Startups au Maroc : un écosystème actif, mais encore à l’étroit

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Startups africaines : le Maroc peine à suivre le rythmeImage d'illustration © DR

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Le paysage de la Tech au Maroc en 2025 illustre une réalité contrastée : une activité soutenue mais encore marginale dans l’échelle continentale, où la croissance se mesure plus en qualité des opérations qu’en volume massif de capitaux. Détails.

D’après le rapport Africa Tech Venture 2025 publié par le cabinet Partech, le Maroc a attiré environ 80 millions de dollars au total en 2025 (environ 79 millions de dollars en equity et près de 2 en dette), répartis sur 29 transactions, soit une légère progression du nombre de rounds (+7% en volume) mais une contraction marginale des montants par rapport à l’année précédente (-6%).

Cette position place le Maroc dans la « deuxième catégorie » des marchés africains : visible, actif et capable de générer des projets investissables, mais encore loin des hubs qui concentrent la majeure partie du capital (Kenya, Afrique du Sud, Égypte, Nigéria). Ainsi, le Maroc contribue à l’élargissement géographique de l’écosystème, mais sans encore absorber des tickets de très grande taille ni des séries de croissance qui basculent une activité nationale en un centre régional.

Le Maroc, un marché en pleine consolidation

Le rapport Partech 2025 dresse toutefois un portrait nuancé du financement technologique au Maroc : les chiffres montrent une activité réelle ; une vingtaine de levées et des dizaines de millions de dollars engagés. Ces chiffres masquent cependant des limites structurelles qui freinent la transformation d’initiatives prometteuses en champions régionaux. À première vue, le Maroc se situe dans une catégorie intermédiaire : suffisamment attractif pour générer des rounds récurrents, mais encore loin des hubs africains qui concentrent les méga-tours et les fonds importants.

Derrière les totaux, la réalité opérationnelle est plus parlante. Le nombre de transactions signale une base d’amorçage active, preuve d’un écosystème en consolidation ; en revanche, les tickets supérieurs à 20 millions de dollars restent rares et les rounds de croissance sont peu nombreux. Autrement dit, si les start-ups marocaines se créent et se financent au stade initial, peu d’entre elles trouvent localement les ressources nécessaires pour passer à une étape de scale significative.

La faible présence d’instruments non-dilutifs sur le marché national est une autre lecture importante du rapport. La dette destinée aux scale-ups demeure en effet marginale, ce qui augmente la dépendance à l’égard de l’equity et, par conséquent, la dilution des fondateurs. Alors que, sur le continent, le recours au crédit d’entreprise gagne du terrain comme levier de maturation, le Maroc semble encore ne pas tirer pleinement parti de cette option pour prolonger les trajectoires de croissance sans céder trop tôt des parts de capital.

Défis structurels à dépasser

Pour sortir de cette impasse, le rapport suggère plusieurs leviers concrets. Le premier consiste à améliorer la conversion du Seed en Séries A sur le territoire national. Pour ainsi faire, Partech préconise de multiplier les fonds de co-investissement, structurer des programmes de mentoring opérationnel et lancer des véhicules focalisés sur la phase de scaling régional. Ces dispositifs, en rapprochant capital et accompagnement, permettraient d’accélérer la maturation des jeunes pousses et de réduire la nécessité d’aller chercher capital et expertise exclusivement à l’étranger.

Un second levier stratégique est le développement d’un marché local de dette pour les scale-ups matures. En ciblant des entreprises aux modèles éprouvés (revenu récurrent, gouvernance claire, reporting financier), les prêteurs peuvent proposer des produits non dilutifs adaptés aux filières locales (fintech, e-commerce, logistique). Ce basculement vers des instruments de dette, observé à l’échelle du continent, réduirait la pression sur l’equity et offrirait aux fondateurs davantage de flexibilité dans leur trajectoire de croissance.

Le Maroc dispose par ailleurs d’atouts sectoriels à valoriser. Les entreprises software, cleantech, healthtech et mobilité/e-commerce constituent des niches où des compétences locales, des infrastructures et des chaînes industrielles peuvent créer de la valeur ajoutée. Une politique publique favorisant la R&D, les marchés publics ouverts aux solutions locales et des incitations ciblées pourrait attirer davantage d’investisseurs spécialisés et renforcer la pertinence des projets marocains à l’échelle régionale.

Enfin, l’amélioration de l’interface entre investisseurs et start-ups apparaît comme une nécessité opérationnelle, selon le rapport. Mieux documenter les benchmarks locaux, systématiser la transparence sur les exits et structurer un petit nombre de fonds de croissance domestiques ou régionaux faciliteraient l’accès aux séries supérieures sans dépendre uniquement du capital panafricain ou étranger. En somme, il s’agit de construire les conditions qui permettent au pipeline de seed de se transformer réellement en trajectoire de scale.

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Afrique, un continent qui bascule

Sur le plan continental, 2025 marque un tournant où la dette devient un pilier structurant du financement tech, tandis que l’equity recommence à croître, mais sans reproduire la concentration extrême observée dans le boom mondial impulsé par l’IA.

En chiffres : 4,1 milliards de dollars levés au total (+25%), dont 2,4 milliards en equity (+8%) et 1,64 milliard en dette (+63%) ; 570 deals recensés (+7%). Ces totaux montrent un rebond réel, mais porté majoritairement par un essor du crédit et par une augmentation des tailles moyennes de ticket, pas par une explosion du nombre de transactions.

La dette, un instrument de maturation sur le continent

En Afrique, la dette n’est plus marginale. En 2025, elle a atteint un record historique en valeur et en nombre de transactions (1,64 milliard de dollars, 107 deals). Elle représente désormais environ 41% du capital total déployé, un bond de 17% depuis 2019. Cette dynamique traduit la montée d’entreprises plus matures, capables de service de dette et d’un reporting financier robuste, et l’appétence des prêteurs pour des modèles à cash-flow.

Conséquence pratique : le financement non-dilutif complète l’écosystème et permet aux fondateurs de poursuivre la croissance sans céder trop tôt leur capital. Mais cela pose aussi une exigence, celle de la gouvernance et de la qualité de l’exécution qui doivent s’améliorer pour limiter les risques de surendettement.

Une concentration qui se renforce au sommet

La capitalisation se concentre encore davantage : les quatre premiers marchés (Kenya, Afrique du Sud, Égypte, Nigéria) ont capté environ 72% des fonds en 2025 et environ 68% des deals. Kenya s’est hissé en tête par financement total (environ 1,04 milliard de dollars), porté par des opérations de grande taille et une forte composante dette ; l’Afrique du Sud, elle, a regagné le leadership sur l’equity (près de 643 millions de dollars).

Le secteur fintech reste le pilier — le plus grand consommateur de capitaux et le plus actif en nombre de transactions (≈1,49 G$ en 2025), malgré une légère contraction annuelle. Parallèlement, la Cleantech a connu une progression spectaculaire (+99% YoY, ≈1,18 G$), soutenue majoritairement par des tickets de dette lourds, ce qui illustre l’appétit des investisseurs pour les modèles capital-intensifs liés à l’énergie et aux infrastructures. La Healthtech et l’Enterprise software progressent aussi fortement, signalant une diversification réelle des moteurs de croissance.

Quelles recommandations pour l’Afrique ?

Le rapport met en exergue un faisceau de défis collectifs qui, s’ils ne sont pas traités de manière coordonnée, risquent de freiner la maturation du tissu technologique africain. Plutôt que de pointer des faiblesses isolées, il invite à repenser l’écosystème dans sa globalité : renforcer la base d’amorçage, fluidifier les mécanismes de sortie, investir dans des infrastructures de données et adapter le cadre réglementaire au nouvel âge de la dette. Ces leviers, pris ensemble, conditionnent la capacité des start-ups à franchir l’étape critique du scale-up.

D’abord, le pipeline d’amorçage demande une reconstruction active. Après plusieurs années d’érosion relative du Seed, le continent manque de ce vivier de jeunes entreprises qui alimentent ensuite les Séries A et B. Remédier à cette faiblesse passe par la multiplication de fonds d’amorçage locaux, le développement d’incubateurs opérationnels capables d’offrir du mentoring concret, et surtout un accompagnement post-investissement systématique. Sans ces dispositifs, les promesses du stade initial peinent à se transformer en trajectoires de croissance durables.

Sur le plan technologique, l’Afrique ne doit pas courir après les fondations d’IA globales à tout prix, mais jouer sa propre carte en misant sur l’IA appliquée, tranche Partech. Cela signifie investir dans l’infrastructure cloud, le compute local et la constitution de data-pools pertinents et régulés (ensembles de données locales permettant de bâtir des solutions adaptées aux réalités africaines). Ces investissements faciliteront des gains d’efficacité opérationnelle et créeront des opportunités commerciales réplicables à l’échelle régionale, à condition toutefois d’encadrer la collecte et l’usage des données.

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Pris dans leur ensemble, ces chantiers forment une feuille de route pragmatique : sans renforcement du Seed, fluidification des exits, montée en puissance des infrastructures de données et régulation intelligente de la dette, la promesse d’un écosystème tech africain autonome et résilient restera partielle. Les décideurs publics, investisseurs et acteurs privés ont donc un rôle complémentaire à jouer pour transformer ces recommandations en actions concrètes.

Le rapport Partech 2025 dessine, en somme, un continent en transition. Un continent moins aligné sur la frénésie IA du capital mondial, et plus orienté vers une croissance pragmatique, sectorielle et structurée. Pour le Maroc, la feuille de route apparaît claire : consolider les acquis (talents, capacités industrielles, diaspora), développer l’accès à la dette pour les scale-ups, et surtout bâtir une offre d’accompagnement capable de transformer les jeunes pousses locales en champions régionaux.

Equity (fonds propres)
L’equity désigne les capitaux investis en échange d’une part du capital de l’entreprise. Concrètement, l’investisseur devient actionnaire et parie sur la croissance de la start-up pour réaliser un gain lors d’une revente (exit) ou d’une introduction en Bourse. Ce type de financement ne nécessite pas de remboursement, mais il dilue la participation des fondateurs, qui cèdent une partie du contrôle de leur société.

Dette
La dette correspond à des financements qui doivent être remboursés selon un calendrier et des conditions définies à l’avance (intérêts, échéances). Elle peut prendre la forme de prêts bancaires, de dettes structurées ou de « venture debt » dédiée aux start-ups. Contrairement à l’equity, la dette n’entraîne pas de dilution du capital, mais elle impose une discipline financière stricte, car l’entreprise doit générer suffisamment de revenus pour honorer ses engagements.

Seed
Le seed est la première phase structurée de financement d’une start-up. Elle intervient après l’idée initiale et sert à développer un produit minimum viable, tester le marché et constituer une première équipe. Les montants levés sont généralement limités et proviennent de business angels, de fonds d’amorçage ou de programmes d’accélération. C’est une phase à haut risque, où la viabilité du modèle économique reste à démontrer.

Série A
La Série A marque l’entrée dans une phase de structuration et de croissance. La start-up a validé son produit et son marché, et cherche désormais à accélérer : recrutement, développement commercial, amélioration technologique. Les investisseurs attendent des indicateurs clairs (revenus, utilisateurs, traction) et des perspectives de croissance. Les montants levés sont significativement plus élevés qu’au seed.

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