L’aide humanitaire que l’Espagne s’apprête à envoyer à Cuba ressemble à ces lampes qu’on distribue après un séisme, elle éclaire la détresse, mais ne rebâtit rien. Depuis la chute de Maduro, l’île a perdu son pétrole, puis son électricité, puis son économie déjà vacillante, sans que personne n’ose vraiment contester l’embargo énergétique américain qui l’asphyxie. Même ses partenaires historiques avancent désormais avec prudence, soucieux de ne pas se mettre Washington à dos. Cuba n’est plus seulement en crise, elle est entrée dans une phase d’asphyxie en chaîne.
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La rupture énergétique a agi comme un révélateur brutal d’une fragilité et d’une dépendance accumulées depuis des décennies. Sans les cargaisons vénézuéliennes (ni mexicaine), le système s’effondre par pans entiers. Coupures de courant de douze à quinze heures par jour, hôpitaux fonctionnant au ralenti, transports paralysés, production agricole désorganisée. Les pénuries alimentaires sont devenues structurelles, les pharmacies vides, les salaires sans valeur réelle. Dans les quartiers, la survie s’organise autour de files d’attente, de marchés informels et d’exodes. La population cubaine vivait déjà dans un état de fatigue sociale avancée, où la résignation et la colère s’entremêlent. Le changement de régime n’est plus un tabou absolu pour une partie croissante de la société, même si l’anti-impérialisme reste profondément ancré.
Le bon moment pour Washington
C’est dans cette fenêtre entrouverte que Washington agit. Officiellement, l’objectif reste inchangé depuis soixante ans, à savoir la promotion de la démocratie et des droits humains. Officieusement, la logique est géopolitique. Les États-Unis souhaitent neutraliser un adversaire idéologique historique à 150 kilomètres de ses côtes et réaffirmer une zone d’influence conforme à la doctrine Monroe chère à Donald Trump. Le blocus énergétique s’inscrit dans cette continuité. Il faut priver le régime de carburant pour accélérer son implosion interne. Les alliés traditionnels de Cuba que sont la Russie, la Chine, l’Iran, l’Amérique latine, observent sans s’engager réellement, eux-mêmes dans une posture délicate ou occupés sur d’autres fronts. L’île se retrouve seule, coincée entre un pouvoir épuisé et une pression externe maximale.
La condition actuelle du peuple cubain tranche brutalement avec l’élan postrévolutionnaire qu’incarnaient Che Guevara et Fidel Castro. Pendant des décennies, malgré une pauvreté persistante, le régime assurait sécurité alimentaire de base, accès universel à la santé et à l’éducation, ainsi qu’une forme de stabilité sociale, en dépit de son caractère autoritaire et de l’isolement imposé par le blocus américain. Cuba envoyait des médecins à l’étranger, exerçait une influence diplomatique sans commune mesure avec sa taille et se présentait comme une alternative politique pour le Sud global face aux puissances occidentales. Aujourd’hui, ce même système, répressif mais autrefois garant d’une dignité minimale, ne parvient plus à assurer l’essentiel.
Washington parie désormais sur ce moment de bascule pour réussir ce que soixante ans de pressions n’ont pas permis : la fin du régime castriste sans intervention militaire. L’histoire pèse pourtant lourd. L’échec du débarquement d’exilés cubains soutenus par les États-Unis dans la baie des Cochons en 1961 et la crise des missiles en 1962 avaient déjà montré que Cuba constituait un point de friction stratégique. Aujourd’hui, la méthode change. Plus d’intervention physique, mais une pression économique et énergétique visant à rendre la situation intérieure intenable. Le calcul est clair : un peuple déjà épuisé fera le travail que l’armée américaine n’a pas besoin d’accomplir. Mais l’histoire récente rappelle qu’entre l’asphyxie sociale et la chute d’un régime, la première victime reste souvent la population.
Le peuple cubain, double victime
La trajectoire cubaine semble désormais écrite. Le régime apparaît trop affaibli matériellement pour se maintenir indéfiniment, et trop isolé pour se réformer en profondeur. Mais la méthode employée pose une question centrale. Peut-on provoquer l’effondrement d’un système en frappant son environnement vital et faire payer au peuple le coût d’un changement politique ? Les transitions imposées par la pénurie sont rarement pacifiques ni rapides. Elles passent par la souffrance, souvent par la violence. Croire qu’une population seule peut renverser un pouvoir installé depuis plus de soixante ans sans convulsions relève de l’illusion. L’Iran, la Libye ou la Syrie l’ont tragiquement montré.
Dans ce contexte, où l’ONU s’égosille à alerter et condamner sans que sa parole ne pèse plus vraiment, et où la plupart des États se retranchent derrière une prudence inopérante, le cri d’une citoyenne cubaine ordinaire – que nous publions en encart – rappelle que derrière la géopolitique et les stratégies d’influence, il y a des vies prises en étau. Cuba n’est ni un symbole ni un pion. C’est un peuple coincé entre l’échec de son système et la brutalité de sa mise sous pression. Et c’est peut-être là, plus que dans l’issue politique elle-même, que se joue la véritable responsabilité du moment.
LETTRE OUVERTE AU MONDE : DEPUIS CUBA, UNE FEMME ORDINAIRE DÉNONCE LE CRIME QUE L’ON NE VEUT PAS VOIR
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À l’humanité entière, aux mères du monde, aux médecins sans frontières, aux journalistes dignes, aux gouvernements qui croient encore en la justice :
Je m’appelle comme des millions d’autres. Je n’ai ni nom célèbre ni fonction importante. Je suis une Cubaine ordinaire. Une fille, une sœur, une patriote. Et j’écris ces mots l’âme déchirée et les mains tremblantes, car ce que vit aujourd’hui mon peuple n’est pas une crise. C’est un assassinat lent, calculé, froidement exécuté depuis Washington.
Et le monde regarde ailleurs.
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👵 DÉNONCIATION POUR MES GRANDS-PARENTS :
Je dénonce qu’à Cuba des personnes âgées meurent prématurément parce que le blocus empêche l’arrivée de médicaments pour le cœur, la tension, le diabète. Ce n’est pas un manque de ressources. C’est une interdiction délibérée. Des entreprises qui veulent vendre à Cuba sont sanctionnées, poursuivies, menacées. Leurs gouvernements se taisent. Et pendant ce temps, un grand-père cubain serre sa poitrine et attend. La mort ne prévient pas. Le blocus, si.
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👶 DÉNONCIATION POUR MES ENFANTS :
Je dénonce qu’à Cuba des incubateurs ont dû être éteints faute de carburant. Que des nouveau-nés luttent pour vivre pendant que le gouvernement des États-Unis décide quels pays peuvent nous vendre du pétrole et lesquels ne le peuvent pas. Que des mères cubaines ont vu la vie de leurs enfants menacée parce qu’un ordre signé dans un bureau à Washington vaut plus que les pleurs d’un bébé à 90 miles de leurs côtes.
Où est la communauté internationale ? Où sont les organisations qui défendent tant l’enfance ? Ou bien les enfants cubains ne méritent-ils pas de vivre ?
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🍽️ DÉNONCIATION POUR LA FAIM INTENTIONNELLE :
Je dénonce que le blocus est une faim programmée. Ce n’est pas que la nourriture manque par hasard. C’est qu’on nous empêche de l’acheter. Les navires transportant des aliments sont poursuivis. Les transactions bancaires sont bloquées. Les entreprises qui nous vendent des céréales, du poulet, du lait sont sanctionnées.
La faim à Cuba n’est pas un accident. C’est une politique d’État du gouvernement des États-Unis, affinée pendant 60 ans, mise à jour par chaque administration, durcie par Donald Trump et appliquée avec acharnement par Marco Rubio.
Ils appellent cela « pression économique ». Moi, j’appelle cela du terrorisme par la faim.
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⚕️ DÉNONCIATION POUR MES MÉDECINS :
Je dénonce que nos médecins, les mêmes qui ont sauvé des vies pendant la pandémie alors que le monde entier s’effondrait, n’ont aujourd’hui ni seringues, ni anesthésie, ni appareils de radiographie. Non pas parce que nous ne savons pas les produire. Non pas parce que nous manquons de talent. Mais parce que le blocus nous empêche d’accéder aux fournitures, aux pièces de rechange, à la technologie.
Nos scientifiques ont créé cinq vaccins contre la COVID-19. Cinq. Sans aide de personne. Contre vents et marées. Contre le blocus et les mensonges. Et malgré cela, l’empire nous punit pour y être parvenus.
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🌍 AU MONDE JE DIS :
Cuba ne vous demande pas l’aumône.
Cuba ne vous demande pas de soldats.
Cuba ne vous demande pas de nous aimer.
Cuba vous demande justice. Rien de plus. Rien de moins.
Je vous demande d’arrêter de normaliser la souffrance de mon peuple.
Je vous demande d’appeler le blocus par son nom : CRIME CONTRE L’HUMANITÉ.
Je vous demande de ne pas vous laisser tromper par le discours du « dialogue » et de la « démocratie » pendant qu’on nous serre la gorge.
Nous ne voulons pas de charité. Nous voulons qu’on nous LAISSE VIVRE.
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Aux gouvernements complices qui se taisent :
L’histoire vous demandera des comptes.
Aux médias qui mentent :
La vérité trouve toujours des fissures.
Aux bourreaux qui signent des sanctions :
Le peuple cubain n’oublie pas et ne pardonne pas.
À ceux qui ont encore de l’humanité dans la poitrine :
Regardez Cuba. Regardez ce qu’on lui fait. Et demandez-vous : de quel côté de l’histoire est-ce que je veux être ?
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Depuis cette petite île, avec un peuple immense,
Une Cubaine ordinaire qui refuse de se rendre.
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La cupidité, la perfidie ne doit en aucun cas engloutir les vestiges humanistes, philosophiques ou culturels du passé…
Un grand Bravo à la rédaction et à votre journal !