Palestine : un quart de siècle d’occupation, 212 milliards de dollars de pertes économiques

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Palestine : un quart de siècle d’occupation, 212 milliards de dollars de pertes économiquesUn drapeau palestinien devant le siège de l'ONU à New York, le 18 septembre 2025 © AFP

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Entre destructions massives, restrictions structurelles et essor des colonies, l’économie palestinienne paie depuis près d’un quart de siècle le prix d’une occupation prolongée. Un rapport de UNCTAD chiffre à 212 milliards de dollars les pertes cumulées entre 2000 et 2024, tandis que Gaza s’enfonce dans une crise sans précédent et que la reprise reste suspendue à un changement politique majeur.

Pendant près d’un quart de siècle, l’économie palestinienne a avancé avec un poids permanent sur les épaules. Entre 2000 et 2024, les politiques d’occupation, les restrictions de mouvement, les fermetures répétées et les opérations militaires ont amputé le territoire palestinien occupé d’un potentiel économique colossal. Selon la CNUCED, les pertes cumulées atteignent 212,2 milliards de dollars (en dollars constants de 2015), soit près de 20 fois le PIB palestinien de 2024.

Cette hémorragie économique n’est pas abstraite. Elle se traduit par des infrastructures détruites, une pauvreté généralisée et une société privée de ses leviers de développement.

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Une chute historique depuis octobre 2023

L’escalade militaire entamée à l’automne 2023 a provoqué un effondrement sans précédent. En 2024, le PIB du territoire palestinien occupé est tombé à 70% de son niveau de 2022, effaçant en quinze mois plus de vingt ans de progrès économiques. À Gaza, la situation est encore plus dramatique : le PIB de 2024 ne représente plus que 13% de celui de 2022, tandis que le chômage atteint 80%, contre 35% en Cisjordanie. L’ensemble de la population de Gaza vit désormais sous le seuil de pauvreté.

L’analyse de la luminosité nocturne, un indicateur indirect de l’activité économique, confirme cette paralysie. Malgré un cessez-le-feu, aucun redémarrage significatif n’a été observé. Pour 2025, la CNUCED anticipe même une nouvelle contraction de 13% du PIB réel de Gaza, qui tomberait à environ 315 millions de dollars, soit à peine 11% de son niveau de 2022.

Ce que l’économie palestinienne aurait pu être

Pour mesurer l’ampleur du choc, les économistes ont construit un scénario contrefactuel : que se serait-il passé sans les grandes vagues de violence, sans les restrictions sévères et avec un accès partiel à la zone C de la Cisjordanie ?

Résultat : en 2024, le PIB palestinien aurait pu atteindre 31,6 milliards de dollars, soit trois fois le niveau réel. Le revenu par habitant aurait culminé à 6.015 dollars, également près du triple de sa valeur observée.

Sur l’ensemble de la période 2000-2024, ce sont donc 212,2 milliards de dollars de richesse potentielle qui se sont évaporés, une somme sans commune mesure avec l’aide internationale reçue, limitée à 20,8 milliards de dollars, soit moins de 10% des pertes estimées.

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Cisjordanie : une croissance étouffée

La Cisjordanie illustre cette économie sous contrainte permanente. En l’absence des deux grands chocs (début des années 2000 et post-octobre 2023) et avec des restrictions comparables aux zones A et B sur une partie de la zone C, le PIB annuel aurait pu être en moyenne 68% plus élevé entre 2000 et 2024.

Les pertes cumulées atteignent 170,8 milliards de dollars, soit l’équivalent de 17 fois le PIB régional de 2024. En clair, chaque année de statu quo creuse davantage l’écart entre le potentiel réel du territoire et sa réalité économique.

Une économie des colonies plus riche que toute la Palestine

Le rapport met aussi en lumière un contraste saisissant : pendant que l’économie palestinienne s’asphyxie, l’activité générée par les colonies israéliennes prospère.

Entre 2000 et 2024, la valeur économique extraite de Jérusalem-Est occupée et de la zone C de la Cisjordanie est estimée à 832,7 milliards de dollars (plus de 1.000 milliards en dollars de 2024). Pour la seule année 2024, cette « économie des colonies » pèserait 53 milliards de dollars, soit près de cinq fois le PIB palestinien total.

Cette dynamique repose sur un accès privilégié à la terre, à l’eau et aux ressources naturelles palestiniennes, appuyé par des incitations publiques : subventions, avantages fiscaux et zones industrielles dédiées. En parallèle, les Palestiniens se voient refuser l’accès à leurs propres actifs productifs, notamment agricoles et hydriques.

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À Gaza, la destruction est massive. Plus de 80% des structures seraient endommagées ou détruites. Les besoins de reconstruction sont évalués à 70 milliards de dollars, soit plus de six fois le PIB palestinien de 2024.

Depuis près de deux décennies, le territoire subit un blocus, des pénuries chroniques d’électricité, un accès limité aux intrants productifs et une fermeture quasi totale aux marchés extérieurs. Résultat : un secteur privé à l’agonie, des exportations réduites à néant et une dépendance structurelle à l’aide internationale.

Une reprise conditionnée à un changement politique majeur

Pour la CNUCED, la conclusion est sans ambiguïté : aucune relance durable n’est possible sans la fin de l’occupation et un engagement international massif et soutenu. L’aide humanitaire, aussi indispensable soit-elle, ne suffit plus. Elle doit s’inscrire dans une stratégie de long terme, articulant reconstruction, développement productif et stabilité politique.

Le rapport appelle à un cadre global de redressement pour l’ensemble du territoire palestinien occupé, capable de relancer l’investissement, restaurer les infrastructures et reconnecter Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est dans un espace économique cohérent.

Sans cela, préviennent les auteurs, la Palestine restera enfermée dans un cycle de destruction et de dépendance, où chaque crise efface les maigres progrès accumulés.

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