Le discours royal du 10 octobre, prononcé à l’ouverture de la dernière année législative, était très attendu aussi bien par la classe politique que par l’ensemble du peuple marocain. Il est intervenu au terme de plusieurs jours de tension sociale, dominés par les mobilisations de la génération Z, cette jeunesse qui a investi la rue et les réseaux pour dire son malaise et réclamer un changement tangible.
Sans évoquer directement le mouvement, le chef de l’État a repris ses principales revendications : justice sociale, refonte des services publics d’éducation et de santé et création d’emplois, qu’il a qualifiées de « prioritaires ». En rappelant que « toute négligence (…) est inadmissible », il a averti l’exécutif et son chef sans humilier, recadré sans sanctionner. C’est une pédagogie du pouvoir — une manière de rappeler que la Monarchie n’est pas là pour substituer, mais pour veiller, enjoignant les ministres d’agir avec davantage de célérité. Certains y ont vu le signe avant-coureur d’une colère royale, à l’image de celle qui avait conduit au limogeage de plusieurs responsables après les manifestations du Rif en 2017.
Au-delà du ton mesuré, le message était limpide : la démocratie ne se vit pas par délégation, mais par responsabilité. Le Roi a choisi de s’inscrire dans le cadre strict de la Constitution, laissant aux institutions la charge d’assumer leurs fonctions. La Monarchie, semble-t-il dire, ne peut continuer à suppléer des acteurs défaillants. Car la loi suprême prévoit les instruments nécessaires à toute sanction politique, notamment la motion de censure. Par ailleurs, les partis alliés du RNI au sein de la majorité — le PAM et le PI — disposent de cette possibilité : quitter la coalition gouvernementale s’ils ne partagent plus son orientation. La balle, désormais, est dans leur camp. Quant à la reddition des comptes, le Parquet général a le pouvoir de se saisir des dossiers de prévarication signalés dans les rapports de la Cour des comptes et du Conseil de la concurrence, entre autres…
La leçon, au fond, tient en une phrase : la démocratie ne se délègue pas, elle s’assume. Depuis la Constitution de 2011, le Maroc s’essaie à un équilibre fragile entre la verticalité de l’État et l’horizontalité des institutions. Mais la tentation du confort persiste : celle de vouloir que le Souverain intervienne à chaque crise, tranche à chaque différend, répare chaque défaillance. C’est oublier que le progrès démocratique ne naît pas de la protection, mais du risque — celui de se tromper, de débattre, d’assumer.
Le message est limpide : la démocratie marocaine ne grandira que si elle s’exerce pleinement. Aux partis de jouer leur rôle, au Parlement de retrouver sa voix, et aux citoyens d’investir le champ politique autrement que par la colère. Le Maroc n’a pas besoin d’un nouveau choc, mais d’une cohérence retrouvée — celle d’un État fort de citoyens exigeants et de responsables politiques à la hauteur de leurs mandats.
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