Préscolaire : une généralisation en progrès, des défis persistants sur la qualité
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Pendant longtemps, le préscolaire est resté le maillon faible du système éducatif marocain. Souvent assuré par des structures informelles ou privées, il ne bénéficiait ni d’un encadrement homogène ni d’un pilotage stratégique clair.
La situation change à partir de 2018 avec le lancement du Programme national de généralisation et de développement du préscolaire. L’objectif est d’offrir à tous les enfants de 4 et 5 ans un accès à une éducation préparatoire avant l’entrée au primaire.
C’est dans ce contexte qu’intervient l’évaluation nationale réalisée par l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique, en partenariat avec l’UNICEF.
L’enjeu ne consiste plus seulement à compter les salles ouvertes, mais à comprendre ce que les enfants y apprennent réellement.
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Une enquête de terrain à grande échelle
L’étude s’appuie sur un échantillon représentatif couvrant l’ensemble du territoire national.
Au total, 180 établissements ont été enquêtés, dans le public, le privé, le partenariat associatif et les structures non structurées. Près de 900 enfants ont été évalués individuellement. Les éducatrices et éducateurs ont été interrogés, les responsables d’unités consultés et plus de 600 parents ont répondu à des questionnaires.
Chaque classe sélectionnée a fait l’objet d’une observation approfondie, permettant d’analyser les interactions pédagogiques, l’organisation des activités et le climat général d’apprentissage.
Cette méthodologie permet de relier trois dimensions essentielles : l’accès, la qualité des environnements éducatifs et les acquis des enfants.
Une généralisation en nette progression
Les chiffres confirment une avancée rapide. En une décennie, le taux de préscolarisation des enfants de 4 et 5 ans a connu une augmentation significative. L’accélération la plus marquée intervient après 2018.
Le monde rural, longtemps en retard, enregistre une progression particulièrement soutenue. L’écart avec l’urbain se réduit progressivement, même s’il n’est pas totalement résorbé.
La parité filles-garçons s’améliore également. Les disparités de genre, qui pouvaient freiner l’accès dans certaines zones, tendent à s’estomper.
Cependant, la généralisation totale n’est pas encore atteinte. Certaines régions restent en dessous de la moyenne nationale, et l’extension rapide du réseau pose des défis logistiques et organisationnels.
Le préscolaire marocain repose aujourd’hui sur une pluralité d’acteurs : État, associations partenaires, opérateurs privés. Cette diversité a permis une expansion rapide, mais elle produit aussi une hétérogénéité visible des conditions d’accueil.
Ce que savent réellement les enfants
L’évaluation ne s’est pas limitée à l’accès. Elle a mesuré les compétences des enfants dans plusieurs domaines : compréhension verbale, vocabulaire, pré-mathématiques, capacités d’attention et développement socio-émotionnel.
Les résultats montrent que la majorité des enfants acquièrent des compétences de base attendues à cet âge. La reconnaissance des formes, les premiers raisonnements logiques simples et certaines aptitudes langagières sont globalement maîtrisés.
Mais les écarts apparaissent rapidement. Les enfants scolarisés dans des environnements mieux équipés, avec des interactions pédagogiques fréquentes et structurées, obtiennent de meilleurs résultats.
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Les différences entre milieu urbain et rural persistent, même si elles se réduisent. Le type d’établissement joue également un rôle. Certaines structures privées disposent de moyens matériels plus importants, tandis que des unités rurales fonctionnent avec des ressources limitées.
L’environnement familial influence aussi les acquis. Le niveau d’instruction des parents, la présence de livres à la maison ou la stimulation linguistique contribuent aux performances observées.
Autrement dit, le préscolaire peut réduire les inégalités, mais il ne les efface pas automatiquement.
La qualité des interactions, facteur décisif
L’un des enseignements majeurs du rapport concerne la qualité des interactions en classe.
Dans les unités où les éducateurs encouragent la participation, posent des questions ouvertes et stimulent l’expression des enfants, l’engagement est plus fort et les apprentissages plus solides.
À l’inverse, les environnements dominés par des activités répétitives ou trop directives limitent les opportunités de développement cognitif.
Le climat socio-affectif apparaît également central. Les classes où les enfants se sentent en sécurité, écoutés et valorisés présentent de meilleurs indicateurs de développement socio-émotionnel.
La disponibilité du matériel pédagogique reste inégale. Certaines unités disposent d’espaces organisés et de supports variés ; d’autres fonctionnent avec un équipement minimal.
La question n’est donc plus seulement d’ouvrir des classes, mais d’assurer des conditions pédagogiques cohérentes sur l’ensemble du territoire.
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Les éducateurs au cœur du défi
La montée en puissance du préscolaire a entraîné le recrutement massif d’éducatrices et d’éducateurs. Mais la professionnalisation reste un chantier majeur.
Les parcours de formation sont variables selon le type de structure. Si des efforts ont été entrepris pour structurer la formation initiale et continue, les écarts persistent.
Les conditions de travail, la stabilité contractuelle et l’encadrement pédagogique influencent directement la qualité des pratiques observées en classe.
Le rapport souligne que la consolidation du statut des éducateurs constitue l’un des leviers essentiels pour améliorer durablement la qualité. Sans professionnalisation solide, la généralisation risque de produire un système à deux vitesses.
L’expansion rapide du préscolaire s’est appuyée sur un financement public important et sur des partenariats multiples.
Mais la soutenabilité à long terme suppose une clarification des responsabilités entre acteurs, un encadrement renforcé des structures non structurées et une harmonisation progressive des standards de qualité.
La cohérence institutionnelle devient un enjeu central. La phase d’expansion laisse place à une phase de consolidation.
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De la quantité à la qualité
L’évaluation nationale ne remet pas en cause les progrès réalisés. Elle confirme au contraire que le Maroc a franchi un cap important en quelques années.
Mais elle rappelle aussi qu’une politique éducative ne se mesure pas uniquement au nombre de salles ouvertes ou au taux de couverture.
La qualité des interactions, la formation des éducateurs, l’équité territoriale et l’inclusion des enfants en situation de vulnérabilité constituent désormais les véritables indicateurs de réussite.
Le préscolaire est aujourd’hui à un tournant. La première étape, l’accès, a connu une avancée rapide. La seconde, la qualité, déterminera l’impact réel de la réforme sur la trajectoire scolaire des générations futures.
La généralisation avance. Le défi est désormais de garantir que chaque enfant, où qu’il vive, bénéficie d’un environnement éducatif stimulant, structuré et équitable.
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