Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : le Maroc doit-il suivre l’exemple de la France ?
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La France a tranché : l’accès aux réseaux sociaux sera interdit aux moins de 15 ans. Une décision forte, présentée comme une réponse à la dégradation de la santé mentale des adolescents, à l’explosion du cyberharcèlement et à la dépendance numérique. Mais cette mesure, aussi radicale soit-elle, pose une question plus large, qui dépasse le cadre hexagonal : le Maroc devrait-il envisager une démarche similaire ? Et surtout, que protégerait réellement une telle interdiction ?
Pour Imane Kendili, psychiatre addictologue, le débat ne peut se limiter à une comparaison juridique ou politique. Il touche à une interrogation plus profonde : celle de la protection psychologique de l’enfance à l’ère des plateformes numériques.
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Une génération exposée trop tôt à un univers qui n’est pas le sien
Derrière l’idée d’interdire les réseaux sociaux avant 15 ans, se cache une réalité largement documentée par les professionnels de la santé mentale : les enfants et les jeunes adolescents sont exposés à des environnements conçus pour capter l’attention, provoquer l’émotion et influencer les comportements, alors même que leur cerveau n’a pas encore atteint sa maturité.
« Avant 15 ans, les structures cérébrales impliquées dans la prise de recul, la gestion des impulsions et l’évaluation du danger ne sont pas encore totalement développées », explique Imane Kendili. Or, les réseaux sociaux sollicitent précisément ces fonctions immatures : comparaison permanente, quête de validation, réactions émotionnelles immédiates, exposition continue au regard des autres.
Dans le contexte marocain, cette exposition se heurte à une mutation rapide des repères éducatifs. La famille, longtemps considérée comme un cadre protecteur central, se retrouve concurrencée par un objet omniprésent : le smartphone. « Il introduit dans l’espace intime des enfants des images, des discours et des normes qui échappent totalement au contrôle des adultes », souligne la psychiatre. L’autorité parentale, autrefois structurante, se trouve désormais en compétition avec des algorithmes invisibles, puissants et indifférents aux réalités locales.
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Le Maroc, un contexte particulier mais pas imperméable
Certains avancent que le contexte culturel marocain, fondé sur la famille et le lien social, offrirait une protection naturelle face aux dérives numériques. Une idée que nuance Imane Kendili. Si les structures familiales restent fortes, elles sont aujourd’hui fragilisées par la vitesse des transformations technologiques.
Les vulnérabilités psychiques de l’adolescence, elles, ne connaissent pas de frontières. Les plateformes sont les mêmes partout, leurs logiques sont universelles, et les mécanismes psychologiques qu’elles exploitent agissent de manière similaire, que l’on soit à Paris, Casablanca ou Ouarzazate.
Pour autant, transposer mécaniquement une interdiction sans tenir compte des réalités sociales serait, selon elle, une erreur. Les familles ne disposent pas toutes du même niveau d’information ni des mêmes ressources pour accompagner leurs enfants. L’école, de son côté, n’a pas encore intégré de manière structurée une éducation émotionnelle et numérique. À cela s’ajoutent des disparités marquées entre milieux urbains et ruraux, entre familles très encadrantes et familles dépassées par la rapidité des mutations.
Dans ce contexte, une interdiction pure et simple risquerait de manquer sa cible.
Les bénéfices psychologiques d’un éloignement précoce
Sur le plan de la santé mentale, les bénéfices potentiels d’une interdiction ou, à minima, d’une limitation stricte avant 15 ans sont pourtant nombreux. « Il s’agit avant tout de protéger un cerveau en construction », insiste la psychiatre addictologue.
Les réseaux sociaux nourrissent une comparaison sociale permanente. Les images idéalisées de corps, de vies parfaites et de succès rapides génèrent chez les plus jeunes un sentiment d’insuffisance, parfois vécu comme une vérité et non comme une mise en scène. S’en éloigner permet de construire une identité moins dépendante du regard numérique, avec moins de pression sur l’apparence et moins d’angoisse liée à la validation sociale.
Cette distance peut réduire les risques d’anxiété, de troubles de l’estime de soi et de symptômes dépressifs. Elle favorise également un développement émotionnel plus équilibré. Sans écran comme intermédiaire, l’enfant apprend à reconnaître ses émotions dans des interactions réelles, à gérer la frustration, à attendre, à négocier, à résoudre des conflits.
« Les réseaux proposent des réponses immédiates et binaires — j’aime, je n’aime pas, je bloque — qui court-circuitent la complexité émotionnelle », explique Imane Kendili. En s’en tenant à des relations hors ligne, le jeune développe davantage sa capacité à tolérer l’inconfort émotionnel et à exprimer ses besoins sans impulsivité.
Les bénéfices touchent aussi la qualité des relations sociales. La présence réelle, le regard, la voix et le temps partagé permettent de développer l’empathie et la compréhension des intentions de l’autre. À l’inverse, les échanges numériques rapides et parfois agressifs appauvrissent ces compétences et favorisent le cyberharcèlement.
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Concentration, sommeil et apprentissages en jeu
L’impact des réseaux sociaux sur la concentration est également au cœur des préoccupations. La fragmentation permanente de l’attention entraîne le cerveau à passer d’un stimulus à l’autre, rendant plus difficile l’effort prolongé. Chez un enfant ou un jeune adolescent, cette dispersion peut nuire à la mémoire, à la persévérance scolaire et à la capacité de réflexion.
À cela s’ajoute la perturbation du rythme biologique. L’exposition tardive aux écrans, l’excitation émotionnelle et la peur de manquer quelque chose altèrent le sommeil. Or, un enfant qui dort mal régule moins bien ses émotions, gère moins efficacement le stress et apprend plus difficilement.
Dans cette perspective, retarder l’accès aux réseaux sociaux ne vise pas à couper les jeunes du monde, mais à leur laisser le temps de consolider des bases psychiques solides avant d’entrer dans un univers conçu pour capter l’attention.
Les risques d’une interdiction isolée
Pour autant, Imane Kendili alerte sur les effets pervers possibles d’une interdiction appliquée sans accompagnement. Le premier risque est celui du contournement. Les adolescents maîtrisent souvent mieux les outils numériques que les adultes. Une interdiction rigide peut encourager un usage clandestin : comptes cachés, téléphones secondaires, accès via des amis.
« Un usage dissimulé est un usage sans contrôle, sans dialogue et sans repères », prévient-elle. Psychologiquement, il peut s’avérer plus dangereux qu’un usage encadré, car l’adolescent se retrouve seul face à des contenus potentiellement toxiques.
Autre risque : l’exclusion sociale. Les réseaux sociaux sont devenus des espaces de reconnaissance et d’appartenance. Pour certains adolescents, notamment les plus isolés, ils constituent un lien avec les autres. Une interdiction totale peut renforcer un sentiment d’injustice ou de marginalisation, fragilisant l’estime de soi et alimentant un ressentiment envers l’autorité.
Il existe également un risque de report du problème. Interdire sans préparer ne protège pas durablement. Un adolescent privé de réseaux jusqu’à 15 ans, sans éducation émotionnelle et numérique, reste vulnérable lorsqu’il y accède plus tard. La fascination peut alors être brutale, favorisant un usage excessif.
Interdire, encadrer ou éduquer ?
Face à ces constats, la psychiatre addictologue plaide pour une approche nuancée. Laisser faire au nom de la liberté serait irresponsable, mais interdire sans expliquer serait tout aussi contre-productif. Entre les deux, une troisième voie s’impose : celle de l’encadrement éducatif.
« Protéger ne signifie pas seulement limiter, mais préparer », résume-t-elle. Il ne s’agit pas seulement de décider quand un adolescent peut accéder aux réseaux, mais de lui apprendre comment et pourquoi il y accède.
La famille joue ici un rôle central. Le dialogue autour des usages numériques, des contenus vus et des émotions ressenties constitue un outil de protection plus puissant que n’importe quelle application de contrôle. Lorsque le réseau social cesse d’être un espace secret, il devient un sujet de discussion, donc un espace régulé.
L’école, de son côté, peut devenir un lieu d’apprentissage des mécanismes numériques : comprendre la logique des algorithmes, la mise en scène des images, les effets psychologiques de la comparaison. Mais aussi développer des compétences émotionnelles : reconnaître le stress, la jalousie ou la honte, et y répondre autrement que par l’exposition de soi.
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Une responsabilité collective
Dans un pays où la famille reste un pilier structurant et où l’école conserve une forte légitimité éducative, cette alliance entre encadrement et éducation offre un potentiel particulier. Elle transforme la question des réseaux sociaux en enjeu de santé mentale collective, plutôt qu’en simple problème disciplinaire.
Des règles d’âge et des restrictions progressives peuvent servir de repères, à condition qu’elles soient expliquées et comprises comme des mesures de protection. « La règle n’est efficace que lorsqu’elle est comprise », insiste Imane Kendili. Sans cela, elle devient un défi.
Au fond, la question n’est pas de choisir entre interdire, encadrer ou éduquer, mais de hiérarchiser. Interdire sans éduquer fragilise. Autoriser sans encadrer expose. Éduquer sans cadre laisse dériver.
Protéger les adolescents marocains face aux réseaux sociaux ne consiste donc pas à les isoler du monde numérique, mais à leur donner les outils pour y entrer sans s’y perdre. Une société qui apprend à ses jeunes à penser, ressentir et se respecter en ligne construit une protection bien plus durable qu’une simple barrière juridique.
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