Conseil de paix : pourquoi le Maroc compte désormais dans l’architecture mondiale de la paix ?

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Conseil de Paix : pourquoi le Maroc compte désormais dans l’architecture mondiale de la paix ?Signature de la Charte constitutive du Conseil de paix présidé par Donald Trump, président des Etats-unis, en présence de Nasser Bourita, représentant le Maroc © DR

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À mesure que les conflits prolongés paralysent les mécanismes classiques de la diplomatie multilatérale, une nouvelle architecture de gouvernance de la paix veut s’imposer sur la scène internationale. La création du Conseil de paix s’inscrit dans cette dynamique de rupture avec une diplomatie essentiellement déclarative, au profit d’approches plus opérationnelles et orientées vers la stabilisation. L’invitation adressée au Maroc pour rejoindre ce dispositif émergent n’est ni fortuite ni symbolique.

Le système international traverse une phase de mutation profonde. Les conflits contemporains ne sont plus des crises ponctuelles, mais des situations durables, imbriquées, souvent figées dans des cycles de violences, de narratifs concurrents et d’impasses diplomatiques. Dans ce contexte, les outils traditionnels de gestion des crises (résolutions, communiqués, médiations fragmentées) peinent à produire des résultats concrets sur le terrain.

C’est précisément cette limite structurelle qui explique l’émergence du Conseil de paix. Pensé comme un mécanisme d’action et de coordination, il traduit une prise de conscience croissante : la question centrale n’est plus de savoir qui parle de paix, mais qui dispose de la capacité réelle de la construire, de la stabiliser et de la faire durer.

Le Conseil ne se substitue pas au système des Nations unies, mais ambitionne d’en compléter l’action là où l’inertie institutionnelle ou les blocages politiques freinent la mise en œuvre effective des décisions internationales.

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Une invitation à forte portée stratégique

Dans cette architecture naissante, la présence du Maroc repose sur une légitimité diplomatique, juridique et institutionnelle de premier plan. L’invitation personnelle adressée par le président des États-Unis, Donald Trump au roi Mohammed VI pour figurer parmi les membres fondateurs du Conseil de paix ne saurait être réduite à un geste protocolaire. Elle s’inscrit dans un moment charnière où l’ordre international cherche de nouveaux points d’ancrage face à la multiplication des crises hybrides et prolongées.

Selon Cherkaoui Roudani, professeur universitaire et expert en diplomatie, relations internationales et sécurité, cette invitation reflète la reconnaissance d’un modèle diplomatique fondé sur la cohérence, la retenue stratégique et la capacité d’exécution.

Le Maroc n’est pas perçu comme un acteur de surenchère politique, mais comme un État capable de traduire les intentions politiques en mécanismes concrets de stabilisation, dans le respect du droit international et des cadres multilatéraux existants.

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Le Conseil de paix, une réponse aux impasses actuelles

Le Conseil de paix s’inscrit dans une logique d’adaptation de la gouvernance internationale aux réalités des conflits contemporains. Il répond à l’échec relatif des formats fragmentés et séquentiels, incapables de traiter simultanément les dimensions humanitaires, sécuritaires, institutionnelles et politiques des crises.

Cette approche trouve un écho particulier au Proche-Orient, région désormais confrontée à des défis structurels dépassant la simple gestion des cessez-le-feu. La résolution 2803 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies illustre cette évolution, en appelant à la mise en place de mécanismes dédiés à la stabilisation, à la coordination et à la gouvernance post-conflit, notamment à Gaza.

Dans ce cadre, le Conseil de paix apparaît comme un instrument de complémentarité fonctionnelle : il vise à combler le fossé persistant entre les décisions normatives adoptées au niveau multilatéral et leur traduction opérationnelle sur le terrain.

