COP30 : une première semaine qui ravive toutes les tensions

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La COP30 opte pour un accord minimal, dépourvu de référence aux énergies fossilesPhoto prise lors de la COP30 qui a lieu au Brésil du 6 novembre au 21 novembre 2025 © DR

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À mi-parcours de la COP30, les négociations climatiques entrent dans leur phase décisive à Belém. Dans un contexte d’urgence inédit, le Maroc affiche un engagement renforcé et une présence remarquée, portée par une nouvelle stratégie climatique et hydrique présentée comme un modèle régional. Entre ambitions mondiales, mobilisation citoyenne et diplomatie verte, retour sur une première semaine dense et déterminante.

La 30ᵉ Conférence des Parties (COP30) s’est ouverte le 6 novembre 2025 à Belém, au Brésil, sur fond de bouleversements climatiques sans précédent. Installé aux portes de l’Amazonie, ce sommet revêt une portée hautement symbolique à l’heure où la planète a franchi de dangereuses limites. L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, et le seuil de +1,55 °C au-dessus des niveaux préindustriels a été momentanément dépassé. Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, la communauté internationale se retrouve face à une évidence : le temps des promesses est révolu.

Dans un discours sans ambiguïté, António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, a donné le ton : « Ce n’est plus le temps des négociations. L’heure est à la mise en œuvre, la mise en œuvre et encore la mise en œuvre ». Une injonction adressée à près de 200 pays réunis pour accélérer la transition hors des énergies fossiles, revoir leurs engagements climat pour 2026-2030 et débloquer les financements nécessaires à la survie collective. Au cœur de cette première semaine de débats, une question domine : la coopération internationale peut-elle encore fonctionner alors que le dérèglement s’intensifie et que les divergences persistent ?

Lire aussi : Maroc : vers une mobilité durable et accessible

Une COP sous tension : ambitions, financements et faiblesses globales

Les objectifs de la COP30 sont considérables : il s’agit de mobiliser 1.300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour soutenir la transition climatique, un montant qualifié d’indispensable par Simon Stiell, secrétaire exécutif d’ONU Climat. Pourtant, l’écart entre la trajectoire nécessaire et les engagements actuels est alarmant. Pour rester sous la barre de 1,5 °C, les émissions mondiales devraient diminuer de 60% d’ici 2030 ; or, les contributions nationales (CDN) actuellement enregistrées ne permettraient qu’une réduction de 10%.

Cette déconnexion entre ambitions et réalités financières complique les échanges, d’autant que l’absence des États-Unis, provoquée par le retrait de l’Accord de Paris décidé par Donald Trump, plane sur les discussions. Sans la première puissance économique mondiale, la question du financement climatique devient plus fragile, et les pays en développement redoutent un ralentissement des engagements du Nord.

La COP30 doit aussi finaliser la révision des CDN pour la période 2026-2030. Les délégations ont avancé sur la partie technique, mais les divergences persistent quant au rythme et au niveau d’ambition. La seconde semaine, celle des arbitrages politiques, sera décisive pour rapprocher les positions.

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Une société civile réveillée : Belém, scène mondiale de mobilisation

L’une des images fortes de cette première semaine reste la vaste mobilisation citoyenne du 15 novembre. Une marche mondiale pour le climat a rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans les rues de Belém. Militants internationaux, associations, jeunes activistes et représentants des peuples autochtones brésiliens ont marché côte à côte dans une atmosphère à la fois festive et combative.

Cette mobilisation a marqué un tournant : pour la première fois depuis 2021, les manifestants ont pu défiler librement, loin des restrictions imposées lors des précédentes éditions en Égypte, aux Émirats arabes unis et en Azerbaïdjan.

Les messages étaient clairs : sortie urgente des énergies fossiles, arrêt de la déforestation amazonienne, justice climatique, inclusion des communautés marginalisées dans les négociations.

À seulement 28 ans, l’activiste autochtone Txai Surui a rappelé l’essentiel : empêcher tout recul et s’assurer que les engagements déjà pris soient effectivement tenus. La présence des peuples amazoniens, dont les territoires sont en première ligne du dérèglement climatique, a donné une résonance particulière à cette mobilisation.

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Le Maroc en vitrine : ambition, diplomatie et innovation climatique

Le Maroc est arrivé à Belém avec un positionnement assumé : celui d’un pays engagé, porteur de solutions et décidé à renforcer son rôle de leader régional. La délégation, conduite par Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, a présenté la CDN 3.0 du Royaume. Celle-ci porte l’ambition à une réduction de 53% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, dont 22% sans condition, un niveau salué pour son sérieux.

La ministre a insisté sur la dimension novatrice de cette contribution, construite autour d’indicateurs de coûts de réduction et d’un nouvel ancrage entre financements et projets d’adaptation. Une méthodologie présentée comme un modèle transposable dans d’autres pays africains.

Lors d’un événement parallèle, le Maroc a mis en avant sa stratégie face à la sécheresse structurelle qui frappe le pays depuis sept ans. La réutilisation des eaux usées traitées constitue désormais un axe majeur de la politique hydrique nationale.

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Les objectifs fixés sont clairs : 100 millions de m³ d’eaux traitées mobilisées dès 2027, et 573 millions de m³ à l’horizon 2040. Dans un contexte de stress hydrique généralisé, cette expérience marocaine a suscité un vif intérêt auprès des délégations présentes.

En marge des négociations, Leila Benali a enchaîné les rencontres de haut niveau, notamment avec la directrice exécutive du Fonds Vert pour le Climat et un directeur général adjoint du FMI. L’objectif est de consolider les partenariats autour des projets climatiques et renforcer le rôle du Royaume comme hub régional de la finance verte.

Cette offensive diplomatique vise également à mobiliser de nouveaux investissements pour des projets structurants dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou la gestion des ressources naturelles. Le Maroc cherche à tirer parti de son expérience, tout en plaidant pour un accès plus équitable aux financements internationaux.

Une deuxième semaine décisive : entre blocs, doutes et espérances

À l’issue de la première semaine, les observateurs s’accordent sur un constat : si les travaux techniques ont progressé, les vraies décisions restent à prendre. L’arrivée des ministres, attendue pour le début de la seconde semaine, sera cruciale pour trouver un terrain d’entente entre près de 200 pays aux intérêts divergents.

Un négociateur africain a exprimé son inquiétude, redoutant qu’en l’absence de leadership affirmé, « ceci pourrait s’avérer une COP vide ». La présidence brésilienne, dirigée par le diplomate André Corrêa do Lago, devra jouer un rôle de médiation déterminant.

Les sujets les plus sensibles restent sur la table :

• Niveau d’ambition des nouvelles CDN.

• Architecture du financement climatique.

• Compensation et justice climatique.

• Nouvelles barrières commerciales liées au carbone.

• Rythme de sortie des énergies fossiles.

Le monde regarde Belém avec une attente pressante : un signe que l’action climatique peut encore être collective, cohérente et à la hauteur des enjeux.

Cop ou pas cop ?

La COP30, à mi-chemin, apparaît comme un moment charnière. Les débats révèlent l’ampleur de la crise climatique mais aussi la difficulté de s’accorder sur des réponses communes. Dans ce contexte tendu, certaines voix, dont celle du Maroc, tentent d’apporter des solutions réalistes et ancrées dans l’expérience.

Les conclusions du 21 novembre diront si cette COP30 aura été celle du passage aux actes tant attendu ou une nouvelle occasion manquée. Pour beaucoup, le verdict de Belém sera un test décisif de la capacité du multilatéralisme à survivre aux tempêtes climatiques.

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