Minerais stratégiques : le CESE plaide pour une exploitation responsable

Avatar de Rédaction LeBrief

Temps de lecture :

Le Maroc, pilier africain de l’industrie minière durablePhoto d'illustration © DR

A
A
A
A
A

C’est un document fort intéressant rendu public par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). Dans cette auto-saisine, l’institution présidée par Ahmed Reda Chami a braqué les projecteurs sur les minerais stratégiques et critiques au Maroc. L’objectif de cet avis du CESE n’est pas de procéder à une analyse exhaustive du secteur minier national, mais plutôt d’étudier de manière prospective l’écosystème de cette catégorie de minéraux et son influence sur l’industrialisation et le progrès de notre pays. Détails.

Le travail mené par la Commission des affaires économiques et des projets stratégiques du Conseil économique, social et environnemental (CESE) a été piloté par Abdellah Mouttaqi, rapporteur de la thématique et fin connaisseur du secteur minier au Maroc. Cet expert a cumulé plus de 36 ans au service des géosciences et des mines, d’abord à la Faculté des sciences Semlalia de Marrakech, puis au Bureau de recherches et de participations minières (BRPM) avant d’atterrir à l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et enfin à l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P). Mouttaqi a auditionné tous les acteurs concernés : les ministères, les fédérations professionnelles, les associations, l’OCP, Managem et même Bank Al-Maghrib. Pour éclairer la presse et l’opinion publique sur les résultats de cette autosaisine, le CESE a organisé un atelier de restitution mercredi à Rabat sur le thème « Les minerais stratégiques et critiques, contributeurs à la souveraineté industrielle du Maroc ».

Lire aussi : OCP : des résultats records en 2022

Pour un modèle national d’exploitation et de valorisation des ressources minières

Dans son avis, le CESE a tout d’abord proposé que les parties prenantes (État, territoires, secteur privé, partenaires sociaux et société civile) travaillent ensemble pour élaborer un modèle national pour l’exploitation et la valorisation des ressources minières de manière responsable, durable et respectueuse de l’environnement, en particulier pour les minerais stratégiques et critiques. Le Conseil a souligné que cette exploitation doit intégrer les impératifs de la responsabilité intergénérationnelle en réservant une part des revenus aux générations futures, en soutenant ainsi l’investissement social et l’empreinte environnementale.

En outre, l’avis a indiqué que le secteur doit contribuer au développement humain durable, large et inclusif, tout en tenant compte des intérêts des populations dans le cadre d’une solidarité nationale et territoriale. Il doit également contribuer au développement socio-économique des zones minières et de leurs communautés locales, en anticipant la fermeture des sites par le développement d’activités économiques locales en dehors des métiers de la mine, afin de renforcer la résilience des revenus des populations.

Le CESE a souligné la nécessité d’un secteur intégré sur le plan économique qui maximise la valorisation locale plutôt que l’exportation de produits bruts, tout en identifiant et en développant ses liens aval avec les différentes filières industrielles. Il a aussi appelé à une stratégie nationale pour les minerais stratégiques et critiques, qui inclurait les « matériaux innovants » résultant d’une valorisation aval des produits miniers par le développement de nouveaux processus, car les caractéristiques physico-chimiques et fonctionnelles de ces matériaux surpassent parfois même les minerais traditionnels.

Le CESE a en outre appelé à l’analyse de l’impact du pôle public chargé de l’exploration minière et de l’infrastructure géologique sur le développement du secteur minier, pour en définir la meilleure architecture institutionnelle, ainsi qu’à l’initiation d’une stratégie de reconnaissance minière de l’espace maritime national en faisant appel à des technologies adaptées.

Sur le plan institutionnel, le CESE a suggéré l’adoption rapide des textes réglementaires nécessaires pour l’opérationnalisation de la commission des minerais stratégiques, prévue par le projet de loi n°46.2056 (modifiant et complétant la loi n°33.13 relative aux mines), chargée de la définition et de la mise à jour de la liste des minerais stratégiques et critiques.

Lire aussi : Managem : un deal en or conclu dans trois pays africains

Créer une « Instance pour l’intégration Mines-Industrie »

Le CESE considère la souveraineté industrielle comme un objectif stratégique de la trajectoire de développement du Maroc et recommande la création d’une « Instance pour l’intégration Mines-Industrie ». Il est également recommandé de dérisquer le secteur minier pour les investisseurs et d’améliorer son attractivité. Cela passe par la mise en place d’une stratégie de financement adaptée aux activités minières risquées, en particulier pour les sociétés juniors, à travers la levée de fonds à la Bourse de Casablanca. La sécurité des chaînes d’approvisionnement doit être assurée, en utilisant notamment la liste exploratoire 1.0 des minerais considérés comme stratégiques et celle des minerais identifiés comme les plus critiques. Il est de plus conseillé de prévoir un financement dédié aux entreprises exerçant dans le domaine des minerais stratégiques et critiques, y compris les juniors, parmi les activités du Fonds Mohammed VI pour l’investissement.

Le document souligne aussi l’importance de la recherche et développement qui doit être priorisée dans le domaine des minerais stratégiques et critiques et des matériaux innovants. Autre point important : le recyclage des métaux et la recherche de substituts aux minerais critiques les plus rares ou les plus chers. Le CESE préconise une diversification des sources d’approvisionnement étrangères en minerais critiques pour minimiser les risques de rupture. Enfin, il est conseillé de promouvoir la valorisation nationale des minerais stratégiques et critiques pour un meilleur positionnement dans les chaînes de valeurs liées à la transition énergétique et de renforcer la coopération Sud-Sud dans le domaine des échanges commerciaux et/ou des investissements dans le secteur minier.

Lire aussi : Gaz : 40 puits positifs sur 67 forés entre 2000 et 2022

Dernier articles
Les articles les plus lu
Akhannouch préside la CNI et valide 44 projets d’investissement

Économie - Validation de 44 projets totalisant plus de 86 milliards de dirhams et 20.500 emplois à la clé. Portée par la nouvelle charte, la dynamique d’investissement se renforce, avec un niveau record d’IDE et une couverture territoriale élargie.

Ilyasse Rhamir - 2 avril 2026
Ryanair lance une nouvelle ligne Valence-Rabat pour l’été 2026

Économie - Ryanair renforce ses liaisons entre le Maroc et l’Espagne avec l’ouverture d’une ligne directe entre Valence et Rabat. Quatre vols par semaine sont programmés pour l’été 2026, avec l’ambition d’élargir l’offre et de proposer des tarifs compétitifs.

Ilyasse Rhamir - 2 avril 2026
Salé : El Bouari appelle à bâtir une filière céréalière compétitive capable de garantir la durabilité de la production

Économie - À Salé, Ahmed El Bouari appelle à une filière céréalière durable et compétitive, renforcée par Génération Green.

El Mehdi El Azhary - 2 avril 2026
Bourse de Casablanca : le marché à terme, kesako ?

Économie – Le marché à terme repose sur des mécanismes que nous utilisons tous les jours sans le savoir.

Sabrina El Faiz - 2 avril 2026
Crédit et dépôts bancaires : une progression soutenue à fin février 2026

Économie - le crédit bancaire atteint 1.224,6 MMDH, en hausse de 8,3% sur un an, porté notamment par les crédits à l’équipement et à l’habitat.

Mouna Aghlal - 2 avril 2026
Les Impériales Week 2026 : comment l’industrie du marketing tente de redevenir « sexy » ?

Économie - Aux Impériales Week 2026, le panel « Sexy again » interroge la perte d’attractivité du marketing et des agences. Entre pression économique, standardisation et crise des talents, les professionnels appellent à réinventer un modèle plus désirable et durable.

Ilyasse Rhamir - 2 avril 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire