Secteur informel : état des lieux et enjeux économiques

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Le secteur informel namibien emploie plus de la moitié de la population activeCommerçants informels exerçant dans la rue © DR

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Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié les résultats de son enquête nationale consacrée aux unités de production opérant dans le secteur informel en 2023/2024. Cette enquête vise à actualiser les données sur ce segment économique majeur, en analysant son insertion dans l’économie nationale, sa contribution à la richesse et à l’emploi, ainsi que les conditions d’exercice des unités informelles.

L’étude porte exclusivement sur les unités non agricoles ne disposant pas d’une comptabilité officielle conforme à la réglementation marocaine, excluant les activités illicites et la production volontairement non déclarée au sein d’unités formelles. Pour surmonter l’absence d’une base de sondage exhaustive, la méthodologie a combiné une première phase d’identification des unités informelles à partir de l’enquête nationale sur l’emploi, suivie d’une enquête directe auprès de 12.391 unités de production informelles (UPI), menée de manière continue d’avril 2023 à mars 2024 pour lisser les effets saisonniers.

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Secteur informel : plus de 2 millions d’unités actives

Le secteur informel connaît une croissance, avec environ 2,03 millions d’unités informelles en 2023, soit une augmentation de plus de 353.000 unités en neuf ans depuis 2014. Cette progression est largement urbaine, 77,3% des UPI étant localisées en milieu urbain, avec une forte concentration dans la région de Casablanca-Settat qui regroupe 22,7% des unités. Le commerce reste l’activité principale (47% des UPI), même si sa part diminue au profit des services (28,3 %) et du BTP (11,6 %).

La majorité des unités informelles est de très petite taille : 85,5% sont mono-personnelles. Plus de la moitié (55,3%) exercent sans local professionnel fixe, et 4,6% opèrent à domicile. Les secteurs diffèrent : l’industrie est celui où le plus grand nombre d’unités disposent d’un local (56,5%) et où 22,5% travaillent à domicile, tandis que le BTP est majoritairement sans local fixe (90,2%) et souvent sur les chantiers clients.

Cette absence de local est liée principalement à des contraintes financières (42,9%) ou à la nature même des activités (42,5%), notamment dans le transport et la construction. L’accès aux infrastructures de base est très inégal : alors que 94% des unités avec local ont l’électricité, seuls 46% ont l’eau potable, 43% un assainissement, et 41% un accès à Internet. Les micro-unités (un emploi) souffrent particulièrement de ce déficit.

Par ailleurs, l’enregistrement administratif des UPI reste faible : 14,2% sont inscrites à la taxe professionnelle, 9,8% affiliées à la CNSS, 7,5% au registre du commerce, 6,2% au régime de la contribution professionnelle unique, et seulement 1,7% bénéficient du statut d’auto-entrepreneur. Les unités avec local professionnel s’enregistrent davantage, tout comme celles du commerce et de l’industrie, tandis que le BTP reste le secteur le plus en retrait.

L’enquête révèle aussi que le secteur informel demeure majoritairement masculin, la part des femmes à la tête des unités informelles passant de 8,8% en 2014 à 7,6% en 2023. L’âge moyen des chefs d’unités a augmenté, passant de 42,5 à 45 ans, tandis que le niveau scolaire s’améliore nettement : les sans niveau scolaire sont passés de 34,3% à 18,6%, et ceux ayant un niveau secondaire ont augmenté de 28,8% à 40,5%.

Enfin, le financement des unités informelles repose presque exclusivement sur l’autofinancement (72,2%), le recours aux crédits bancaires ou microcrédits restant marginal (respectivement 1,1% et 0,8%). 91% des UPI fonctionnent uniquement avec leurs fonds propres, tandis que seuls 2,1% des chefs disposent d’un compte bancaire dédié. L’accès au crédit bancaire est quasi inexistant (97,9% n’y ont jamais eu recours), freinée par la peur de l’endettement (56,6%), l’absence de besoin (11%), ou encore des exigences trop strictes comme les garanties (20%) ou le statut juridique (2,6%).

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Emploi informel : augmentation des postes

La part des ménages détenant une unité informelle diminue légèrement : 14,3% en 2023 contre 15,5% en 2014, aussi bien en milieu urbain (15,6% contre 17,2%) qu’en milieu rural (11% contre 12,8%). Ce taux augmente avec la taille du ménage (de 5,2% pour un ménage d’une personne à 24,4% pour un ménage de huit personnes ou plus) et le nombre d’actifs occupés (jusqu’à 37,6% pour trois actifs et plus).

L’emploi dans le secteur informel non agricole reste important, représentant 33,1% de l’emploi non agricole total en 2023, bien que ce soit en baisse de 3,2 points depuis 2014. Cette baisse concerne l’industrie (de 37,2% à 29,3%) et les services (de 21,5% à 20,6%), tandis que le commerce (69,8%) et le BTP (25,3%) voient leur part augmenter.

En volume, l’emploi informel a crû de 2,37 millions en 2014 à 2,53 millions en 2023, soit 157.000 emplois supplémentaires. Le commerce concentre la majorité des emplois informels (44,1%), suivi des services (28,7%), de l’industrie (15%) et du BTP (12,2%). L’emploi informel est majoritairement urbain (77,6%), avec Casablanca-Settat en tête (23,2%), suivie de Marrakech-Safi (14 %) et Rabat-Salé-Kénitra (12,9 %).

Le salariat informel, caractérisé par l’absence de contrat et de couverture sociale, demeure limité, ne représentant que 10,4% de l’emploi informel total. Plus de 77% des salariés sont recrutés via un réseau familial ou amical, et 60% ne disposent d’aucun contrat. Le salariat est plus fréquent dans l’industrie (17,2%) et le BTP (15,9%).

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Quelle contribution économique ?

En valeur absolue, le chiffre d’affaires annuel du secteur informel est passé de 409,4 milliards de DH (MMDH) en 2014 à 526,9 MMDH en 2023, soit une hausse de 28,7% avec un taux de croissance annuel moyen modéré de 2,6%. La production informelle a également augmenté de 22,3%, atteignant 226,3 MMDH. Cependant, la part du secteur informel dans la production nationale hors agriculture et administration publique a diminué, passant de 15% à 10,9%.

La structure sectorielle évolue : le commerce reste majoritaire, mais sa part diminue (34,7% à 30%), les services progressent fortement (18,6% à 24%), le BTP se stabilise autour de 18,4% et l’industrie recule légèrement (28,6% à 27,7%). Dans l’industrie, c’est l’alimentaire qui gagne du terrain (49,2% contre 36,2%), alors que le textile/habillement recule (16% contre 27,7%). Les services sont dominés par le transport (37,2%) et la restauration/hôtellerie (29,4%). Pour le commerce, il reste centré sur le commerce de détail (63,9%), et le BTP sur les travaux de finition (57,1%).

La valeur ajoutée générée par le secteur informel est passée de 103,34 MMDH en 2014 à 138,97 MMDH en 2023, soit une croissance annuelle moyenne de 3,06%. Malgré cette hausse, sa contribution à la valeur ajoutée nationale hors agriculture et administration publique baisse, de 16,6% à 13,6%. Le

S’agissant de la valeur ajoutée moyenne par UPI, elle est de 68.499 DH, très concentrée : 20% des unités les plus productives génèrent 65,4% de la valeur totale. La productivité par actif atteint 54.930 DH, avec des niveaux plus élevés dans l’industrie (75.707 DH) et le BTP (66.199 DH), contre 48.368 DH dans le commerce et 48.727 DH dans les services.

L’enquête révèle enfin que le secteur informel intensifie ses échanges avec le secteur formel : 57% de ses approvisionnements viennent désormais du secteur informel (contre 70,9% en 2014), tandis que la part du secteur formel dans ses approvisionnements est passée de 18,2% à 33,7%. En aval, la majorité (79,5%) de la production informelle est destinée aux ménages, en hausse par rapport à 2014 (77,8%). Les ventes au secteur formel ont progressé (2,4% contre 0,5%), tandis que celles au secteur informel ont diminué (17,7% contre 21,3%).

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