Kenya : les menaces d’expulsion suscitent un tollé
Des Burundais se rassemblent à l'ambassade du Burundi à Nairobi pour demander des laissez-passer frontaliers en vue de leur retour au pays, suite à une directive du gouvernement kényan visant les petits commerçants sans papiers, le 7 septembre 2026 © AFP/SIMON MAINA La polémique prend de l’ampleur au Kenya autour des nouvelles directives gouvernementales visant les petits commerçants étrangers en situation irrégulière. Mardi 8 septembre, responsables politiques, organisations de défense des droits humains et acteurs économiques ont multiplié les réactions, faisant part de leurs inquiétudes face au risque d’une montée de la xénophobie dans le pays.
Les critiques se concentrent notamment sur la politique menée par le président William Ruto. Dans les rangs de l’opposition, plusieurs responsables accusent le chef de l’État de désigner les étrangers comme responsables des difficultés économiques auxquelles fait face la population kényane, notamment le chômage et la hausse du coût de la vie.
Martha Karua, du Parti pour la libération du peuple, a ainsi estimé qu’aucun Africain ne devait être transformé en « bouc émissaire » pour expliquer les difficultés économiques du pays. David Maraga, ancien président de la Cour suprême et candidat à l’élection présidentielle de 2027, a pour sa part contesté la base légale de la politique annoncée.
La Commission nationale kényane des droits de l’homme a également exprimé ses réserves. Elle dénonce une approche qu’elle juge trop générale et plaide pour que les situations individuelles soient examinées au cas par cas. L’institution indique par ailleurs avoir déjà reçu des plaintes déposées par des réfugiés concernés par ces mesures.
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Critiques internes et préoccupations régionales
Au-delà de la question migratoire, les annonces gouvernementales suscitent des interrogations sur les relations du Kenya avec ses voisins d’Afrique de l’Est. Odhiambo Ramogi, directeur du cabinet d’analyse économique Elim Capital, estime que la politique engagée pourrait fragiliser la position de Nairobi au sein de la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC), qui constitue à la fois une zone de libre-échange et un marché commun.
L’Association du droit en Afrique de l’Est s’est également inquiétée du respect des engagements régionaux du Kenya. Les critiques redoutent notamment que des mesures visant les ressortissants burundais, ougandais et tanzaniens ne détériorent les relations entre les membres de l’EAC.
Face à ces contestations, le gouvernement kényan maintient sa position tout en accordant un délai aux personnes concernées. La présidence a annoncé mardi que les ressortissants étrangers exerçant une activité commerciale disposeraient de 90 jours pour régulariser leur situation.
Cette décision intervient alors que plusieurs ressortissants burundais se sont déjà rendus à leur ambassade à Nairobi afin d’obtenir des laissez-passer frontaliers pour regagner leur pays. Les autorités kényanes devront désormais composer avec les critiques internes et les préoccupations régionales suscitées par leur politique.