Hydrocarbures : ce que préconise le Conseil de la concurrence dans son nouvel avis

Avatar de Manal Ben El Hantati

Temps de lecture :

Côte d’Ivoire : les prix des carburants maintenus en avril 2026Carburant © DR

A
A
A
A
A

Dans un avis publié ce lundi, le Conseil de la concurrence a préconisé de revoir d’urgence et en priorité le cadre et le mode de régulation des marchés de carburants. Il a aussi émis plusieurs autres propositions qui sont à même de garantir un approvisionnement régulier des marchés à des prix économiquement raisonnables. Détails.

Le Conseil de la concurrence a publié, lundi 26 septembre, son avis n°A/3/22 sur « la flambée des prix des intrants et des matières premières à l’échelle mondiale et ses conséquences sur le fonctionnement concurrentiel des marchés nationaux, notamment les produits énergétiques (carburants) ». Cette note intervient dans une conjoncture où les prix de vente des carburants (gasoil et essence) à la pompe sur le marché national ont atteint des niveaux records au cours des premiers mois de l’année 2022.

Ainsi, l’objectif principal de cet avis est, d’une part, de savoir si les hausses des prix de vente du gasoil et de l’essence sont corrélées ou non avec les cours et les cotations de ces matières sur le marché mondial. Il vise, d’autre part, à analyser l’impact de ces hausses sur la situation de la concurrence dans les marchés concernés.

Le diagnostic réalisé et l’analyse du fonctionnement concurrentiel des marchés de ces produits, de la structure de leurs prix de vente, des marges réalisées par les opérateurs actifs sur ces marchés, ainsi que leurs rentabilités ont permis d’aboutir à une série de conclusions.

Lire aussi : Transport routier : soutien exceptionnel supplémentaire pour les professionnels du secteur

Principales conclusions dégagées par le Conseil de la concurrence dans son avis

La première conclusion émise par le Conseil est que le marché des hydrocarbures est très encadré par une règlementation devenue obsolète en dépit de la libéralisation des prix de vente du gasoil et de l’essence sur le marché national.

Aussi, ce marché est totalement dépendant des importations de l’étranger, dont les volumes sont en constante augmentation.

L’avis fait également état d’une forte concentration au niveau des marchés de l’importation et du stockage dont le niveau se situe généralement en-dessous du seuil prévu par la réglementation. À cela s’ajoute un réseau de distribution du gasoil et de l’essence en forte croissance et un niveau de concentration élevé sur le marché de la distribution de ces produits.

De plus, le Conseil indique que les cotations mondiales du pétrole brut et des produits raffinés (gasoil et essence) sont en forte hausse depuis le début du deuxième semestre de 2021. Aussi, il existe une forte corrélation entre les cours du baril de pétrole brut, les cotations des produits raffinés et les prix de vente sur le marché national durant les années 2018 et 2019.

En outre, la même source souligne un affaiblissement de la corrélation entre les cours du baril de pétrole brut, les cotations des produits raffinés et les prix de vente sur le marché national durant les années 2020 et 2021 ainsi que les quatre premiers mois de 2022. Le Conseil note également une répercussion immédiate des hausses des cotations à l’international et décalée dans le temps en cas de baisses.

Il évoque aussi l’existence d’une structure de prix de vente composée principalement des prix d’achat du gasoil et de l’essence à l’international et des taxes prélevées par l’État, outre une composante fiscale du prix du gasoil et de l’essence qui diminue proportionnellement à la hausse de leurs prix à l’international.

Ledit avis fait aussi ressortir une marge brute de distribution très fluctuante avec un poids relativement faible dans la composition du prix de vente à la pompe. Il relève en outre des niveaux de marge brute de distribution élevés en 2020 et 2021, période qui a enregistré la chute des cours du pétrole brut et des cotations des produits raffinés à l’international.

Par ailleurs, le Conseil ressort un niveau de marge nette (gasoil et essence) oscillant entre un minimum de 0,07 DH/l et un maximum de 0,68 DH/l durant la période 2018-2021. De plus, il souligne une activité lucrative de distribution des carburants au vu des taux de rentabilité financière très élevés qu’elle permet de dégager.

