Stabilité financière 2024 : le Maroc solide, mais vigilant face aux vulnérabilités
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Le Rapport annuel sur la stabilité financière 2024 dresse un bilan contrasté. Portée par la vigueur des activités non agricoles et un environnement monétaire assoupli, la croissance a atteint 3,8%, avec des prévisions à 4,6% en 2025. Les finances publiques poursuivent leur trajectoire de consolidation et le système financier conserve une base solide. Mais derrière cette robustesse apparente, le document met en évidence des fragilités structurelles : dette élevée des agents non financiers, déséquilibres persistants des régimes de retraite, vulnérabilités face aux chocs climatiques et tensions internationales.
Croissance solide malgré les vents contraires
En 2024, le Maroc a confirmé sa capacité de résistance. La croissance du PIB s’est établie à 3,8%, après 3,7% en 2023, soutenue par un rebond de 4,8% du PIB non agricole. Cette performance intervient dans un contexte de choc climatique marqué par un repli de 4,8% de la valeur ajoutée agricole, pénalisée par des précipitations faibles et mal réparties.
La demande intérieure reste le moteur de l’économie, contribuant à hauteur de 6,3 points de pourcentage à la croissance. L’investissement a bondi de 10,9%, la consommation publique a progressé de 5,6% et celle des ménages de 3,2%. Cependant, cet élan a entraîné une hausse des importations, creusant le déficit commercial à -19,1% du PIB.
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Les exportations, dopées par les performances de l’automobile et des phosphates, ont progressé de 6%. Les recettes touristiques (112,5 MMDH) et les transferts des MRE (119 MMDH) ont atteint de nouveaux records, renforçant la position extérieure. Les investissements directs étrangers ont bondi de 10,2% à 43,8 MMDH, tandis que les investissements marocains à l’étranger ont reculé de 14%.
Finances publiques : une consolidation fragile mais réelle
La politique budgétaire a poursuivi son redressement. Le déficit budgétaire, hors produit des privatisations, est passé de 4,4% du PIB en 2023 à 3,9% en 2024, grâce à des recettes fiscales et non fiscales dynamiques, au recours à des financements innovants et à la baisse de la charge de compensation.
La dette du Trésor a reculé à 67,7% du PIB, contre 68,7% un an plus tôt. Sa structure reste dominée par la dette intérieure (75,1%). Les projections tablent sur une nouvelle amélioration : déficit à 3,4% et dette à 65,6% du PIB en 2026.
Cette consolidation masque toutefois des tensions. Les comptes spéciaux du Trésor affichent un déficit de 6,4 MMDH, notamment en raison des décaissements liés au Fonds spécial pour la gestion des effets du séisme d’Al-Haouz (5,3 MMDH) et au Fonds d’appui à la protection sociale (7,8 MMDH).
Le patrimoine financier des ménages marocains grimpe à 1.109 MMDH en 2024
Système bancaire et assurances : solidité confirmée
Le secteur bancaire a dégagé en 2024 un bénéfice net de 15,7 MMDH, avec un rendement des actifs de 0,9% et des fonds propres de 9,5%. Les ratios de solvabilité restent confortables : 16,2% au global et 13,5% pour les fonds propres de base. Les tests de résistance confirment la capacité du système à absorber les chocs économiques.
Le ratio de liquidité à court terme atteint 182%, bien au-dessus du minimum réglementaire. Cependant, l’élan du crédit bancaire reste modéré (+2,6% contre +2,9% en 2023), en raison notamment du ralentissement des prêts aux entreprises publiques et privées. Les perspectives sont plus optimistes avec une croissance attendue de 6,2% en 2025.
Dans les assurances, le chiffre d’affaires a progressé de 5,1% à 58,8 MMDH, avec une hausse équilibrée des branches vie (+5%) et non-vie (+5,2%). Le résultat net comptable a augmenté de 2,9% à 4,4 MMDH. La marge de solvabilité atteint 354,7%, renforcée par la hausse des plus-values (+70%).
Dette et vulnérabilités structurelles : le revers de la médaille
Malgré la résilience affichée, plusieurs signaux appellent à la prudence. La dette financière des ménages a atteint 427 MMDH (27% du PIB), avec une hausse des créances en souffrance à 10,4%. Leur patrimoine financier dépasse désormais 1.100 MMDH, dominé par les dépôts bancaires.
Pour les entreprises non financières, l’encours de dette atteint 634 MMDH (39,7% du PIB). Les créances en souffrance s’élèvent à 70 MMDH, ramenant le taux de défaut à 11,1%. Les délais de paiement interentreprises, bien qu’en baisse, restent un frein à la trésorerie.
Les régimes de retraite publics et privés affichent des déséquilibres persistants. La réforme systémique, prévoyant deux pôles (public et privé), est jugée indispensable pour assurer la viabilité à long terme.
Marchés de capitaux : performance boursière et dynamisme des investissements
La Bourse de Casablanca a connu une année exceptionnelle : l’indice MASI a bondi de 22,16%, la capitalisation a progressé de 20% et la volatilité moyenne a reculé à 8,27%. Le PER global a toutefois augmenté à 21,7x, reflétant des valorisations plus élevées.
Sur le marché obligataire, les émissions de bons du Trésor ont reculé à 183 MMDH, mais l’encours a atteint 753 MMDH. Le marché de la dette privée a enregistré une hausse de 17% des émissions, tirée par les obligations (+146% pour les placements privés).
L’actif net des OPCVM a progressé de 16,7% à 653,2 MMDH, celui des OPCI de 28% à 109,3 MMDH. Le capital-investissement a gagné 24%, atteignant 3,14 MMDH.
Perspectives 2025-2026 : entre opportunités et incertitudes
Pour 2025, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance de 4,6%, un déficit budgétaire stabilisé à 3,9% et une inflation autour de 1,1%. Mais ces projections reposent sur des hypothèses favorables : atténuation du choc climatique, maintien de la dynamique des exportations et stabilité géopolitique.
Les risques identifiés incluent :
• La volatilité des marchés internationaux.
• La dette élevée des ménages et entreprises.
• Les tensions géopolitiques et commerciales.
• Les défis climatiques et énergétiques.
En parallèle, des opportunités se profilent : accélération de la transition numérique, développement des fintechs via le Morocco Fintech Center, et réformes structurelles du système financier.
Le Rapport 2024 sur la stabilité financière témoigne de la robustesse de l’économie marocaine et de la solidité de son système financier, tout en soulignant la nécessité d’anticiper les chocs à venir. Si les fondamentaux restent solides, la gestion prudente de la dette, la réforme des retraites et la diversification des moteurs de croissance seront essentielles pour transformer la résilience en prospérité durable.
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