COP30 : quand le Maroc tisse une transition climatique qui unit tourisme, sport, jeunesse et territoires

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COP30 : quand le Maroc tisse une transition climatique qui unit tourisme, sport, jeunesse et territoiresPhoto prise lors de la COP30 qui a lieu au Brésil du 10 novembre au 21 novembre 2025 © DR

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À la COP30 de Belém, le Maroc a multiplié les initiatives pour défendre une action climatique ancrée dans les territoires, l’éducation, le sport, la coopération internationale et un tourisme durable. Une présence marquée qui confirme la volonté du Royaume de mettre en œuvre une transition fondée sur l’innovation, la résilience et l’inclusion.

En Amazonie brésilienne, où se tient la 30e Conférence des Nations unies sur le climat, le Maroc affiche une stratégie plurielle : conjuguer développement économique, justice climatique et mobilisation citoyenne, tout en renforçant la coopération Sud-Sud.

Des zones côtières aux infrastructures touristiques, de l’éducation à la jeunesse jusqu’aux grands événements sportifs et aux partenariats avec l’Afrique et l’Amérique latine, le Royaume a profité de la COP30 pour porter une vision articulée autour de l’adaptation, de la décarbonation et d’un modèle durable fondé sur la territorialisation. Une approche qui s’appuie autant sur la société civile que sur les institutions, et qui place l’humain au cœur de la lutte contre le dérèglement climatique.

Le tourisme durable, premier pilier d’une transition nationale

Au Pavillon de la Confédération nationale de l’industrie brésilienne, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a mis en avant la transformation du secteur touristique, appelé à concilier attractivité et sobriété climatique. À l’heure où le tourisme génère 10% du PIB mondial et près de 9% des émissions de CO₂ (dont l’essentiel provient du transport) le Maroc a choisi la durabilité comme levier stratégique.

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Youssef Chaqor, vice-président de la Commission Développement durable de la CGEM, a insisté sur l’importance de modèles circulaires, de la préservation des ressources hydriques et de la généralisation d’une mobilité à faibles émissions. Le Royaume s’appuie déjà sur des expériences concrètes, comme la restauration écologique de la Palmeraie de Marrakech, présentée par Ayman Cherkaoui, qui illustre la manière dont patrimoine naturel et innovation peuvent converger.

Cette ambition se reflète aussi dans la dynamique croissante du marché latino-américain. Selon Amine El Joudani, représentant de l’ONMT au Brésil, le retour des vols directs et l’intérêt du public sud-américain pour les expériences culturelles marocaines renforcent la nécessité d’infrastructures résilientes et d’hébergements écoresponsables, portés notamment par le label « Éco-Hôtel Maroc ».

La Royal Air Maroc, par la voix d’Othman Baba, a rappelé son objectif de neutralité carbone en 2050 et détaillé une stratégie fondée sur l’optimisation des opérations, la modernisation de la flotte, l’intégration de carburants d’aviation durables et des partenariats technologiques destinés à réduire les traînées de condensation. Autant d’efforts qui renforcent la place du Maroc dans l’aviation verte africaine.

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Financer le climat au plus près des territoires

Autre axe majeur mis en avant à Belém : l’importance de connecter la finance climat aux régions. Lors d’un side-event organisé par la Direction générale des collectivités territoriales (DGCT), plusieurs intervenants ont souligné que seules 10% des ressources climatiques internationales atteignent les échelons locaux, alors que les villes génèrent près de 70% des émissions mondiales.

Pour Radouane El Bizi (DGCT), le Maroc a pris de l’avance grâce à la territorialisation initiée depuis plus d’une décennie. Formations, guides méthodologiques, partenariat avec le Global Green Growth Institute et mobilisation de la Fondation Mohammed VI pour l’environnement ont permis de structurer une ingénierie nationale, aujourd’hui opérationnelle dans les douze régions du Royaume.

Abdellatif Mazouz, président de la Région Casablanca-Settat, a rappelé les financements déjà obtenus (plus de 300 millions de dollars cumulés auprès de divers bailleurs internationaux) tout en proposant de nouveaux outils comme un guichet virtuel international ou l’accélération du Programme d’action climat des collectivités territoriales (2025–2028).

