Habillement pour l’Aïd : un plaisir qui coûte cher

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Habillement pour l'Aïd un plaisir qui coûte cherÀ quelques jours de la fin du mois de Ramadan, les Marocains achètent leurs tenues pour l'Aid à la fois traditionnelles et modernes, 17 mars 2026, Bernoussi à Casablanca © LeBrief

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La célébration de l’Aïd, qu’il s’agisse de Aïd Al-Fitr ou de Aïd Al-Adha, représente un carrefour complexe où s’entremêlent piété religieuse, réaffirmation identitaire et dynamisme marchand. Au cœur de cette transition entre la rigueur spirituelle et l’allégresse communautaire, l’habillement s’impose comme le vecteur privilégié de la fête.

Ce phénomène, loin d’être une simple manifestation de consommation ostentatoire, s’enracine dans des siècles de traditions vestimentaires et une volonté collective de préserver un patrimoine menacé par la globalisation.

À Casablanca, métropole économique et miroir des contradictions de la société marocaine, le rituel de l’achat de vêtements pour l’Aïd offre une grille de lecture riche sur l’évolution des classes sociales, la résilience de l’artisanat face au prêt-à-porter international et l’impact macroéconomique d’une saisonnalité qui dicte le rythme de milliers de familles.

Fondements symboliques des vêtements de l’Aïd

L’habitude de revêtir ses meilleurs habits pour la fête de fin de Ramadan ou la fête du sacrifice trouve son origine dans la Sunna prophétique. En Islam, l’usage du parfum et le port de vêtements propres, idéalement neufs, sont fortement recommandés pour la prière de l’Aïd.

Cette prescription religieuse a été assimilée par la culture marocaine au point de devenir une obligation sociale tacite. Le vêtement devient ainsi un marqueur de dignité et d’honneur, reflétant le respect du fidèle pour la solennité de l’instant.

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Historiquement, cette tradition se lie à des symboles de pouvoir et de souveraineté, à l’instar de la Burda (le manteau) transmise aux califes comme signe d’autorité. Au Maroc, cette dimension sacrée se double d’une fonction de renforcement des liens familiaux, où l’échange de vœux (Aïd moubarak) se fait dans un apparat qui souligne l’importance de l’interlocuteur.

Le port des habits traditionnels lors de l’Aïd, Jellaba, Jabador, Caftan, agit comme une réaffirmation de l’identité nationale marocaine. En d’autres termes, le vêtement traditionnel n’est pas perçu comme un luxe superflu, mais comme un élément essentiel du quotidien et un patrimoine vivant qui évolue organiquement avec son époque. Cette résilience est d’autant plus remarquable que le marché mondial tend vers une mode rapide et standardisée.

Les Marocains dépensent sans compter

Pour acheter les vêtements de l’Aid, les Casablancais se rendent dans des quartiers bien connus, entre autres Derb Sultan, Habous… Pour cela, LeBrief s’est rendu au quartier de Bernoussi à la rencontre des familles à la recherche de leur tenu de l’Aid. « Je suis venue ici pour acheter des tenues traditionnelles et modernes pour mes enfants. J’ai pris une djellaba et une robe pour ma fille, des ensembles et des tenues traditionnelles pour mes fils, j’ai fait passer mes enfants d’abord. Je n’ai pas compté mes dépenses pour ne pas me rendre malade, mais j’avais établi un budget de 1.500 DH », raconte cette mère de famille accompagnée de sa fille.

D’autre part, ce couple affirme avoir acheté deux tenues traditionnelles et deux tenues modernes pour leur fils. « Nous avons aussi acheté des tenues traditionnelles pour l’occasion, on a pas compté le total, c’est des achats qui nous font plaisir », ajoutent-ils.

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Toutefois, même si une grande partie des clients choisit le prêt-à-porter, certains restent attachés à la traditionnelle tenue cousue sur mesure. « Cela fait plusieurs années que je suis rattaché à ma couturière au point que c’est la première personne qui me traverse l’esprit lors de ces occasions », indique cette vieille dame. « Mon principal argument est le fait que je ne trouve pas des tenues traditionnelles qui me vont parfaitement, soit c’est trop long, soit c’est trop court. Ma couturière connait parfaitement ma morphologie et agit en conséquence », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, les vendeurs affirment que « tous les ans c’est la même chose, les gens achètent des djellabas, des caftans et tous autres habits traditionnels, et ce malgré la hausse des prix ». Toutefois, si une djellaba simple pour enfants coute 200 DH, « les parents déboursent pour les enfants au moins 380 DH pour des ensembles et peuvent aller jusqu’à 2000 DH. », note ce magasin de prêt-à-porter.

L’approche des fêtes religieuses en général devient une occasion pour les parents de faire plaisir à leurs enfants avec de nouvelles tenues, souvent au prix fort. Avec une hausse des prix qui s’est installée durablement, de nombreux parents se plaignent de prix élevés et d’une offre insuffisante.

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