Chômage, inflation… Et si on parlait des vrais problèmes ?

Avatar de Sabrina El Faiz
Temps de lecture :

famille marocaineImage d'illustration, famille marocaine © DR

A
A
A
A
A

Chaque année, la publication du rapport annuel de Bank Al-Maghrib, présenté devant le roi Mohammed VI, apporte un bilan complet de l’économie nationale. La dernière édition, portant sur l’exercice 2024, n’échappe évidemment pas à la règle. Le document affiche un taux de croissance de 3,8%, un recul du déficit budgétaire à 3,9% du PIB, une inflation contenue à 0,9%… Des chiffres qui, sur le papier, rassurent certes. Mais les véritables problèmes du Maroc restent structurels et ils ne figurent pas dans les tableaux du rapport !

Le Maroc a enregistré une croissance de 3,8% en 2024, en amélioration par rapport à l’année précédente. Mais selon le Professeur Nabil Adel, chercheur en géopolitique et géoéconomie, cette performance ne révèle pas tout… elle peut même être considérée comme trompeuse. Le chômage est toujours là, et surtout, les créations d’emplois se sont effondrées. On est passés de 145.000 postes annuels avant 2013 à 6.000 ces dix dernières années. Pour Professeur Nabil Adel, cette stagnation de l’emploi n’est pas un simple effet de conjoncture, mais un symptôme d’un problème structurel plus profond.

Le rapport attribue partiellement la faiblesse de la dynamique de l’emploi aux mauvaises campagnes agricoles, dans un pays de plus en plus exposé au stress hydrique. Mais là encore, le chercheur réagit : « Ce n’est pas un facteur extérieur imprévisible. Nous savons que nous sommes dans un pays semi-aride. Le problème est qu’on ne traite pas cette réalité à la racine ».

Un chômage sans solution ?

Le taux de chômage a atteint 13,3% en 2024, selon le rapport. En particulier dans ce contexte d’urbanisation rapide, ce chiffre est alarmant. « Nous ne pouvons pas continuer à voir ce chiffre comme une simple conséquence de la conjoncture. C’est un défaut structurel de notre modèle productif, marqué par des rigidités du marché du travail, une inadéquation formation-emploi… », détaille Nabil Adel.

Pour lui, la Banque centrale devrait recentrer ses priorités sur l’inclusion économique et la compétitivité, au lieu de s’aligner sur les standards des pays développés. « A force d’emprunter les indicateurs et le langage des économies des pays développés, on oublie que notre réalité est tout autre », regrette-t-il.

Par ailleurs, le rapport détaille que l’inflation est revenue à 0,9% en 2024, après avoir atteint 6,1% en 2023. Un ralentissement spectaculaire, que Bank Al-Maghrib expose comme le fruit de sa politique monétaire prudente. Mais elle annonce aussi un changement de cap en passant par un ciblage d’inflation.

Emploi, pauvreté, santé : tous vulnérables ?

 

Ce concept technique, déjà partiellement appliqué au Maroc, consiste à fixer un objectif chiffré d’inflation à moyen terme, pour guider les anticipations des agents économiques. « Ce n’est pas une révolution, c’est une formalisation d’une politique déjà en cours », tempère Nabil Adel.

Encore une fois, il faut replacer cette logique dans son contexte. Lorsqu’on est dans une économie à faible industrialisation, avec un tissu productif limité et une forte dépendance à l’importation, le ciblage d’inflation a ses limites. Surtout lorsque la création d’emplois ne suit pas.

Le rapport note une réduction du déficit budgétaire à 3,9% du PIB, en lien avec une hausse des recettes fiscales et un meilleur encadrement des dépenses. Une trajectoire saluée, dans un contexte de pressions sociales croissantes. Mais là aussi, Nabil Adel reste réservé : « Oui, on réduit le déficit. Mais cela ne signifie pas que l’Etat est devenu plus efficace. Il faut voir où va la dépense publique. Est-ce qu’elle favorise la productivité ? Est-ce qu’elle réduit les inégalités territoriales ? »

Lire aussi : Rapport BAM : l’économie marocaine peine-t-elle à prendre son envol ?

Selon lui, l’efficacité de la dépense publique devrait être évaluée selon des indicateurs concrets de développement humain, de valeur ajoutée locale, de qualité des services publics, bien plus que par la simple maîtrise des équilibres macroéconomiques.

Et si on se remettait en phase…

C’est la philosophie même du rapport que Nabil Adel remet en question. « Depuis plusieurs années, ce document donne l’impression d’un exercice de style. Il est très centré sur la conjoncture et trop peu sur les problématiques structurelles ». Pour faire simple, l’on se concentre sur des chiffres tel un pays aux finances très développées, alors qu’il faudrait se pencher sur les problèmes structurels pour y trouver une solution.

L’économiste estime que le Maroc doit aujourd’hui se doter d’une nouvelle génération d’indicateurs, adaptés à sa réalité tels que le niveau d’intégration industrielle, le taux d’encadrement éducatif, la dynamique de l’emploi local, la productivité du capital humain, le niveau de valeur ajoutée agricole, l’efficacité des zones industrielles… « Tant qu’on ne mesure pas ce qui compte vraiment, on continuera à constater les effets sans traiter les causes », avertit-il.

Pour appuyer cette démonstration, prenons l’exemple frappant de l’Egypte. Un pays qui, malgré son instabilité politique, a réussi à attirer 42 milliards d’euros d’investissements. Pendant ce temps, le Maroc peine à dépasser les 5 milliards. « Pourtant, nous avons plus de stabilité, des accords commerciaux et une géographie favorable ».

La classe moyenne marocaine existe-t-elle encore ?

Dernier articles
Les articles les plus lu
Le Maroc adopte « Welcome Chinese » pour séduire le marché touristique chinois

Le Maroc renforce sa stratégie d’ouverture internationale en ciblant le marché touristique chinois, considéré comme l’un des plus porteurs au monde. En adoptant la certification…

Wissal Bendardka - 9 janvier 2026
Aéroports : 36,3 millions de passagers et une hausse de 11% en 2025

Économie - Portés par la CAN 2025 et le tourisme, les aéroports marocains signent une année record, confirmant l’efficacité de la stratégie Aéroport 2030 à l’échelle nationale.

Hajar Toufik - 9 janvier 2026
Les recettes fiscales en forte progression à l’horizon 2026

Politique - En 2026, les recettes fiscales atteindront 366 MMDH, marquant une croissance significative depuis 2020.

Mouna Aghlal - 9 janvier 2026
Barrages : les réserves atteignent 7,58 milliards de m³, un record depuis 2021

Économie-Les barrages affichent 45,26% de remplissage et 7,58 milliards de m³ stockés, un record depuis 2021.

Rédaction LeBrief - 8 janvier 2026
OMTPME 2025 : un tissu productif en consolidation mais toujours contrasté

Économie - Le rapport OMTPME 2025 souligne la reprise économique marquée par la croissance des entreprises, la valeur ajoutée et les exportations, mais révèle d’importantes inégalités.

Hajar Toufik - 8 janvier 2026
Protection des données : Barid Al-Maghrib franchit un cap avec le programme DATA-TIKA

Le paysage numérique marocain franchit une nouvelle étape majeure en matière de gouvernance des données. Ce jeudi 08 janvier 2026 à Rabat, le groupe Barid…

Wissal Bendardka - 8 janvier 2026
Voir plus
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
Où en est l’avancement du gazoduc Nigeria-Maroc ?

Économie - Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc progresse : 13 pays engagés, signature intergouvernementale à venir et lancement d’un premier tronçon entre Nador et Dakhla.

Hajar Toufik - 14 juillet 2025
BTP : le Maroc bétonne ses règles

Dossier - Pas d’attestation, pas de chantier. C’est simple, non ? Pas de couverture décennale, pas de livraison. N'y réfléchissons pas trop !

Sabrina El Faiz - 19 juillet 2025
Régions : qui profite vraiment du Maroc des grands chantiers ?

Économie - Le Maroc construit partout, mais se développe-t-il partout ? Analyse région par région…

Sabrina El Faiz - 25 octobre 2025
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire