Cover chronique METRONOME
Hafid El Jaï Publié le 16/02/26 à 10:37
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Fracture

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Rien ne va plus entre le chef du gouvernement et le ministre de la Justice. Ce dernier reproche à son patron d’avoir pris l’initiative d’intervenir pour désamorcer la colère des avocats et suspendre l’acheminement du projet de loi réformant la profession sans l’avoir consulté au préalable. On assiste à un moment politique révélateur des lignes de fracture d’un exécutif pourtant censé fonctionner à l’unisson.

Selon les proches collaborateurs du ministre PAMiste, il ne s’agit nullement de contester la nécessité d’apaiser une tension sociale. La question n’est pas tant celle de la décision que de sa méthode. Intervenir directement sur un dossier piloté par le ministre qui a exercé durant de longues années le métier d’avocat, sans coordination préalable, revient à transformer un geste de conciliation en démonstration d’autorité verticale. Et dans une coalition gouvernementale où la cohésion affichée est capitale, le symbole pèse lourd.

Ceci étant, le ministre de la Justice a commis une erreur fatale en rompant l’approche participative dans l’élaboration du projet de loi. Les robes noires dénoncent des dispositions portant atteinte à l’indépendance de la profession. Suite aux garanties apportées par le chef du gouvernement, les avocats ont repris le travail après plusieurs semaines de grève et après avoir battu le pavé devant le Parlement à Rabat.

D’ailleurs, la grogne ne se limite plus aux avocats. Sortant de leur réserve, les adouls ont décidé à leur tour de passer à l’offensive. L’instance représentative de la profession a lancé un ultimatum sous forme de débrayage. Un black-out administratif est donc programmé sur tout le territoire national. Mercredi et jeudi, aucun acte ne sera signé et les bureaux des adouls resteront clos. Ce coup de semonce vise à marquer le rejet total de la trajectoire actuelle du ministère dans son approche pour réformer la profession d’adoul.

Pour revenir à la cohésion gouvernementale, il y a matière à approfondir la réflexion. Gouverner ne consiste pas seulement à éteindre les incendies. Cela suppose de préserver la crédibilité de ceux qui sont chargés de porter les réformes. Lorsqu’un arbitrage tombe de manière unilatérale, il ne calme pas seulement la contestation extérieure, il installe un doute intérieur. Quelle marge réelle pour défendre un texte ? Quelle constance dans la parole publique ? La collégialité gouvernementale cesse alors d’être un principe pour devenir un décor.

Certains verront dans cette séquence une preuve de pragmatisme, d’autres un signe de fébrilité. C’est en définitive un mélange des deux. A force de privilégier la gestion immédiate des tensions, on donne le sentiment que l’action publique se réduit à une navigation à vue, guidée par le thermomètre social plus que par une vision structurée. Cela rassure à court terme, mais fragilise à long terme la capacité de l’exécutif à engager des transformations ambitieuses.

Au fond, cette séquence dépasse le différend personnel ou institutionnel qu’elle semble incarner. Elle révèle une pratique politique où l’urgence supplante la stratégie, où l’arbitrage prime sur la concertation, et où l’apparence de stabilité tient lieu de cap. Or la stabilité affichée n’est pas toujours synonyme de solidité.
La vérité est plus sèche. Un gouvernement qui désavoue ses propres relais pour calmer un front sectoriel n’éteint pas seulement un conflit. Il expose ses failles.

Et dans l’arène politique, les failles ne restent jamais théoriques. Elles deviennent des précédents, puis des habitudes. Jusqu’au jour où l’on découvre que l’autorité n’a pas été consolidée, mais simplement mise en scène et qu’une mise en scène, tôt ou tard, cesse de convaincre. Reste à savoir si cette action n’est pas un échauffement pour la bataille électorale à venir. L’alliance RNI-PAM ne vaut plus rien quand il s’agit de rafler les voix d’un électorat plus que jamais fracturé.

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Un commentaire

  1. Notre ministre de la justice est allé trop loin
    Notre chef de gouvernement à par ses affaires personnelles ne sait pas sur quels pieds danser et ne connait de la politique que le nom…
    Le reste se contente de toucher leur salaire et de se débrouiller des petites affaires pour arrondir leur fin de mois.
    Les parlementaires et autres officiels ce n’est même pas la peine d’en parler .
    On est beau

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