Confidentialité et cybersécurité : qui impose ses règles, la loi ou la technologie?

Dans notre monde contemporain, marqué par une révolution technologique sans précédent, les plateformes de médias sociaux sont devenues une partie intégrante de notre vie quotidienne. Elles sont passées d’un simple moyen de communication avec des amis et de la famille à un terrain propice à la commission de crimes informatiques. Ce qui soulève ainsi des questions juridiques concernant la nature des preuves numériques et la manière de les traiter dans le cadre du droit.

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Tribune

Yassine Kahli

Conseiller juridique et chercheur en sciences juridiques

Temps de lecture : Publié le 15/08/2024 à 16:59
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Les preuves « numériques » diffèrent des preuves traditionnelles à plusieurs égards. Elles sont facilement manipulables et effaçables. Celles-ci comprennent les e-mails, les publications, les commentaires et les médias multimédias qui sont partagés sur les plateformes de médias sociaux. Ces preuves « numériques » constituent une source puissante pour attester des crimes informatiques, mais elles soulèvent en même temps de nouveaux défis pour les enquêteurs et les juges.

Les défis liés aux preuves numériques :

  • Manipulation et suppression : La facilité avec laquelle les informations numériques peuvent être manipulées est l’un des principaux défis auxquels est confrontée l’utilisation des preuves numériques dans les affaires pénales. Il est possible de supprimer des messages, de modifier leur contenu, voire de créer des messages falsifiés pour induire les enquêteurs en erreur.
  • Crédibilité et documentation : La crédibilité est l’un des facteurs les plus importants qui déterminent la valeur des preuves numériques dans les affaires pénales. Les messages échangés sur les plateformes de médias sociaux peuvent être falsifiés, modifiés ou trompeurs en raison d’une mauvaise interprétation ou d’un dysfonctionnement de la communication.
  • Confidentialité et protection des données : La question de la confidentialité est l’un des défis les plus importants auxquels est confrontée l’utilisation des preuves numériques dans les affaires pénales. Les messages échangés sur les plateformes de médias sociaux peuvent contenir des informations personnelles sensibles, telles que des données financières, des données médicales ou même des données politiques.

Le cadre juridique, entre confidentialité et justice :

Les lois des pays diffèrent en ce qui concerne le traitement des preuves numériques provenant des plateformes de médias sociaux. Dans certaines législations, ces preuves sont considérées comme faisant partie des « communications électroniques » et sont soumises à des lois strictes concernant la surveillance et la protection de la vie privée. Dans d’autres pays, elles sont traitées dans le cadre des « services de la société de l’information », ce qui modifie la nature du suivi juridique de leur utilisation devant les tribunaux.

Les défis juridiques pour concilier confidentialité et sécurité :

L’utilisation des preuves numériques provenant des plateformes de médias sociaux pose de nombreux défis juridiques, dont la question de la confidentialité. Dans de nombreux pays, tels que les États-Unis et le Royaume-Uni, il existe des lois qui protègent les données personnelles des individus et définissent les conditions d’utilisation des preuves numériques dans les enquêtes pénales.

  1. États-Unis : Lois de protection de la vie privée

Aux États-Unis, les lois de protection de la vie privée sont considérées comme l’un des facteurs les plus importants qui déterminent la manière dont les preuves numériques sont utilisées dans les affaires pénales. Le Congrès a adopté plusieurs lois qui garantissent les données personnelles des individus, telles que la « Digital Privacy Act » et la « Privacy Act ».

  1. Royaume-Uni : Lois réglementant les pouvoirs d’enquête

Au Royaume-Uni, les lois réglementant le pouvoir d’enquête sont un facteur essentiel pour déterminer la manière dont les preuves numériques sont utilisées dans les affaires pénales, ce qui a un impact important sur le contexte de la justice pénale. Le Parlement a adopté plusieurs lois qui protègent les données personnelles des individus, telles que la « Regulation of Investigatory Powers Act » (RIPA) de 2000.

  1. France : Charte d’Internet ouvert et sûr

En France, la Charte d’Internet ouvert et sûr constitue une garantie éthique et juridique qui régit l’utilisation des preuves numériques dans les affaires pénales. Dans sa quête constante de protection de la vie privée des individus, le gouvernement français a adopté des lois strictes qui protègent leurs données personnelles, telles que la « Data Protection Act ».

  1. Égypte : Loi sur la lutte contre les crimes liés aux technologies de l’information

En Égypte, il existe des lois sur la lutte contre les crimes liés aux technologies de l’information qui constituent une feuille de route définissant la manière dont les preuves numériques sont utilisées dans les affaires pénales. Plusieurs lois ont été adoptées pour protéger les données personnelles des individus, telles que la loi n° 175 de 2018 relative à la lutte contre les crimes liés aux technologies de l’information.

Le cadre juridique international et la nécessité de la coopération :

Il est de plus en plus important de mettre en place un cadre juridique international pour traiter les preuves numériques provenant des plateformes de médias sociaux, compte tenu de leur nature transfrontalière. Les crimes commis sur Internet peuvent impliquer des personnes de différents pays, ce qui rend la coopération internationale nécessaire pour garantir que la justice est rendue.

La Convention de Budapest sur la cybercriminalité est l’un des principaux cadres juridiques internationaux qui vise à promouvoir la coopération entre les États dans la lutte contre la cybercriminalité. Elle a été adoptée par la Commission des Nations Unies pour le droit pénal international à Budapest, en Hongrie, en 2001 et est entrée en vigueur en 2004. Plusieurs pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Égypte, ont signé cette convention.

L’utilisation des preuves numériques devant les tribunaux pour garantir la crédibilité et la légalité :

L’utilisation des preuves numériques devant les tribunaux exige des procédures spécifiques pour garantir leur crédibilité et leur légalité. Les preuves doivent être collectées conformément aux lois nationales et internationales, et il est nécessaire d’obtenir les autorisations et les licences nécessaires auprès des autorités compétentes. Les preuves doivent également faire l’objet d’une documentation précise pour garantir qu’elles n’ont pas été manipulées.

  • Garantir la crédibilité : Les preuves numériques doivent être documentées avec précision, en précisant leur source, leur date et la manière dont elles ont été obtenues. Il faut également vérifier l’authenticité des preuves, en s’assurant qu’elles n’ont pas été manipulées ou modifiées.
  • Garantir la légalité : Il faut obtenir les autorisations nécessaires auprès des autorités compétentes avant de collecter des preuves numériques, en tenant compte des lois de protection de la vie privée et des droits de l’homme. Les preuves doivent également être collectées conformément aux procédures légales, en tenant compte des droits des accusés.

Les défis contemporains face aux crimes commis sur les plateformes de médias sociaux :

Les crimes commis sur les plateformes de médias sociaux comprennent un large éventail d’activités illégales, notamment la fraude informatique, le chantage et le harcèlement. Ce type de crime se caractérise souvent par le fait qu’il est commis au-delà des frontières nationales, ce qui complique le processus d’enquête et de preuve. Par conséquent, les preuves numériques provenant de ces sites jouent un rôle crucial pour découvrir ces crimes et les prouver devant les tribunaux.

1- Types de crimes :

  • Fraude informatique : Les plateformes de médias sociaux peuvent être utilisées pour tromper les gens et les exploiter afin d’obtenir leur argent ou leurs informations personnelles.
  • Chantage : Les plateformes de médias sociaux peuvent être utilisées pour menacer les victimes de diffuser des informations privées ou des photos d’elles si elles ne donnent pas un équivalent financier ou autre.
  • Harcèlement : Les plateformes de médias sociaux peuvent être utilisées pour envoyer des messages insultants ou menaçants aux victimes, ou pour diffuser des images ou des vidéos humiliantes à leur sujet et contraires aux bonnes mœurs.
  • Incitation à la haine : Les plateformes de médias sociaux peuvent être utilisées pour diffuser des messages incitant à la haine et à la violence contre autrui en raison de leur religion, de leur origine ethnique ou de leur sexe.

2- Comment concilier la liberté d’expression et la protection de la vie privée ?

  • Droits de l’homme : Les preuves numériques doivent être traitées avec respect pour les droits de l’homme, en tenant compte du droit à la vie privée et du droit à la défense.
  • Liberté d’expression : Les preuves numériques doivent être traitées avec respect pour la liberté d’expression, en tenant compte du fait que certains messages peuvent être insultants ou trompeurs, mais ne constituent pas un crime.
  • Justice : Les preuves numériques doivent être traitées avec équité et justice, en tenant compte du fait que certaines preuves peuvent être trompeuses ou falsifiées et que certains messages peuvent être offensants, mais ne relèvent pas du domaine du crime.

Ainsi, il apparaît clairement que la gestion des preuves numériques dans les enquêtes pénales exige une approche globale et collaborative. La mise à jour des structures juridiques, le renforcement de la coopération internationale et l’adaptation des procédures judiciaires sont des éléments essentiels pour garantir un équilibre entre la protection de la vie privée et la sécurité publique. Seule une action concertée permettra de relever les défis posés par les technologies modernes et de garantir une justice équitable dans un monde numérique en constante évolution.

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