Lire aussi : Mix énergétique : le Maroc sur la bonne voie

Quid des recommandations ?

Les analyses menées dans le cadre de cet avis et les conclusions qui en découlent, permettent d’émettre un certain nombre de recommandations. Ces dernières tendent essentiellement à rendre les marchés du gasoil et de l’essence plus concurrentiels, et ce, en tenant compte de la réalité économique structurelle de ces marchés et de celle de l’économie du pays qui n’est pas un producteur de pétrole.

La première recommandation émise par le Conseil de la concurrence est la nécessité de revoir d’urgence, en priorité et en profondeur, le cadre et le mode de régulation des marchés de gasoil et de l’essence. L’objectif est de les assouplir et les rendre compatibles avec les contraintes et les réalités des marchés.

Parallèlement, le Conseil a préconisé d’assouplir davantage les conditions d’accès aux marchés du gasoil et de l’essence en amont et en aval, en accélérant la mise en œuvre des recommandations émises par l’instance en 2019.

Il est aussi question de prévoir clairement dans les schémas directeurs d’aménagement urbain les zones qui pourraient être réservées aux activités de stockage des produits pétroliers. Le but est de donner une meilleure visibilité aux investisseurs intéressés et de leur éviter de recourir à chaque fois à la procédure de dérogation auprès des autorités locales compétentes.

Dans ledit avis, le Conseil a, aussi, recommandé de revoir le cadre légal et réglementaire régissant les relations contractuelles entre les sociétés de distribution et les stations-service, d’encourager les opérateurs des marchés du gasoil et de l’essence à utiliser les instruments de couverture des risques, ainsi que d’étudier l’opportunité de maintenir et de développer une activité de raffinage au Maroc.

De plus, il s’agit d’étendre le régime fiscal appliqué actuellement aux secteurs protégés, au marché de la distribution des produits pétroliers, tout en instaurant une taxe exceptionnelle sur les surprofits des sociétés d’importation, de stockage et de distribution du gasoil et de l’essence.

Le conseil a enfin préconisé d’écarter tout retour éventuel à la subvention directe de ces produits et d’instaurer en lieu et place des aides directes aux populations les plus vulnérables et des allégements fiscaux adéquats au profit des classes moyennes, outre l’accélération de la mise en œuvre de la stratégie pour une transition énergétique.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Oignon : autopsie d’une flambée spectaculaire

Consommation-L’oignon ne fait plus seulement pleurer en cuisine, c’est le passage en caisse qui tire les larmes aux foyers marocains.

Sabrina El Faiz - 4 avril 2026
Vidéo – Coopération économique : la France renforce sa présence au Maroc

Économie - Le ministre français Nicolas Forissier a effectué une visite stratégique à Casablanca, mettant en avant les opportunités économiques liées au Mondial 2030 et renforçant les partenariats entre entreprises françaises et marocaines dans plusieurs secteurs clés.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Impériales Week 2026 : « Marketing houwa koulchi »

Économie - Aux Impériales Week 2026, le panel « Marketing houwa koulchi » redéfinit le rôle du marketing. Il s’impose comme une boussole stratégique qui guide innovation, production et croissance bien au-delà de la simple communication.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Casablanca-Settat : 27 stations pour sécuriser l’eau potable

Économie - La région Casablanca-Settat accélère son programme hydrique avec 27 stations de dessalement et de traitement des eaux. Déjà en grande partie opérationnelles, ces installations visent à sécuriser durablement l’approvisionnement en eau potable.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Commerce extérieur : importations en baisse, exportations en légère hausse au T4-2025

Économie - Recul des prix à l’importation et progression modérée à l’exportation au quatrième trimestre 2025. L’évolution des indices reflète des dynamiques sectorielles contrastées, entre baisse de l’énergie et hausse de certains produits industriels et alimentaires.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Pénurie de fruits rouges : un signal pour repenser la filière

Economie - En raison de multiples aléas climatiques, la filière des fruits rouges au Maroc, comme ailleurs, a subi un coup dur.

Mouna Aghlal - 3 avril 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire