Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?
Image d'illustration © Wattnow
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Dans un contexte marqué par la hausse des coûts de l’énergie, la pression croissante des exigences ESG et l’accélération de la transition énergétique, les entreprises cherchent de plus en plus à optimiser leur consommation.
Pour Issam Smaali, CEO de Wattnow, l’enjeu ne se limite plus à produire une énergie plus verte, mais aussi à mieux comprendre et piloter les usages au sein des organisations. Déjà présente sur plus de 800 sites à travers le monde, l’entreprise mise sur le potentiel industriel du Maroc pour déployer sa solution de gestion énergétique basée sur la data et l’intelligence artificielle. Explications.
-LeBrief : Le Maroc a de fortes ambitions en matière de transition énergétique. Dans ce contexte, pourquoi avoir choisi aujourd’hui d’officialiser le lancement de Wattnow dans le Royaume ?
– Issam Smaali : On a choisi d’officialiser maintenant parce qu’on sent que le Maroc est en train de franchir un cap. Il y a une dynamique très forte sur la transition énergétique, mais surtout une prise de conscience grandissante que la performance ne se joue pas uniquement sur la production d’énergie, elle se joue aussi, et parfois surtout, sur la maîtrise des usages. Or, c’est exactement là que Wattnow crée de la valeur : rendre l’énergie mesurable, pilotable, et
actionnable, en temps réel.
Au-delà du contexte national, il y a aussi une réalité industrielle : le Maroc est fortement tourné vers l’export, et les exigences des donneurs d’ordres internationaux, notamment européens, s’intensifient sur la traçabilité, la décarbonation et la performance. On ne vient pas avec un discours “théorique”, on vient avec une approche très pragmatique : aider les industriels à reprendre le contrôle de leur énergie, à stabiliser leurs coûts, et à transformer la
transition énergétique en avantage compétitif.
-LeBrief : Vous expliquez que la transition énergétique ne se joue plus que sur la production mais aussi sur la maîtrise des usages. Concrètement, où les entreprises perdent-elles aujourd’hui le plus d’énergie sans forcément s’en rendre compte ?
– Issam Smaali : La plupart des pertes se cachent dans l’“énergie invisible” : celle qui n’est pas associée à un produit fini, mais qui est pourtant consommée en continu. On retrouve ça dans des choses très concrètes : des machines qui tournent à vide, des démarrages/arrêts mal optimisés, des équipements mal paramétrés, des dérives progressives qui deviennent la norme, ou encore des utilités comme l’air comprimé, le froid, la ventilation, le chauffage, qui représentent souvent des gisements énormes.
Le problème, ce n’est pas que les équipes ne veulent pas agir. C’est qu’elles manquent d’une lecture fine et exploitable. Quand on n’a pas la granularité par machine, par ligne, par zone, on finit par piloter “à l’intuition”. Et c’est là que l’énergie se perd : non pas par négligence, mais par manque de visibilité opérationnelle.
-LeBrief : Votre solution repose sur la data, des capteurs intelligents et l’intelligence artificielle. Comment ces technologies permettent-elles de réduire la consommation énergétique d’un site industriel ou tertiaire ?
– Issam Smaali : Nos capteurs permettent de rendre l’énergie observable à un niveau très fin, là où les compteurs globaux ne disent rien sur le “pourquoi”. Ensuite, l’intelligence artificielle fait le lien entre la donnée et l’action : elle détecte les anomalies, identifie les dérives, et surtout met en évidence les causes racines.
Concrètement, on passe d’une logique de mesure à une logique de pilotage. L’IA aide à prioriser ce qui compte vraiment : les actions à fort impact, celles qui améliorent rapidement la performance, avec un ROI clair. Et comme tout est suivi dans le temps, on ne se contente pas d’annoncer des économies : on les mesure, on les documente, et on les sécurise dans la durée. C’est ce passage à l’action, guidé par la donnée, qui fait la différence.
-LeBrief : Vous indiquez déjà accompagner plusieurs projets industriels au Maroc, notamment dans l’aéronautique. Quels enseignements tirez-vous de ces premières collaborations sur le terrain ? Quels sont les freins ?
– Issam Smaali : Ce qu’on retient d’abord, c’est l’exigence. Dans des secteurs comme l’aéronautique, la performance, la qualité et la traçabilité sont déjà des standards. Du coup, le pilotage énergétique est naturellement en train de devenir un nouveau standard de performance industrielle. Les équipes sur place sont très réceptives dès lors qu’on parle concret : fiabiliser la mesure, objectiver les pertes, et mettre des actions en face.
Les freins, on les connaît : l’accès aux données au départ, l’hétérogénéité des équipements, parfois une crainte de complexité ou de charge projet, et aussi la question de l’alignement interne : qui porte le sujet, qui décide, qui exécute. C’est justement pour ça qu’on travaille avec une approche simple : déployer vite, démontrer rapidement de la valeur, et accompagner le passage à l’échelle avec une méthode claire.
-LeBrief : Au-delà de l’économie d’énergie, les entreprises sont aujourd’hui de plus en plus confrontées aux exigences de reporting ESG. Comment la gestion intelligente de l’énergie devient-elle un outil stratégique pour répondre à ces nouvelles obligations ?
– Issam Smaali : Le reporting ESG, ce n’est plus un exercice de communication. C’est en train de devenir une condition d’accès au financement, aux marchés, et parfois même aux appels d’offres. Et le cœur du sujet, c’est la crédibilité de la donnée : être capable de mesurer, de tracer, d’expliquer, et de suivre des trajectoires de réduction.
Une gestion intelligente de l’énergie permet précisément ça : produire des indicateurs robustes, comparables dans le temps, et auditables. Mais surtout, elle relie l’ESG à l’opérationnel. On ne parle pas seulement de “reporting”, on parle de pilotage : suivre les émissions liées à l’énergie, identifier les postes les plus émetteurs, démontrer les progrès, et transformer une obligation en plan d’action concret. C’est là que ça devient stratégique.
-LeBrief : Observez-vous un changement de mentalité chez les dirigeants en matière de pilotage énergétique ?
– Issam Smaali : Oui, très clairement. Avant, l’énergie était souvent vue comme une facture, donc un sujet géré “en arrière-plan”. Aujourd’hui, elle est devenue une variable critique : volatilité des prix, pression sur les marges, exigences des clients, réglementation… Tout converge.
Ce qui change, c’est que les dirigeants veulent de plus en plus piloter l’énergie comme ils pilotent la production : avec des indicateurs, des objectifs, et une capacité à agir rapidement. Et ils veulent aussi des résultats mesurables, pas seulement des intentions. Le pilotage énergétique devient un sujet de direction générale, parce que c’est directement lié à la compétitivité.
-LeBrief : Votre solution est déjà déployée sur plus de 800 sites à travers le monde. Quelles sont les spécificités du marché marocain par rapport aux autres régions où vous êtes présents ?
– Issam Smaali : Le Royaume du Maroc a une combinaison assez unique : une industrie en forte montée en gamme, une orientation export très marquée, et un agenda de transition énergétique qui s’accélère. Cela crée un contexte où la performance énergétique n’est pas seulement “souhaitable” : elle devient un facteur de différenciation et parfois un prérequis pour certains marchés.
On observe aussi une vraie volonté d’aller vite et d’être pragmatique. Les industriels marocains veulent des solutions concrètes, déployables, qui s’adaptent à la réalité des sites et qui démontrent rapidement de la valeur. C’est exactement notre approche. Et enfin, il y a un enjeu fort de structuration : mettre en place des bases de données fiables, une gouvernance de l’énergie, et une capacité à industrialiser la performance dans la durée.
-LeBrief : Quelles sont vos ambitions de développement au Maroc dans les prochaines années ?
– Issam Smaali : Notre ambition est de faire du Maroc un hub stratégique régional pour l’intelligence énergétique. À court terme, on veut accélérer dans l’industrie manufacturière, parce que l’impact y est immédiat et mesurable. Ensuite, on veut étendre la démarche à des secteurs comme le tertiaire, la grande distribution, et plus largement les activités à forte consommation énergétique.
Mais au fond, l’objectif reste le même : aider les organisations à passer d’une énergie “subie” à une énergie maîtrisée. Réduire les consommations, stabiliser les coûts, accompagner la décarbonation avec des preuves, et donner aux dirigeants un pilotage clair. Si on réussit ça à grande échelle, l’impact est double : compétitivité économique et
contribution concrète aux objectifs de transition énergétique du Royaume.
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