L’Afrique du Nord en tête des progressions dans l’indice mondial Speedtest 2025

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Les pays d’Afrique du Nord en tête des progressions dans l’indice mondial Speedtest 2025Photo d'illustration © DR

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En 2025, la hiérarchie des performances internet au Moyen-Orient et en Afrique (MEA) a peu évolué en apparence. Pourtant, derrière cette stabilité relative du classement Speedtest global index d’Ookla, plusieurs marchés ont enregistré des bonds spectaculaires, en particulier en Afrique du Nord. L’année a été marquée par une accélération du déploiement de la 5G et de la fibre, redessinant partiellement la carte régionale des performances mobiles et fixes.

Si les pays du Golfe conservent leur domination structurelle, le dynamisme observé au Maghreb et dans certaines économies d’Afrique subsaharienne confirme que les investissements technologiques et les choix réglementaires peuvent produire des effets rapides et mesurables sur la performance des réseaux.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Arabie saoudite, Bahreïn et Oman, demeurent les locomotives régionales en matière de connectivité mobile et fixe. La plupart figurent dans le top 10 mondial pour les performances mobiles en 2025.

Oman constitue l’évolution la plus notable au sein du sous-ensemble. Le sultanat a gagné cinq places pour atteindre la 18e position mondiale en mobile, porté par des investissements accélérés des opérateurs, l’activation de nouvelles porteuses et le refarming du spectre 3G au profit de la 5G. Sur le dernier trimestre 2025, la vitesse médiane mobile s’échelonne de 165,07 Mbps à Oman à 691,76 Mbps aux Émirats arabes unis. La montée en puissance des architectures 5G Standalone (SA), de la 5G Advanced et de l’agrégation multi-porteuses explique ces niveaux de débit.

Sur le fixe, les Émirats, le Koweït et le Qatar occupent respectivement les 2e, 25e et 38e places mondiales en décembre 2025. Bahreïn s’est particulièrement distingué en gagnant 16 places, grâce à une décision réglementaire imposant une hausse des débits minimums, de 100 Mbps à 300 Mbps dès mars 2025, combinée à des offres commerciales plus attractives.

Le Levant : des trajectoires contrastées

Dans la région du Levant, les performances apparaissent plus hétérogènes. La plupart des pays classés dans le top 100 ont perdu des positions au cours de l’année, à l’exception notable de l’Irak, qui progresse de cinq rangs pour atteindre la 66e place, et de la Syrie, qui gagne trois positions pour se hisser au 99e rang, avec une hausse d’environ 9 Mbps de la vitesse médiane trimestrielle.

La Turquie domine le sous-ensemble en mobile, avec une 61e position mondiale et une vitesse médiane de 66,91 Mbps, alors même que la 5G commerciale n’y sera lancée qu’en avril 2026, après les enchères de spectre d’octobre 2025. La Jordanie, pourtant pionnière régionale de la 5G depuis 2023, recule dans le classement mobile, sa vitesse médiane tombant à 43 Mbps en fin d’année.

Lire aussi : 5G : à quoi les Marocains peuvent-ils s’attendre ?

En revanche, la Jordanie se distingue sur le fixe, occupant la 34e place mondiale avec une vitesse médiane de 198,54 Mbps en décembre 2025. Cette performance repose sur un déploiement massif de la fibre, au troisième trimestre 2025, 637.408 lignes fibre étaient actives, représentant 77% des abonnements fixes, dont 66,4% avec des offres à 200 Mbps ou plus.

Afrique du Nord : l’effet 5G et fibre

L’Afrique du Nord constitue l’épicentre des progressions de 2025. Quatre des cinq pays de la sous-région ont lancé la 5G au cours de l’année. La Tunisie et l’Égypte ont ouvert le bal en février et juin 2025. La Tunisie a culminé à la 47e place mondiale en avril avant de redescendre au 72e rang en décembre, tout en conservant un gain net de 11 places sur l’année. Sa vitesse médiane mobile s’établit à 57,3 Mbps en fin d’exercice, signe d’une infrastructure qui peine à absorber la montée en charge.

L’Égypte, malgré son lancement 5G en juin, ne progresse que de trois places pour atteindre la 83e position, avec une vitesse médiane de 44,51 Mbps. L’utilisation limitée de bande passante (20 MHz à 30 MHz en 2,6 GHz partagés entre 4G et 5G) a restreint l’impact capacitaire. Le Maroc et l’Algérie, derniers entrants sur la 5G en novembre et décembre 2025, enregistrent les progressions les plus spectaculaires. Le Maroc gagne 22 places et atteint la 39e position mondiale en mobile, redevenant leader nord-africain. L’Algérie progresse de 11 rangs jusqu’à la 78e place.

L’effet de nouveauté, conjugué à une forte proportion de tests 5G à haut débit, a mécaniquement tiré la médiane vers le haut. Une normalisation est toutefois attendue en 2026. Sur le fixe, l’Algérie réalise la plus forte progression régionale, avec un bond de 28 places jusqu’à la 109e position mondiale, tandis que le Maroc gagne 11 places pour atteindre la 105e. Les vitesses médianes respectives s’élèvent à 53,62 Mbps et 56,27 Mbps au quatrième trimestre 2025. Ces performances s’inscrivent dans un contexte d’accélération du déploiement de la fibre engagé depuis 2024.

Lire aussi : Extinction ou inclusion : que va-t-il advenir de la 2G et 3G ?

Afrique subsaharienne : des avancées mais un retard persistant

En Afrique subsaharienne, seule l’Afrique du Sud rivalise partiellement avec les leaders régionaux. En mobile, trois pays figurent dans le top 100 mondial : l’Afrique du Sud (64e), le Kenya (80e) et le Nigeria (85e). L’Afrique du Sud et le Nigeria reculent respectivement de cinq et sept places en 2025, avec des vitesses médianes de 65,7 Mbps et 44,14 Mbps.

Sur le fixe, le paysage est plus nuancé. La Côte d’Ivoire occupe la 103e position mondiale avec 58,17 Mbps de vitesse médiane, devançant des marchés plus étendus en couverture FTTP. Cette performance pourrait s’expliquer par une base d’abonnés concentrée sur des offres à débit relativement élevé, l’opérateur dominant proposant des forfaits d’entrée de gamme à 50 Mbps.

La Mauritanie réalise l’un des bonds les plus marquants de l’année : +24 places pour atteindre la 106e position mondiale, avec 55,66 Mbps de vitesse médiane. Le pays a étendu son backbone de 5.500 km de fibre et prévoit 8.000 km supplémentaires dans le cadre de son agenda numérique 2022-2025.

Arabie saoudite, Turquie et Afrique du Sud face au G20

Parmi les membres du G20 issus de la région MEA, les écarts sont significatifs. L’Arabie saoudite se classe 9e mondiale en mobile en décembre 2025, soit la troisième place au sein du G20, devant les États-Unis, la Chine, le Japon et plusieurs économies européennes. Sur le fixe, elle occupe la 10e position parmi les membres du groupe.

La Turquie se situe au 13e rang du G20 en mobile, avant même l’introduction de la 5G commerciale. L’Afrique du Sud, malgré un lancement 5G en 2021, se place 15e, révélant un potentiel d’amélioration. Sur le fixe, la Turquie et l’Afrique du Sud figurent dans le dernier quart du classement du G20, respectivement 16e et 18e.

L’analyse des plus fortes progressions de 2025 met en évidence deux moteurs principaux : le lancement de la 5G pour le mobile et l’expansion de la fibre pour le fixe. L’augmentation des débits minimums, la migration vers des technologies plus modernes et l’extension de la couverture constituent des leviers déterminants.

Le niveau d’urbanisation joue un rôle facilitateur, notamment dans les pays du Golfe où il dépasse 80%. Une forte concentration urbaine réduit les coûts de déploiement et améliore la densité cellulaire. Toutefois, elle ne garantit pas à elle seule des performances élevées. Des pays comme la Turquie, la Jordanie ou le Liban présentent des taux d’urbanisation comparables mais des vitesses médianes divergentes. Les facteurs structurels, modernisation des réseaux, capacité d’investissement, stabilité politique, calendrier d’allocation du spectre, restent décisifs.

En 2025, le paysage MEA confirme ainsi qu’une stratégie coordonnée entre opérateurs et régulateurs, fondée sur l’investissement technologique et des politiques proactives, peut rapidement transformer la performance numérique d’un pays. L’Afrique du Nord en offre l’illustration la plus frappante.

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