Sahara : l’Algérie utilise sa dernière carte

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Dakhla : lancement d’un guichet unique pour les Marocains du mondeDrapeau marocain géant à Dakhla. © DR

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Alors que l’Espagne a réitéré son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, l’Algérie a réagi en suspendant son traité de coopération avec Madrid. Un traité d’amitié qui a duré 20 ans. S’agit-il de la dernière carte à disposition de l’Algérie ? Quel est l’impact de cette décision sur la dynamique régionale ? Et quelles seront les répercussions sur les échanges entre l’Espagne et l’Algérie en matière de gaz naturel ? Le point avec Cherkaoui Roudani, expert en études géopolitiques et sécuritaires.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a réaffirmé le soutien de Madrid au plan d’autonomie marocain pour le Sahara. Une décision qui ne semble guère plaire à l’État algérien. S’exprimant, ce mercredi, à l’occasion de son grand oral, Sánchez est resté ferme. Il a souligné que l’initiative marocaine est la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend. «Nous avons besoin d’une sortie consensuelle?et?l’Espagne a un intérêt particulier à résoudre ce conflit», a-t-il déclaré.

Quelques heures après cette déclaration, l’Algérie a annoncé la suspension de son traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne. En effet, l’arrêt de ce traité, vieux de 20 ans, a suscité plusieurs interrogations. Précisons que ce n’est pas la première fois que l’Espagne reconnait la crédibilité du plan d’autonomie marocain. Le 18 mars dernier, lors d’une visite du président espagnol au Maroc, l’État ibérique avait officiellement confirmé son soutien à cette initiative.

Pour la présidence algérienne, la nouvelle position des autorités espagnoles est en «violation de ses obligations juridique, morale et politique». Ainsi, elle a décidé de rompre le traité d’amitié conclu le 8 octobre 2002 entre Alger et Madrid.

Cherkaoui Roudani, expert en études géopolitiques et sécuritaires, nous explique que «cette décision intervient dans le cadre du soutien international du plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara. D’abord, la reconnaissance américaine de la souveraineté, à part entière, du Sahara marocain, la position espagnole, la position de l’Allemagne et de plusieurs États africains qui continuent d’ouvrir leurs représentations diplomatiques à Dakhla». L’expert indique «que l’Algérie cherche à exporter sa crise politique et sa perception de la géopolitique du Maghreb et du nord d’Afrique. Son objectif est de brouiller les pistes de réflexion de son opinion publique interne. Elle a, par conséquent, choisi de faire une déclaration sur la suspension de ce traité avec l’Espagne, et demain, ce serait, peut-être, le tour des autres pays européens».

Lire aussi : Sahara : n’est-il pas temps de déclarer le polisario un « groupe terroriste » ?

Une décision qui rentre dans le cadre de la déstabilisation de la dynamique politique régionale

La décision de la présidence algérienne relative à la suspension du traité rentre dans le cadre d’une tentative de déstabilisation régionale. En mars, l’Algérie ne s’est pas attendue à l’annonce du soutien de l’Espagne au plan d’autonomie marocain pour le Sahara. «C’est très connu dans la gestion des affaires internationales en Algérie. La reconnaissance espagnole de la pertinence du projet de l’autonomie implique un appui au règne du Maroc sur les provinces du Sud. Et donc, l’Algérie essaie de mobiliser certains acteurs pour diffuser un discours haineux, mais, je pense qu’ils ont échoué», explique Cherkaoui Roudani. Il ajoute que l’Algérie a essayé de «sortir sa dernière carte et de menacer les relations bilatérales entre Alger et Madrid».

Selon notre intervenant, cette décision aura certainement des répercussions majeures. «L’Algérie est en train de s’isoler, et c’est dangereux à la fois pour l’Algérie et pour la région tout entière», souligne-t-il.

Concernant les conséquences de la décision d’Alger sur la dynamique politique régionale de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), l’expert estime que «l’Algérie est en train de semer le désordre en provoquant un déséquilibre stratégique. Pour le pays, c’est le seul moyen de continuer d’exister, mais hélas, ils vont droit dans le mur».

Lire aussi : Menaces du Polisario : quels enjeux ?

Gaz naturel : quelles sont les répercussions sur les échanges entre l’Espagne et l’Algérie ?

Le contexte actuel, marqué par des tensions géopolitiques et par la crise économique en Europe, fait que l’Espagne dépend toujours de l’Algérie en matière de gaz naturel. En revanche, les données publiées par le bulletin statistique espagnol d’Enagás, gestionnaire du système gazier espagnol, ont révélé qu’en février dernier, le poids du gaz naturel d’origine américaine a représenté 32,9% du total des importations espagnoles. Cela alors que l’Algérie arrivait en deuxième position avec 23,2%.

De plus, Alger a menacé, il y’a quelques mois, de rompre son contrat de gaz avec l’Espagne. Elle a également décidé de fermer le gazoduc Maghreb-Europe (GME). Une provocation unilatérale dont la seule perdante reste l’Algérie. Selon Cherkaoui Roudani, «il y a des accords qui ont été signés et je ne pense pas que l’Algérie ira jusqu’à ce point. C’est-à-dire, de rompre tout échange avec l’Espagne en matière de gaz. Cela rentre dans l’équilibre international et il y a des organisations internationales qui vont la sanctionner si cela se produit. De plus, l’équilibre budgétaire du régime algérien dépend de ces exportations».

La montée en puissance du Maroc dérange et suscite des réactions négatives et mal placées. En implantant des représentations diplomatiques dans le sud du Sahara, plusieurs pays confirment leur soutien au plan d’autonomie marocain. Une réalité dure à avaler pour la présidence algérienne, qui se bat, depuis plusieurs années, contre le Maroc.

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