Énergie : inquiétude sur les mois à venir

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La capacité des projets d'énergies renouvelables en cours d'exploitation atteint environ 4.600 mégawattsImage d'illustration © DR

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Les besoins énergétiques mondiaux ne cessent de croitre. Ces temps-ci, répondre à la demande accrue en énergie est devenu un défi majeur pour toutes les nations. Certains pays, à l’instar du Maroc, s’en sortent en recourant aux énergies renouvelables, tandis que d’autres, qui dépendent de ressources fossiles limitées en cette période trouble, sont actuellement en difficulté. Analyse avec l’économiste Abdelghani Youmni.

 

L’énergie est primordiale pour le développement des pays et l’amélioration de la qualité de vie des humains. Ces dernières années, la demande en énergie a fortement augmenté alors que l’offre, elle, a baissé. Une équation qui met à mal certains pays qui n’arrivent pas à combler leurs besoins énergétiques. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait indiqué que 1,1 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, soit 14% de la population mondiale. En d’autres termes, aujourd’hui, en 2022, plusieurs personnes utilisent, par obligation, des méthodes archaïques pour l’éclairage, telles que les bougies et les lampes à gaz, alors que le monde a réalisé des progrès technologiques majeurs.

Lire aussi : Forbes : le Maroc, un modèle de transition énergétique

La situation énergétique en Europe

En Europe, les pays recourent à différentes stratégies pour avoir et assurer leurs réserves nationales en énergie. Contrairement au Royaume-Uni qui dépend du gaz, le mix énergétique en France et dans d’autres pays compte une part majoritaire de nucléaire.

L’économiste Abdelghani Youmni nous explique que «l’augmentation du coût de l’énergie n’est pas seulement liée à la guerre russo-ukrainienne, c’est une convergence de plusieurs externalités négatives, comme l’abandon des centrales thermiques produisant de l’électricité avec du charbon, la fermeture de plusieurs centrales nucléaires en Europe et la sécheresse mondiale qui a réduit la contribution de l’hydraulique et des barrages dans la production de l’électricité». 

La ministre française de la Transition énergétique a souligné, ce mardi sur France Inter, que «très clairement, la Russie utilise le gaz comme une arme de guerre, donc nous devons nous préparer au scénario du pire qui est une interruption totale des livraisons». Pour elle, «les stocks stratégiques» de la France «sont remplis à plus de 90%», représentant, ainsi, «deux mois d’avance». Cependant, d’autres pays n’ont pas cette opportunité.

Du côté de l’Angleterre, la situation semble être plus compliquée. Le régulateur des prix de l’énergie (OFGEM) a annoncé une hausse de 80% des tarifs réglementés. Ainsi, les citoyens ont entamé des manifestations en lançant le mouvement “Don’t pay” (“ne payez pas”, NDLR), contre la hausse des prix de l’électricité. Le plafond de tarification autorisé va passer de 1.971 livres par an par foyer moyen à 3.549 livres à partir d’octobre, a indiqué OFGEM le 26 août dernier.

Notre expert souligne que le Royaume-Uni est un cas particulier en Europe. Selon lui, ce pays est victime de ses choix politiques et économiques. Il «n’a presque plus de gaz ni d’autres ressources d’énergie comme le charbon ou le nucléaire». En revanche, «c’est un importateur de taille de nos produits agricoles et de pêche, un projet phare d’exportation d’énergie verte est en cours avec le Maroc, mais il n’est pas encore opérationnel», dit-il.

Il ajoute : «Le Royaume-Uni a fait le choix de ne pas geler les prix de l’énergie ni de les subventionner. Cela a conduit à une explosion des prix, une inflation proche de 16% et des grèves sociales des couches populaires et des “bad jobs” qui constituent l’essentiel de la main-d’œuvre populaire du pays». 

L’Allemagne aussi risque de passer un hiver compliqué. Elle dépend en grande majorité du gaz russe pour sa production d’électricité alors que celle-ci est énormément utilisée pour l’industrie du pays tout comme l’Italie.

Lire aussi : Le réchauffement climatique menace l’énergie mondiale

Maroc : le dommage collatéral des crises internationales

Parmi les priorités du Maroc, la sécurité énergétique arrive en haut des préoccupations. Selon la dernière note de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), le volume de la production nationale de l’énergie électrique s’est renforcé de 3,2% au terme du premier semestre 2022. Cette amélioration est liée à la consolidation de la production de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) de 31,6% et de celle des énergies renouvelables de 10%. En dépit de cette amélioration, la crise se fait sentir à l’échelle nationale.

D’après Abdelghani Youmni, le Maroc fait partie des dommages collatéraux de cette crise. «Sans pétrole et sans gaz et avec des barrages à moins de 30% de taux de remplissage, il est obligé de supporter les effets de la crise sur sa politique budgétaire, déficit et dette et sur sa productivité et la consommation des ménages», précise-t-il.

Au Maroc, le prix de l’électricité au kWh est à 1.172 DH pour les ménages et 1.072 DH pour les entreprises. Ainsi, le Royaume fait partie des destinations les moins chères en Afrique, mais doit quand même baisser les prix pour attirer davantage d’investisseurs internationaux, rappelle l’économiste.

Selon l’expert, «il est indéniable que le prix de l’électricité reste abordable pour un pays non producteur d’énergie fossile. Aussi, le maintien des prix de l’électricité et du gaz au Maroc, grâce aux subventions étatiques, permet de préserver le pouvoir d’achat des Marocains et de renforcer la compétitivité des métiers dynamique au Maroc, comme l’automobile, l’aéronautique, les phosphates, l’aéroportuaire et l’agroalimentaire».  

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