Stabilité financière 2024 : le Maroc solide, mais vigilant face aux vulnérabilités

Avatar de Ilyasse Rhamir

Temps de lecture :

HCP : une croissance de 5,5% au T2-2025La croissance économique atteint 5,5% au deuxième trimestre 2025, selon le HCP. Image d'illustration © DR

A
A
A
A
A

Malgré un contexte mondial incertain et des conditions climatiques défavorables, l’économie marocaine a affiché en 2024 une résilience remarquable. Le dernier rapport sur la stabilité financière, publié conjointement par Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC, met en lumière des progrès notables dans la consolidation des équilibres macroéconomiques, tout en alertant sur des vulnérabilités persistantes.

Le Rapport annuel sur la stabilité financière 2024 dresse un bilan contrasté. Portée par la vigueur des activités non agricoles et un environnement monétaire assoupli, la croissance a atteint 3,8%, avec des prévisions à 4,6% en 2025. Les finances publiques poursuivent leur trajectoire de consolidation et le système financier conserve une base solide. Mais derrière cette robustesse apparente, le document met en évidence des fragilités structurelles : dette élevée des agents non financiers, déséquilibres persistants des régimes de retraite, vulnérabilités face aux chocs climatiques et tensions internationales.

Croissance solide malgré les vents contraires

En 2024, le Maroc a confirmé sa capacité de résistance. La croissance du PIB s’est établie à 3,8%, après 3,7% en 2023, soutenue par un rebond de 4,8% du PIB non agricole. Cette performance intervient dans un contexte de choc climatique marqué par un repli de 4,8% de la valeur ajoutée agricole, pénalisée par des précipitations faibles et mal réparties.

La demande intérieure reste le moteur de l’économie, contribuant à hauteur de 6,3 points de pourcentage à la croissance. L’investissement a bondi de 10,9%, la consommation publique a progressé de 5,6% et celle des ménages de 3,2%. Cependant, cet élan a entraîné une hausse des importations, creusant le déficit commercial à -19,1% du PIB.

Lire aussi : Le système financier marocain renforce sa solidité en 2024

Les exportations, dopées par les performances de l’automobile et des phosphates, ont progressé de 6%. Les recettes touristiques (112,5 MMDH) et les transferts des MRE (119 MMDH) ont atteint de nouveaux records, renforçant la position extérieure. Les investissements directs étrangers ont bondi de 10,2% à 43,8 MMDH, tandis que les investissements marocains à l’étranger ont reculé de 14%.

Finances publiques : une consolidation fragile mais réelle

La politique budgétaire a poursuivi son redressement. Le déficit budgétaire, hors produit des privatisations, est passé de 4,4% du PIB en 2023 à 3,9% en 2024, grâce à des recettes fiscales et non fiscales dynamiques, au recours à des financements innovants et à la baisse de la charge de compensation.

La dette du Trésor a reculé à 67,7% du PIB, contre 68,7% un an plus tôt. Sa structure reste dominée par la dette intérieure (75,1%). Les projections tablent sur une nouvelle amélioration : déficit à 3,4% et dette à 65,6% du PIB en 2026.

Cette consolidation masque toutefois des tensions. Les comptes spéciaux du Trésor affichent un déficit de 6,4 MMDH, notamment en raison des décaissements liés au Fonds spécial pour la gestion des effets du séisme d’Al-Haouz (5,3 MMDH) et au Fonds d’appui à la protection sociale (7,8 MMDH).

Le patrimoine financier des ménages marocains grimpe à 1.109 MMDH en 2024

Système bancaire et assurances : solidité confirmée

Le secteur bancaire a dégagé en 2024 un bénéfice net de 15,7 MMDH, avec un rendement des actifs de 0,9% et des fonds propres de 9,5%. Les ratios de solvabilité restent confortables : 16,2% au global et 13,5% pour les fonds propres de base. Les tests de résistance confirment la capacité du système à absorber les chocs économiques.

Le ratio de liquidité à court terme atteint 182%, bien au-dessus du minimum réglementaire. Cependant, l’élan du crédit bancaire reste modéré (+2,6% contre +2,9% en 2023), en raison notamment du ralentissement des prêts aux entreprises publiques et privées. Les perspectives sont plus optimistes avec une croissance attendue de 6,2% en 2025.

Dans les assurances, le chiffre d’affaires a progressé de 5,1% à 58,8 MMDH, avec une hausse équilibrée des branches vie (+5%) et non-vie (+5,2%). Le résultat net comptable a augmenté de 2,9% à 4,4 MMDH. La marge de solvabilité atteint 354,7%, renforcée par la hausse des plus-values (+70%).

Dette et vulnérabilités structurelles : le revers de la médaille

Malgré la résilience affichée, plusieurs signaux appellent à la prudence. La dette financière des ménages a atteint 427 MMDH (27% du PIB), avec une hausse des créances en souffrance à 10,4%. Leur patrimoine financier dépasse désormais 1.100 MMDH, dominé par les dépôts bancaires.

