant pour objectif d’améliorer l’hospitalité territoriale (la capacité d’un territoire à retenir ses habitants, ses touristes et ses investisseurs) ainsi que son attractivité (la capacité d’un territoire à attirer sur place des actifs porteurs de valeur pour le territoire).

Mais encore