«Je ne sais pas comment les habitants du Haut Atlas vivent. Mais aujourd’hui, je sais comment ils meurent»

Le séisme dévastateur qui a secoué la région d’Al Haouz dans la nuit du 8 septembre a suscité une vague d’émotions et de solidarité à travers le pays. Pourtant, au-delà des images de chaos, se cache une autre tragédie, celle de régions montagneuses isolées, où des habitants vivent en marge du monde moderne.

A A A A A

Tribune

Omar Chadi

Pilote

Temps de lecture : Publié le 13/09/2023 à 10:27
favoris

Dans le cadre de mes voyages, il m’est arrivé de survoler le Haut Atlas. Ce qui impressionne d’abord, c’est le gigantisme des sommets qui séparent le Maroc en deux. Mais le véritable miracle n’apparaît qu’à l’œil scrutateur qui, au détour d’un rocher immense ou d’une vallée tortueuse, verra ici un troupeau de brebis, là un berger et, non loin, une petite maison. Le véritable miracle, c’est que des gens vivent là. Comment font-ils pour vivre là ? Pas une route en vue, pas un poteau électrique, et pas d’antenne téléphonique en vue. Les habitants du Haut Atlas vivent seuls, séparés du reste des Marocains, ils vivent isolés, mais ils mènent une vie heureuse, du moins je l’espère.

Le vendredi 8 septembre 2023, un séisme est survenu dans la région d’Al Haouz. De Marrakech nous parviennent les images d’un chaos indescriptible. Les cris de terreur des premiers instants ont vite cédé la place aux sanglots de chagrin, et leur écho est planétaire. De toutes les chancelleries, les missives de condoléances parviennent au Maroc, et les propositions d’aide affluent. Les autorités marocaines en acceptent certaines et en déclinent d’autres.

Dans son désarroi, la population marocaine est révoltée. Sommes-nous en position de refuser les mains tendues ? Surtout que chacun sait que les images de Marrakech ne sont que la partie visible de la catastrophe. À mesure que les routes sont déblayées, les nouvelles commencent à affluer des sommets. À Amezmiz, à Taroudant, à Imlil, ça sent la mort. Peu importe le nombre de sauveteurs, le nombre d’excavatrices et le nombre de médecins qui seront dépêchés sur les lieux, atteindre ces régions prendra du temps, un temps que les personnes prises sous les décombres n’ont pas.

On peut trouver tout un tas de défauts au Makhzen, mais il n’est ni ignorant, ni incompétent. Les autorités ont bien tiré les leçons des catastrophes passées. Comme pour le tsunami en Thaïlande de 2004 et le séisme de Haïti en 2010, elles savent que trop d’aide internationale peut faire plus de mal que de bien. Elles gardent le silence. Elles gardent le silence de ceux qui savent qu’il est trop tard. Le silence de ceux qui auraient dû bâtir des routes, installer des poteaux électriques et des antennes téléphoniques. À leur silence pudique répond un autre silence. Celui des dizaines de douars dont nous n’avons toujours pas la moindre nouvelle. Celui des dizaines de douars dont nous n’aurons plus jamais la moindre nouvelle.

Je ne sais toujours pas comment les habitants du Haut Atlas vivent. Mais aujourd’hui, je sais comment ils meurent. Ils meurent seuls, séparés du reste des Marocains, ils meurent isolés, mais ils ont mené une vie heureuse, du moins je l’espère.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Publié le 30/01Quand la réputation se joue en défense

Mais au-delà du spectacle, le football rappelle une évidence : les grandes compétitions ne se gagnent pas uniquement grâce au talent offensif. Elles se gagnent par l’équilibre, la capacité à avancer sans se découvrir, à tenir le rythme quand la pression monte, à défendre lorsqu’un match devient instable. Cette logique, on la retrouve aujourd’hui dans le monde de la communication, et plus encore dans l’évolution du rôle des relations presse. Pendant longtemps, les RP ont été pensées comme un outil…

Par Jihane Bram, CEO, Founder, Anawi Agency
Publié le 09/01Transition énergétique en Mauritanie : quels sont les principaux défis ?

Elle est également confrontée aux défis économiques et sociaux d’un pays. Ses contraintes, notamment en termes d’approvisionnement, répercutent d’autant plus vite sur la conduite d’autres secteurs, qu’elle est peu ou prou stockable et la demande varie considérablement au fil du temps. Dans cet article, on abordera sa problématique en Mauritanie sous trois aspects : importance stratégique du secteur de l’électricité; facteurs influençant la demande; défis. Importance stratégique de l’électricité L’électricité est d’une importance vitale pour la vie quotidienne des sociétés…

Par Cheikh Ahmed ould Mohamed, Ingénieur, chef du service Etudes et développement de l’établissement portuaire de la Baie du repos de Nouadhibou en Mauritanie.
Publié le 06/012026 : quelle sorte de lueur éclairera le monde ? Diomaye-Sonko : l’espérance d’un phare !

Une cruelle année 2025 s’est achevée ! Nos pensées vont au grand peuple sénégalais, peuple de foi, à celui déchirant de Gaza, à tous les peuples qui cherchent des poubelles pour manger et qui ne trouvent que des débris d’ogives ou des discours creux aux voix politiques ventrues. Nous pensons aussi à ces milliers d’enfants mourants. On sait de quoi sera enceinte 2026 : de sang, d’excès de pouvoir, de rage de conquêtes, de spoliations, de bave raciale, de risques…

Par Amadou Lamine Sall, Poète, lauréat des Grands Prix de l’Académie française, Grand-Croix de l’Ordre du Mérite du Sénégal.
Publié le 05/01Témoignage 2025, quand la planète a brûlé et que le masque est tombé

Quel sens peut avoir la défense de la nature si l’être humain lui-même est effacé de l’équation ? C’est un cri lancé à la face d’un monde qui a perdu sa boussole morale. Car l’environnement ne commence pas avec les arbres et ne s’achève pas avec les autres formes de vie, il commence par l’être humain lui-même. Tout discours environnemental qui ignore l’extermination, la faim et la privation forcée perd sa substance et se transforme en un exercice technique froid,…

Par Mohammed Tafraouti, Activiste environnemental, spécialiste des questions oasiennes et du développement durable
Publié le 02/01La volatilité du dirham, un frein à l’attractivité économique du Maroc

Longtemps perçu comme un indicateur technique réservé aux spécialistes, le taux de change s’impose aujourd’hui comme un déterminant central de la confiance des investisseurs et de la stabilité macroéconomique. Dans une économie de plus en plus ouverte, la valeur du dirham ne se limite pas à un simple rapport de conversion entre monnaies. Elle influence directement la compétitivité des entreprises, le coût des importations, la rentabilité des projets d’investissement et, in fine, la trajectoire de croissance du pays. Mais au-delà…

Par Houda Zouirchi, Professeure, HEC Business School Rabat
Publié le 22/12Chutes de neige à la mi-décembre 2025 : le Maroc face à une forteresse hydrique naturelle

Le Centre des applications de la télédétection (CRSA) de l’Université Mohammed VI polytechnique a analysé cet événement exceptionnel à l’aide d’images satellitaires, de mesures de terrain, de modèles physiques et d’algorithmes d’intelligence artificielle, afin de fournir une évaluation précise des quantités de neige et de leur rendement hydrique. Principaux résultats Les images satellitaires ont révélé qu’une superficie de 46.148 km² était couverte de neige le 18 décembre 2025. Les mesures de terrain effectuées à la station d’Oukaïmeden (2.600 m) le…

Par Mohammed Tafraouti, Écologiste Marocain, Président du Centre Perspectives Environnemental Pour l'information et Développement.
Publié le 21/12Après le gâchis des 18 années de gestion du CCME, le nécessaire sursaut !

Quel bilan peut-on faire de l’existence de cette institution nationale et de sa gestion par les mêmes responsables depuis 18 ans ? Pour ce faire, nous partirons des attributions et cahier de charges du CCME fixés par le dahir royal n°1-07-208 du 21 décembre 2007 portant création du Conseil. La mission est double : Elle est d’abord consultative, avec l’élaboration d’avis consultatifs sur tout ce qui touche au vaste domaine multidimensionnel de la communauté marocaine établie à l’étranger. Elle est…

Par Abdelkrim Belguendouz, Universitaire a Rabat, chercheur en migration
Publié le 19/12Quand l’argent public finance l’opinion, le contrôle citoyen devient une obligation

Il est un principe démocratique fondamental, une règle solide dans tout système qui se réclame de la représentativité : chaque dirham de deniers publics doit être soumis à l’obligation de reddition politique. C’est le socle. Sur cette base, plusieurs distinctions s’imposent : Une entreprise médiatique lucrative n’est pas une association caritative. Un soutien public n’est pas un droit acquis. La liberté d’expression garantit le droit de s’exprimer, pas celui d’être financé par l’argent public. Dès lors, la demande formulée par un…

Par Nabil Adel, Membre du conseil national du mouvement populaire.
Voir plus
Publié le 06/12Aux frontières du réel et de la fiction dans le roman social : le cas « Houris »

Cependant, cette pratique pose une question délicate : où s’arrête l’inspiration et où commence l’appropriation illégitime d’une histoire personnelle ? L’affaire entourant Kamel Daoud et son roman Houris illustre les tensions qui surgissent lorsque fiction et réalité s’entrelacent. Lauréat du prix Goncourt 2024, Daoud se voit reproché d’avoir utilisé, sans consentement, le récit d’une survivante de la guerre civile algérienne, ancienne patiente de son épouse psychiatre. Si l’écrivain réfute ces accusations en invoquant la fiction comme territoire libre, cette controverse…

Par Intissar Haddiya, Médecin et auteure marocaine
Publié le 30/12Les tendances et les défis du marché immobilier au Maroc

Dans les grandes agglomérations, les tendances sont tout aussi disparates. À Casablanca, l’IPAI a reculé de 1%, avec des baisses de 0,5% pour les biens résidentiels, de 2,7% pour les terrains, et de 2,2% pour les actifs professionnels. La ville a également enregistré une contraction significative de 30,1% des transactions, notamment pour les terrains (-41,7%) et les locaux professionnels (-33,3%). À Rabat, les prix ont diminué de 0,6% globalement, avec une baisse notable de 7,5% des actifs professionnels, mais les…

Par Karim Mabrour, Fondateur et CEO de MKM Immobilier
Publié le 23/11Le Maroc : pilier stratégique de la coopération sécuritaire et du renseignement dans un contexte géopolitique évolutif

Le rôle du Maroc s’étend bien au-delà de la simple défense de son intégrité territoriale face aux revendications désuètes du Polisario, il incarne une riposte systématique aux menaces qui gangrènent la stabilité de l’Europe, du Sahel et du Maghreb. La position géostratégique du Maroc, à la croisée de l’Atlantique, de la Méditerranée et du Sahel, confère au pays une fonction essentielle dans l’architecture sécuritaire mondiale. Les services de renseignement marocains, notamment la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST)…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 16/01L’intégration de l’année juive dans les célébrations marocaines : un pas vers l’équité culturelle

La célébration de l’année hégirienne incarne le socle islamique fondamental de l’identité marocaine, tandis que la commémoration de l’année grégorienne illustre l’ouverture du Royaume au monde moderne et son interaction avec la culture occidentale. La célébration de l’année amazighe, quant à elle, honore des racines ancestrales profondes liées à l’identité amazighe, un pilier fondamental du tissu social marocain. Bien que ces festivités témoignent d’une reconnaissance certaine de la diversité culturelle marocaine, elles révèlent néanmoins des lacunes criantes si elles n’incluent…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 28/01Green Impact Expo & Summit, un carrefour mondial pour une mobilité durable

Une ambition qui dépasse les frontières Au-delà de l’exposition et des conférences, le Green Impact Expo & Summit porte une vision : celle de créer une communauté marocaine de la mobilité durable, où chaque acteur, qu’il soit industriel, institutionnel, académique ou citoyen peut contribuer à construire les solutions de demain. Cet événement incarne une dynamique unique, où la collaboration transcende les simples enjeux commerciaux pour embrasser une responsabilité collective envers l’avenir de notre planète. Dans un contexte où les politiques…

Par Omar Amarouch, Chargé des partenariats et de la commercialisation du Green Impact Expo & Summit,
Publié le 22/11Asynchroni-Cités : quand les rythmes urbains se désaccordent

Dans ces environnements urbains, les rythmes de vie, les infrastructures et les dynamiques sociales ne sont plus en phase, créant une fragmentation de l’expérience urbaine. L’urbanisation rapide, souvent motivée par des impératifs économiques plutôt que par une vision cohérente de la ville, conduit à un désaccord entre les différents éléments qui composent la cité. Les transports fonctionnent à une cadence différente de celle des besoins résidentiels, les espaces de travail ne s’intègrent pas harmonieusement aux zones de loisirs, et les…

Par Mohammed Hakim Belkadi, Consultant architecte des écosystèmes urbains prédictifs et des milieux interconnectés expert judiciaire
Publié le 08/11Le Maroc exige de l’ONU une action décisive pour contrer les manœuvres déstabilisatrices dans la région

Ce régime, dont les pratiques empiètent systématiquement sur la souveraineté des nations voisines, s’appuie en interne sur une propagande mensongère visant à alimenter la haine, à détourner ses citoyens de leurs véritables aspirations, et à les priver de leur droit légitime au développement, à la justice sociale, et à la prospérité. Son objectif est évident : manipuler l’opinion publique pour la maintenir captive de projets idéologiques en décalage complet avec les besoins et les droits réels de ses citoyens. Après…

Par Faiçal Marjani, Acteur associatif
Publié le 07/02Green Impact Expo & Summit 2025 : une programmation scientifique pour penser la mobilité durable de demain

Une réflexion scientifique pour une mobilité durable La programmation scientifique du Green Impact Expo & Summit repose sur une approche transversale qui intègre les dimensions économiques, sociales et environnementales de la mobilité. L’objectif est clair : élaborer des solutions innovantes adaptées aux territoires et aux besoins des populations, tout en répondant aux impératifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, s’est fixé un objectif ambitieux de réduction de 45% de…

Par Mehdi Amarouch, Directeur du programme Green Impact Expo & Summit
pub