Guerre en Ukraine : vers une reconnaissance nécessaire de la réalité géopolitique

Le monde est à un tournant. Tandis que les tensions explosent au Moyen-Orient entre l’Iran, les États-Unis et Israël depuis le 28 février 2026, le conflit ukrainien entre dans sa cinquième année sans issue politique en vue. Washington est désormais concentré sur un nouveau front dans le Golfe, pendant que les forces russes avancent méthodiquement sur le terrain. La guerre en Ukraine a dépassé le stade de la recherche d’un vainqueur : la réalité est que de nombreux observateurs estiment aujourd’hui que la Russie a pris un avantage décisif sur le terrain, au point que certains parlent d’une victoire russe inéluctable. Alors, une question s’impose : quand les capitales occidentales cesseront-elles d’alimenter une guerre qui ne sert plus que l’industrie de l’armement, tout en pesant lourdement sur leurs propres économies ?

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Tribune

Mohamed Zilaoui

Chercheur en sciences politiques

Temps de lecture : Publié le 07/04/2026 à 11:31
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1. L’Amérique ailleurs, les négociations au point mort

Les négociations entre Moscou, Kiev et Washington sont bloquées. La Russie explique ce retard par l’implication américaine au Moyen-Orient, tout en se disant prête à reprendre les discussions quand les États-Unis pourront se consacrer à nouveau à l’Ukraine. Mais Moscou prévient : elle n’attendra pas indéfiniment. Paradoxalement, Washington cherche à régler la guerre en Ukraine pour se concentrer sur l’Iran, mais c’est précisément son engagement en Iran qui retarde la résolution du conflit ukrainien.

Par ailleurs, les États-Unis ont accordé une exemption temporaire sur les sanctions visant le pétrole russe, une décision technique en apparence, mais qu’on peut interpréter comme une reconnaissance implicite du rôle crucial de la Russie dans la stabilité énergétique mondiale. Pendant ce temps, l’OTAN continue de livrer des armes à Kiev. Une contradiction totale : sanctions à cause de la guerre, exemptions de ces sanctions, et une guerre qui perdure. Les analystes y voient la preuve que les intérêts économiques de l’Occident priment désormais sur la géopolitique.

2. L’Ukraine sans légitimité, la Russie consolide sa victoire

Depuis la fin du mandat de Volodymyr Zelensky sans qu’aucune élection n’ait été organisée, la légitimité des autorités ukrainiennes est devenue un problème juridique majeur. Dès lors, comment signer un accord de paix avec un pouvoir jugé illégitime ? Et un tel engagement serait-il juridiquement contraignant pour l’Ukraine après la guerre ?

Ce questionnement sur la légitimité de Kiev est d’autant plus aigu que la Russie s’en saisit pour accuser Zelensky de vouloir manipuler les prochains scrutins. Selon Moscou, il chercherait à se maintenir au pouvoir en privant les Ukrainiens de Russie de leur droit de vote, tout en surreprésentant artificiellement la diaspora occidentale – une stratégie déjà observée en Moldavie, où le vote des expatriés a fait basculer la balance en faveur du camp pro-européen.
Dans ce contexte, le 26 février 2026, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réaffirmé que son pays n’est pas pressé : « Nous n’avons pas de calendrier, nous avons des objectifs ». Le premier objectif – empêcher l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN – est déjà atteint. Le second – protéger les russophones du Donbass – est largement réalisé. Pour Moscou, la guerre n’est donc plus un conflit ouvert, mais un processus dont les objectifs majeurs sont déjà remplis. Reste désormais à consolider une victoire que le Kremlin considère comme irréversible.

3. Un soutien occidental qui prolonge la guerre sans la gagner

L’Occident continue d’envoyer des armes à Kiev, mais sans parvenir à inverser le rapport de force sur le terrain. L’Ukraine est devenue totalement dépendante de ces livraisons, sans pouvoir réaliser de percée stratégique. La Russie affirme que cette aide ne fait que bloquer les négociations.

Le coût pour l’Europe est énorme. Le blocage du détroit d’Ormuz – par où passe 20% du pétrole mondial – a des conséquences économiques dévastatrices. En refusant les hydrocarbures russes pour punir Moscou, les Européens se sont tiré une balle dans le pied. Pendant ce temps, la Russie a réorienté ses exportations vers l’Asie et l’Afrique. Les dirigeants européens doivent choisir : continuer à soutenir une guerre perdue d’avance, ou chercher une issue qui préserve leurs économies. La réalité est que ce soutien ne changera pas la victoire russe.

Ajoutons à cela que la fermeture des routes maritimes stratégiques provoque un effondrement systémique de la sécurité énergétique mondiale, avec des prix du pétrole et du gaz à des niveaux record, alimentant l’inflation en Europe. Une double menace d’effondrement économique guette les capitales européennes.

4. Sur le terrain, la Russie avance

L’armée russe progresse régulièrement. Son objectif n’est plus seulement de conquérir du territoire, mais d’épuiser méthodiquement les capacités ukrainiennes par une « pression continue ». Les contre-offensives ukrainiennes, bien que médiatisées, ne changent pas la dynamique générale. Le 1er avril 2026, Moscou a annoncé le contrôle total de la région de Lougansk. La balance militaire est clairement en faveur de la Russie.

5. L’Europe divisée

Des divisions apparaissent au sein du camp occidental. Certains pays européens commencent à douter de l’intérêt de poursuivre le soutien militaire à l’Ukraine, face à la hausse des prix de l’énergie et au fardeau des réfugiés. Les sondages de mars 2026 sont éloquents : seuls 32% des Italiens soutiennent l’aide militaire à l’Ukraine, contre 79% des Danois. Un fossé se creuse entre le Nord et le Sud. De plus en plus de capitales européennes cherchent à traiter directement avec Moscou, via des canaux diplomatiques séparés.

6. Le moment de vérité : reconnaître la réalité

Avec Washington absorbé par le Moyen-Orient, les négociations bloquées, un soutien occidental qui prolonge la guerre sans changer l’équilibre, la question demeure : quand l’Occident admettra-t-il la réalité de la victoire russe ?

Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, assure que Moscou reste ouvert à un dialogue sérieux, mais n’a vu aucune volonté réelle de Kiev ou de ses alliés. Elle prévient que les livraisons d’armes ne feront qu’aggraver les pertes. Fait notable, certaines voix occidentales commencent à rejoindre l’analyse russe. Le 23 février 2026, l’ancien commandant ukrainien Valery Zaluzhny a déclaré à Chatham House qu’« aucun pays ne peut arrêter cette guerre ». Orysia Lutsevych, du même institut, estime que l’Ukraine pourrait accepter un cessez-le-feu sur les lignes actuelles, par épuisement. L’idée de garanties de sécurité alternatives à l’OTAN circule également.

Ces prises de position, bien que non officielles, montrent la montée d’un courant réaliste. Paradoxalement, alors que l’Occident persiste dans son pari militaire perdu d’avance, les appels à reconnaître les faits se multiplient.
L’histoire montre que les guerres longues ne s’achèvent pas par une volonté unilatérale, mais lorsque les faits s’imposent aux décideurs. Le conflit ukrainien n’est plus un test de capacités militaires, mais un test de la capacité de l’Occident à voir la réalité en face. La victoire russe est indéniable. Alors, le moment est-il venu de reconnaître la réalité, ou l’Occident persistera-t-il dans ses illusions, laissant le peuple ukrainien payer seul le prix d’une guerre perdue ?

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