Gaza et le Proche-Orient : reconstruire au-delà de l’urgence

Pour Cherkaoui Roudani, la situation à Gaza symbolise cette nouvelle exigence stratégique. Le territoire ne requiert plus uniquement une aide humanitaire d’urgence, mais un plan global de restructuration intégrant la reconstruction institutionnelle, économique et sociale. La résolution 2803 reconnaît implicitement que l’assistance humanitaire, la sécurité, la gouvernance transitoire et la reconfiguration politique doivent être pensées de manière intégrée et durable.

Plus largement, le Proche-Orient se trouve à un tournant historique. La région ne peut plus être appréhendée exclusivement comme un foyer de tensions, mais doit être envisagée comme un potentiel espace de développement et de prospérité partagée, à condition que la paix soit conçue comme un processus structuré, crédible et cohérent.

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Le Maroc, un acteur de stabilisation éprouvé

Dans ce contexte, l’intégration du Maroc au Conseil de paix apparaît comme le prolongement logique d’une pratique diplomatique éprouvée. Le Royaume s’est affirmé, notamment en Afrique, comme un acteur de stabilisation privilégiant l’architecture institutionnelle et le dialogue inclusif à la projection de puissance.

En Libye, le Maroc a offert une plateforme neutre et crédible pour le dialogue interlibyen, en stricte conformité avec les paramètres onusiens. Dans la région du fleuve Mano, il a défendu une approche intégrée articulant sécurité, gouvernance, développement et coopération régionale, partant du principe que la fragilité ne peut être résolue par des outils sécuritaires seuls.

Une posture singulière sur la question palestinienne

Au Proche-Orient, le Maroc occupe une position diplomatique rare. État arabe capable de dialoguer avec l’ensemble des protagonistes du conflit israélo-palestinien sans alignement rigide, il conserve des canaux de communication essentiels dans un environnement fortement polarisé.

Cette crédibilité ne se limite pas au champ diplomatique. Le Maroc a figuré parmi les rares pays ayant pu acheminer une aide humanitaire vers Gaza en pleine période d’hostilités, via des corridors terrestres complexes. Il a également contribué à faciliter les flux humanitaires et commerciaux entre la Jordanie et la Cisjordanie.

Cette action s’inscrit dans le cadre du rôle institutionnel du roi Mohammed VI en tant que président du Comité Al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique, une fonction qui confère au Royaume une légitimité morale et politique fondée sur le droit international et la continuité de l’engagement.

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Les défis et les risques du Conseil de paix

Aucune architecture de paix émergente n’est exempte de risques. Le Conseil de paix devra faire face à plusieurs défis majeurs : tentatives d’instrumentalisation politique, interrogations sur sa légitimité face aux mécanismes onusiens existants, ou encore incertitudes liées à la durabilité de son action dans un environnement international instable.

C’est précisément dans ce registre que la participation du Maroc joue un rôle d’équilibre. Son attachement constant aux paramètres des Nations unies, sa retenue stratégique et son refus des logiques de blocs contribuent à renforcer la crédibilité et la modération du Conseil.

Vers une « peacecraft » appliquée

Pour Cherkaoui Roudani, l’enjeu dépasse la simple présence marocaine au sein du Conseil de paix. Il s’agit de promouvoir une conception renouvelée de la paix, qu’il qualifie de « peacecraft » appliquée : une capacité concrète à concevoir, mettre en œuvre et maintenir la paix en synchronisant normes juridiques, impératifs sécuritaires, résilience institutionnelle et action humanitaire.

Dans cette approche, la paix cesse d’être un objectif abstrait pour devenir un processus continu de stabilisation, de gouvernance et de patience stratégique. Le Maroc illustre cette trajectoire, non comme un acteur de posture, mais comme un co-architecte de solutions durables.

Dans un système international en quête de nouveaux repères, le Royaume apparaît ainsi comme un facteur d’ancrage stratégique, à condition que la paix continue d’être traitée non comme un slogan, mais comme une discipline exigeante, fondée sur la légalité, la retenue et la capacité d’agir.

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