Pour des acteurs internationaux comme CGLU ou la Convention mondiale des maires, le Maroc s’impose désormais comme un modèle : un pays capable d’articuler gouvernance nationale et projets régionaux, tout en ouvrant la voie à un accès direct aux financements pour les territoires vulnérables.

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Éduquer et mobiliser : la jeunesse au centre de la stratégie climatique

La COP30 a également été l’occasion pour le Maroc de réaffirmer que la transition écologique passe par l’éducation et la formation des jeunes. Un message porté par le Centre international Hassan II de formation à l’environnement, bras académique de la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement.

« L’éducation est un apprentissage tout au long de la vie », a rappelé son directeur, Ayman Cherkaoui, en évoquant les programmes destinés aux écoles, aux universités et aux jeunes professionnels. La consultation élargie organisée dans les douze régions du pays, intégrée désormais à la gouvernance de la CDN 3.0, a permis de structurer une participation citoyenne fondée sur les priorités exprimées par la jeunesse elle-même.

L’African Youth Climate Hub, lancé en 2019 par SAR la Princesse Lalla Hasnaa, illustre cette dynamique : 30 projets incubés, des programmes de mentorat et une nouvelle cohorte en préparation. La COP30 a permis de rappeler l’importance de l’engagement d’une jeunesse capable d’influencer les comportements familiaux, les politiques publiques et les initiatives locales.

Des experts internationaux ont également montré que l’éducation climatique nécessite des objectifs mesurables, des enseignants formés, des indicateurs suivis et une coopération multilatérale renforcée. Une orientation que le Maroc porte déjà à travers ses partenariats avec les Nations unies et divers réseaux internationaux.

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Le sport, un nouvel allié de l’action climatique

Dans un contexte marqué par l’approche de la CAN 2025 et du Mondial 2030, le Maroc a présenté une vision intégrant pleinement le sport dans ses stratégies climatiques. Pour la Fondation Mohammed VI pour l’Environnement et la CGEM, le sport constitue un espace puissant pour sensibiliser, innover et financer des solutions bas carbone.

De la conception de stades sobres aux mobilités vertes entre villes hôtes, en passant par l’utilisation des énergies renouvelables ou la gestion circulaire des déchets, les pistes sont nombreuses. Les infrastructures sportives sont aujourd’hui exposées aux vagues de chaleur, à la montée des eaux ou aux perturbations climatiques. D’où l’importance, selon les intervenants, d’intégrer résilience et adaptation dans les politiques sportives.

Des organisations internationales ont également présenté les cadres « Sports for Climate Action » et « Sports for Nature », plaidant pour la mesure des émissions, la réduction de l’impact écologique des compétitions et l’implication des communautés locales. Des initiatives latino-américaines, comme Earth Futball Club ou Eco House Global, ont montré comment le sport peut devenir un outil d’éducation environnementale à grande échelle.

Cop ou pas cop ?

Coopérations africaines et internationales : un moteur essentiel

Enfin, la COP30 a été un lieu de dialogue pour renforcer la diplomatie climatique du Maroc. Les échanges entre Leila Benali et ses homologues du Congo et d’Oman ont permis d’approfondir les pistes de coopération autour de l’économie circulaire, de la finance climat, de l’adaptation et du transfert technologique.

Avec le Congo, les discussions ont porté sur la mise en œuvre de l’accord bilatéral signé en 2024, ainsi que sur l’avancement des travaux de la Commission Climat du Bassin du Congo, dont les enjeux financiers et stratégiques deviennent urgents.

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Avec Oman, l’accent a été mis sur la coordination internationale et la clarification des engagements dans un contexte où les pays doivent accélérer l’exécution de leurs stratégies bas carbone.

Ces échanges confirment l’ancrage du Maroc comme acteur structurant de la coopération Sud-Sud et de l’action climatique globale.

À Belém, le Maroc n’est pas venu défendre une seule cause, mais une vision intégrée : celle d’un développement durable fondé sur la résilience territoriale, l’implication des jeunes, l’innovation dans le sport et le tourisme, et la coopération internationale.

Une trajectoire cohérente avec les orientations royales et la CDN 3.0, qui place le Royaume parmi les pays capables de concilier ambitions climatiques, inclusivité et croissance durable, tout en construisant des ponts entre l’Afrique, l’Amérique latine et le reste du monde.

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