Pour les entreprises non financières, l’encours de dette atteint 634 MMDH (39,7% du PIB). Les créances en souffrance s’élèvent à 70 MMDH, ramenant le taux de défaut à 11,1%. Les délais de paiement interentreprises, bien qu’en baisse, restent un frein à la trésorerie.

Les régimes de retraite publics et privés affichent des déséquilibres persistants. La réforme systémique, prévoyant deux pôles (public et privé), est jugée indispensable pour assurer la viabilité à long terme.

Programme Damane Assakane : 32,6 MMDH de prêts en 2024

Marchés de capitaux : performance boursière et dynamisme des investissements

La Bourse de Casablanca a connu une année exceptionnelle : l’indice MASI a bondi de 22,16%, la capitalisation a progressé de 20% et la volatilité moyenne a reculé à 8,27%. Le PER global a toutefois augmenté à 21,7x, reflétant des valorisations plus élevées.

Sur le marché obligataire, les émissions de bons du Trésor ont reculé à 183 MMDH, mais l’encours a atteint 753 MMDH. Le marché de la dette privée a enregistré une hausse de 17% des émissions, tirée par les obligations (+146% pour les placements privés).

L’actif net des OPCVM a progressé de 16,7% à 653,2 MMDH, celui des OPCI de 28% à 109,3 MMDH. Le capital-investissement a gagné 24%, atteignant 3,14 MMDH.

Perspectives 2025-2026 : entre opportunités et incertitudes

Pour 2025, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance de 4,6%, un déficit budgétaire stabilisé à 3,9% et une inflation autour de 1,1%. Mais ces projections reposent sur des hypothèses favorables : atténuation du choc climatique, maintien de la dynamique des exportations et stabilité géopolitique.

Les risques identifiés incluent :

• La volatilité des marchés internationaux.

• La dette élevée des ménages et entreprises.

• Les tensions géopolitiques et commerciales.

• Les défis climatiques et énergétiques.

En parallèle, des opportunités se profilent : accélération de la transition numérique, développement des fintechs via le Morocco Fintech Center, et réformes structurelles du système financier.

Le Rapport 2024 sur la stabilité financière témoigne de la robustesse de l’économie marocaine et de la solidité de son système financier, tout en soulignant la nécessité d’anticiper les chocs à venir. Si les fondamentaux restent solides, la gestion prudente de la dette, la réforme des retraites et la diversification des moteurs de croissance seront essentielles pour transformer la résilience en prospérité durable.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Forsa : 28 février, dernier délai des demandes de report des prêts d’honneur

Économie – Le ministère rappelle aux bénéficiaires la date limite du 28 février pour demander le report d'un an des prêts d’honneur.

Mouna Aghlal - 24 février 2026
Finances publiques : un déficit budgétaire de 9,6 milliards de dirhams à fin janvier 2026

Économie – À fin janvier 2026, les recettes ordinaires de l'État reculent à 29,8 MM.DH selon la Situation des charges et ressources du Trésor.

Mouna Aghlal - 24 février 2026
Première édition du Hackathon agroalimentaire à Meknès : innover pour 2030

Économie - Meknès se prépare à la première édition du Hackathon agroalimentaire du 6 au 8 avril, visant à stimuler l’innovation digitale dans le secteur agroalimentaire, fédérer talents et startups, et soutenir la modernisation et la compétitivité régionale avant 2030.

Ilyasse Rhamir - 24 février 2026
Comment la bureaucratie détruit l’économie du pays

Économie – Document inexistant, eau bloquée, la bureaucratie marocaine étouffe-t-elle ses propres entreprises ?

Sabrina El Faiz - 24 février 2026
Berrechid : inauguration d’une unité industrielle de production de câbles à fibre optique

Économie - FBR CABLES a inauguré à Berrechid une usine de câbles à fibre optique et réseaux, mobilisant 200 millions de dirhams et créant 165 emplois.

El Mehdi El Azhary - 23 février 2026
Bourse de Casablanca : investir sans comprendre, quels risques derrière la ruée vers les actions ?

Économie - Hausse des IPO, influence des réseaux sociaux et perception du risque : une nouvelle génération d’investisseurs transforme discrètement la Bourse de Casablanca.

Ilyasse Rhamir - 23 février 2026
Voir plus
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
BTP : le Maroc bétonne ses règles

Dossier - Pas d’attestation, pas de chantier. C’est simple, non ? Pas de couverture décennale, pas de livraison. N'y réfléchissons pas trop !

Sabrina El Faiz - 19 juillet 2025
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Régions : qui profite vraiment du Maroc des grands chantiers ?

Économie - Le Maroc construit partout, mais se développe-t-il partout ? Analyse région par région…

Sabrina El Faiz - 25 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire