Santé : face au déficit de personnel et aux critiques, le ministre s’explique

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Santé : CHU, déficit de personnel, critiques… Le ministre s’expliqueLe ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, devant la Commission des secteurs sociaux répondant aux questions des parlementaires sur la réforme du système de santé © MAP

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Sous pression de la rue et face à des parlementaires déterminés, le ministre de la Santé Amine Tahraoui a défendu mercredi à Rabat la réforme du système de santé lors d’une séance qui a duré jusqu’aux premières heures de ce matin. Entre chantiers d’infrastructures, déficit de médecins et critiques acerbes de l’opposition, le débat s’est tenu pendant que les manifestations dans les rues connaissaient des scènes de violences.

La Commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants a tenu, mercredi à Rabat, une séance marathonienne en présence du ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui. L’audience, qui a duré près de dix heures, s’est déroulée dans un contexte tendu, marqué par les manifestations de la « GenZ 212 » qui secouent plusieurs villes du Royaume depuis le week-end dernier. Ces mobilisations, où la colère sociale s’est exprimée avec force, ont viré, ces derniers jours, au chaos.

À la demande des groupes parlementaires, cette séance exceptionnelle a été consacrée à l’examen de « la situation actuelle du système de santé et des mesures prises pour accélérer la mise en œuvre de sa réforme, afin de garantir le droit des citoyens aux soins ». Diffusée en direct sur la chaîne YouTube du Parlement (une première depuis longtemps), la réunion a été l’occasion d’un échange nourri entre le ministre et les parlementaires de la majorité comme de l’opposition.

Lire aussi : Manifestations de la « GenZ 212 » : le 5e jour de mobilisation marqué par de nouvelles violences 

Le point sur les CHU

Dans son intervention, Amine Tahraoui a commencé par dresser un état des lieux des chantiers liés aux infrastructures hospitalières, premier axe de la réforme. Il a particulièrement insisté sur la situation des Centres hospitaliers universitaires (CHU), considérés comme des piliers du système de soins.

Le Maroc dispose aujourd’hui de quatre grands CHU (Casablanca, Rabat, Oujda et Fès) auxquels s’ajoute celui de Tanger, couvrant à lui seul plus de six millions de citoyens. Mais l’ambition est claire : chaque région doit disposer de son propre centre universitaire afin d’éviter les déplacements coûteux et épuisants des patients.

Six projets sont actuellement en cours ou programmés. Le plus avancé est le CHU d’Agadir, doté de 867 lits, qui devrait bientôt alléger la pression sur l’hôpital Hassan II. Suivent Laâyoune, avec une capacité de 500 lits dont l’ouverture est prévue avant la fin de l’année, et Rabat, où un projet colossal de 1.044 lits doit voir le jour à l’horizon 2026.

Le ministre a reconnu que la destruction de l’ancien CHU de Rabat et la dispersion des équipes médicales avaient aggravé la pression sur d’autres établissements. « Je suis arrivé et j’ai trouvé ce problème. J’ai changé la gouvernance et remplacé les directeurs des hôpitaux », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le centre hospitalier de Guelmim (376 lits) est en cours de transformation en CHU, une première pour la région, avec une ouverture prévue fin 2026. Enfin, deux nouveaux chantiers ont été programmés : Errachidia (500 lits) et Béni Mellal (520 lits), tous deux attendus pour fin 2027.

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Panorama des CHU existants et en projet

Ressources humaines : une pénurie structurelle

Deuxième pilier de la réforme, les ressources humaines représentent un défi majeur. Le ministre a reconnu qu’« il n’existe pas de solution capable de résoudre le déficit en médecins, notamment les spécialistes, en une seule fois ». La stratégie consiste donc à élargir progressivement l’offre de formation.

Les chiffres présentés montrent une progression du nombre de places pédagogiques pour les médecins généralistes : 2.650 en 2019, 3.000 en 2021, puis 4.525 en 2022 et 5.721 en 2023. En 2024, 5.840 places ont été ouvertes, avec un objectif de 6.400 en 2025, soit une hausse de 142% en six ans.

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L'évolution des ressources humaines dans le secteur de la santé

Cette dynamique s’accompagne de l’ouverture de quatre nouvelles facultés de médecine : Laâyoune, Guelmim, Béni Mellal et Drâa-Tafilalet. Le ministre insiste sur la logique de proximité : « Environ 60 à 70% des étudiants formés dans ces régions resteront y exercer, ce qui permettra de créer une complémentarité entre l’hôpital universitaire et la faculté de médecine ».

Le même effort est consenti pour les professions paramédicales. Le nombre de places en soins infirmiers est passé de 2.035 en 2019 à 9.500 en 2024-2025, soit une multiplication par plus de quatre.

Mais les obstacles restent nombreux, notamment pour attirer les compétences marocaines de l’étranger ou recruter des médecins étrangers. Selon le ministre, à peine 500 à 600 dossiers ont été enregistrés depuis le lancement de ces initiatives, un chiffre jugé « très faible ».

Lire aussi : Manifestations de la « GenZ 212 » : les réactions du PJD, RNI, PPS et PI

Attractivité du métier et conditions sociales

L’attractivité de la profession médicale est un point sensible. Beaucoup de médecins marocains hésitent à revenir au pays, en raison de procédures administratives lourdes et d’un manque d’incitations. « Un médecin peut accepter une réduction de 40 ou 50% de son salaire, mais pas de 80% s’il ne trouve pas un environnement de travail adéquat », a souligné Amine Tahraoui.

En outre, le ministère a procédé, entre 2022 et 2025, à une série de revalorisations salariales allant de +2.000 à +7.000 DH selon les catégories, soit des augmentations comprises entre 12% et 58%. Des hausses spécifiques ont également été accordées : +500 DH pour les infirmiers et techniciens, +200 DH pour les administratifs, ainsi qu’une prime exceptionnelle de 1.000 DH issue du dialogue social central.

Santé : les critiques des parlementaires

Malgré ce tableau, les parlementaires, en particulier ceux de l’opposition, n’ont pas mâché leurs mots. Plusieurs d’entre eux ont dénoncé un manque de communication du gouvernement et l’incapacité à répondre aux attentes de la population, en pleine crise sociale. « Après quatre ans de gouvernance, le résultat, ce sont des manifestations », a lancé un député.

Certains élus ont également mis en cause le profil du ministre, jugé éloigné du milieu médical, et l’ont critiqué pour n’avoir effectué des inspections d’hôpitaux qu’après la montée des protestations.

Au-delà des chiffres avancés par le ministère, jugés répétitifs, les parlementaires ont insisté sur la nécessité d’actions immédiates. Ils ont pointé la concurrence du secteur privé, qui attire les compétences au détriment du public, et dénoncé un chantier de la protection sociale qui profiterait davantage aux cliniques qu’aux hôpitaux publics.

 

Face à la pression des manifestations et aux critiques des parlementaires, le ministre Tahraoui a défendu son bilan et réaffirmé son engagement à poursuivre la réforme. Mais une question demeure : le rythme des changements annoncés pourra-t-il apaiser la colère de la rue et restaurer la confiance des citoyens dans leur système de santé ?

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