HCP : aperçu des perspectives économiques pour 2025-2026

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HCP : aperçu des perspectives économiques pour 2025-2026Croissance économique (Illustration) © depositphotos

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Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié ses perspectives économiques pour 2025 et 2026, soulignant une croissance modérée dans un contexte international incertain. Le rapport met en avant la résilience de la demande intérieure et les défis persistants liés à la demande extérieure. Il détaille également l’évolution des finances publiques et l’allégement progressif du déficit budgétaire. Les détails.

La dynamique de l’économie mondiale devrait continuer de pâtir de l’escalade des tensions commerciales, marquée par la montée des mesures protectionnistes entre grandes puissances économiques. Dans un contexte fragilisé par la réduction des marges de manœuvre des politiques publiques, la croissance mondiale ralentira sensiblement, passant de 2,8% en 2024 à 2,3% en 2025, puis 2,4% en 2026. Ces niveaux restent nettement inférieurs à la moyenne de 3,1% enregistrée entre 2013 et 2019.

Aux États-Unis, le ralentissement est plus marqué, avec une croissance attendue à 1,4% en 2025, puis 1,6% en 2026, en raison notamment de la hausse des barrières douanières qui renchérissent les importations et affaiblissent le pouvoir d’achat. La croissance des économies avancées ne devrait pas dépasser 1,2% en 2025 et 1,4% en 2026.

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2025 : redressement agricole et soutien de la demande intérieure

Après une croissance estimée à 3,8% en 2024, l’économie marocaine devrait croître de 4,4% en 2025, tirée par une reprise de l’agriculture et la vitalité de la demande intérieure, indique le Haut-Commissariat au Plan (HCP).

Reprise du secteur agricole

La campagne agricole 2024/2025, bien que perturbée en novembre par des chocs thermiques, a été globalement favorable grâce aux précipitations abondantes de mars et avril. Résultat : une production céréalière estimée à 44 millions de quintaux, en hausse de 41% par rapport à l’année précédente. L’élevage bénéficie du programme de soutien royal, de la disponibilité des pâturages et de la bonne alimentation des nappes phréatiques. La valeur ajoutée agricole devrait ainsi croître de 4,7%, après une contraction de 4,8% en 2024. Le secteur primaire global progressera de 4,6%, contribuant pour 0,5 point à la croissance nationale.

Dynamisme des secteurs non agricoles

  • Les activités non agricoles devraient croître de 4,3%, soutenues par le BTP, les services et les industries exportatrices.
  • Industries manufacturières : +3,6%, avec un bon comportement des filières chimiques, agroalimentaires et textiles.
  • Industrie chimique : +6,6%, portée par la demande étrangère en dérivés du phosphate.
  • Secteur extractif : +7,1%, dopé par la demande intérieure et mondiale en phosphate.
  • BTP : +4,9%, grâce aux chantiers liés à la CAN 2025, la Coupe du monde 2030 et la reconstruction post-séisme.
  • Services : +4,4%, avec des performances notables dans le tourisme (+8,4%), le transport (+6,6%) et le commerce (+4,3%).

2026 : consolidation, mais à un rythme modéré

En 2026, la croissance économique marocaine devrait légèrement ralentir à 4,0%, dans un contexte international toujours incertain.

Agriculture en légère hausse

Sous l’hypothèse d’une campagne agricole moyenne, la valeur ajoutée agricole devrait croître de 3,3%, soutenue par les cultures printanières, l’élevage et la consolidation des performances du secteur de la pêche. Le secteur primaire progressera de 3,2%, avec une contribution de 0,3 point au PIB.

Industrie et services maintiennent leur cap

  • Industrie manufacturière : accélération à +4,0%, portée par les projets stratégiques et l’intégration de nouvelles technologies.
  • Agroalimentaire : +3,5%, profitant de la disponibilité de matières premières locales.
  • Textile : +3,1%, tiré par la demande et la modernisation de la chaîne de valeur.
  • Matériel de transport : reprise modeste grâce à l’électrification et l’implantation de nouveaux équipementiers.
  • Industrie chimique : +5,1%, avec le développement de filières vertes.
  • Secteur extractif : +5,7%, appuyé par le nouveau complexe minier de Mzinda.
  • BTP : +4,1%, soutenu par les grands projets, malgré des tensions sur la main-d’œuvre.

Croissance tertiaire toujours forte

Les services devraient croître de 4,0%, avec des contributions majeures du tourisme, du transport, du commerce et des télécommunications. Le tourisme bénéficiera de la diversification de l’offre et de l’amélioration des infrastructures.

Le PIB marocain devrait progresser en valeur de 6,4% en 2025 et 5,6% en 2026. L’inflation, mesurée par l’indice implicite du PIB, resterait modérée : 1,9% en 2025 et 1,5% en 2026.

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La demande intérieure, moteur principal de la croissance en 2025 et 2026

Malgré un contexte international tendu, la demande intérieure marocaine devrait rester le principal levier de la croissance économique nationale en 2025 et 2026. Portée par la consommation des ménages, l’investissement public et privé, ainsi que les dépenses des administrations, cette composante continuerait à jouer un rôle central dans la dynamique du PIB.

La consommation des ménages devrait progresser de 3,6% en 2025 et de 3,4% en 2026, contribuant à hauteur de 2,1 points à la croissance du PIB durant ces deux années. Cette hausse serait soutenue par plusieurs facteurs : une amélioration attendue des revenus agricoles, la revalorisation des salaires obtenue dans le cadre du dialogue social, la poursuite du programme d’aides sociales directes, ainsi qu’un apaisement des tensions inflationnistes.

De leur côté, les dépenses de consommation des administrations publiques devraient s’accroître de 4,1% en 2025 et de 3,7% en 2026, renforçant la demande globale. Ainsi, la consommation finale nationale afficherait une croissance de 3,7% en 2025 et de 3,5% en 2026, contribuant respectivement de 2,9 points et 2,7 points à la croissance économique, après 3,1 points en 2024.

L’investissement brut, quant à lui, devrait consolider sa dynamique, grâce à la poursuite de projets d’envergure dans les infrastructures, à la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement et à l’amélioration des conditions de financement. Sa croissance est estimée à 9,8% en 2025 et 7,2% en 2026, après 10,9% en 2024. Il contribuerait ainsi de 3 points à la croissance du PIB en 2025, puis 2,3 points en 2026.

Dans ce contexte, la demande intérieure globale progresserait de 5,4% en 2025 et de 4,6% en 2026, apportant une contribution de 5,8 points puis 5 points à la croissance économique nationale. Ce dynamisme témoigne de sa résilience et de son rôle central dans le soutien de l’activité, malgré des déséquilibres extérieurs persistants.

Cette vitalité intérieure, conjuguée à une hausse du PIB nominal estimée à 6,4% en 2025 puis 5,6% en 2026, permettrait également un relèvement du taux d’épargne intérieure, qui atteindrait 22,6% du PIB en 2025 puis 23,1% en 2026. Avec des revenus nets extérieurs représentant environ 6,7% du PIB, l’épargne nationale avoisinerait 29,4% en 2025 et 29,8% en 2026. Néanmoins, le besoin de financement devrait s’accentuer, atteignant 1,8% du PIB en 2025 et 1,9% en 2026, en raison d’un niveau d’investissement brut toujours élevé (31,2% du PIB en 2025, 31,6% en 2026).

Une demande extérieure affaiblie et des déséquilibres croissants

À l’inverse, la demande extérieure nette devrait continuer de freiner la croissance économique en 2025 et 2026. Le ralentissement de la croissance en Europe, principal partenaire commercial du Maroc, conjugué à un contexte géopolitique incertain, limiterait les performances des exportations, alors que la robustesse de la demande intérieure tirerait fortement les importations vers le haut.

La contribution de la demande extérieure nette resterait ainsi négative, à hauteur de 1,4 point en 2025 et 0,9 point en 2026. Cette situation résulterait d’un déséquilibre croissant de la balance commerciale, malgré la performance de certains secteurs exportateurs.

Les exportations de phosphates et dérivés devraient conserver leur tendance haussière en 2025 et 2026, portées par une demande internationale soutenue, notamment en Amérique latine, Europe et Asie, et par la réduction de l’offre mondiale, liée notamment aux restrictions sur les exportations chinoises et aux sanctions visant le phosphate russe. L’alignement du Maroc sur les normes écologiques européennes renforcerait également l’accès aux marchés européens.

Les exportations de produits agricoles et agroalimentaires devraient également bénéficier des retombées positives de l’amont agricole et garder cette dynamique en 2026. À l’inverse, les exportations du textile afficheraient une croissance modérée, en raison d’une demande en berne en Europe et d’une concurrence accrue à l’échelle mondiale.

Le secteur automobile, quant à lui, serait affecté par la baisse de la demande en voitures thermiques en Europe et par des contraintes techniques et commerciales. Toutefois, la montée en puissance des véhicules électriques devrait inciter l’industrie marocaine à mieux s’aligner sur les nouvelles tendances.

En volume, les exportations de biens devraient croître de 5,8% en 2025 et de 6,3% en 2026, tandis que les exportations de biens et services progresseraient de 6,7% en 2025 et de près de 7% en 2026, notamment grâce aux services touristiques et de transport, portés par une attractivité croissante du Royaume.

En parallèle, les importations de biens augmenteraient de 8,8% en 2025 et de 7,9% en 2026, stimulées par l’accélération de l’investissement et de la demande intérieure. Les importations de produits alimentaires, dont le blé, devraient légèrement reculer grâce à une meilleure récolte, mais celles d’animaux vivants devraient poursuivre leur hausse pour soulager le cheptel national.

Le volume global des importations de biens et services s’accroîtrait de 8,5% en 2025 et de 7,6% en 2026.

Sur le plan valeur, les importations augmenteraient de 7,6% en 2025 et de 6,4% en 2026, contre des hausses des exportations estimées à 5,7% puis 6,0%. Dans ces conditions, le déficit commercial se creuserait davantage, atteignant 19,8% du PIB en 2025 et 20,1% en 2026, après 19,1% en 2024.

Le déficit en ressources resterait stable autour de 11% du PIB, alors que le déficit du compte courant atteindrait 1,8% du PIB en 2025 et 1,9% en 2026, en lien notamment avec un ralentissement prévu des transferts des MRE, malgré le soutien persistant du secteur touristique.

Lire aussi : La Banque mondiale revoit à la baisse ses projections de croissance pour le Maroc

Déficit budgétaire maîtrisé grâce à une amélioration des recettes fiscales

La dynamique des finances publiques devrait s’appuyer sur le redressement de l’activité économique, notamment grâce à la reprise du secteur agricole et à la vigueur persistante de la demande intérieure. Cette conjoncture favorable, renforcée par les mesures prévues dans la loi de finances, devrait se traduire par une bonne tenue des recettes fiscales, tout en maintenant la progression des dépenses pour répondre aux impératifs sociaux et économiques du pays.

Les recettes fiscales devraient ainsi continuer à croître et se stabiliser aux alentours de 19,3% du PIB en 2025 puis 19,4% en 2026. Cette tendance concerne à la fois les impôts directs, qui devraient représenter 8,8% du PIB sur les deux années, et les impôts indirects, attendus autour de 8,1% du PIB.

Parallèlement, les recettes non fiscales devraient également s’améliorer, tirant profit des revenus générés par les entreprises et établissements publics, ainsi que des mécanismes innovants de financement. Au total, les recettes ordinaires devraient avoisiner 23,7% du PIB en 2025 et 2026, en progression par rapport aux 23,3% enregistrés en 2024.

Du côté des dépenses, la tendance à la hausse se poursuivrait avec des dépenses globales atteignant près de 27,8% du PIB en 2025 puis 27,3% en 2026, contre 26,7% du PIB en 2024. Les dépenses ordinaires évolueraient à hauteur de 21,1% du PIB en 2025 et 20,7% en 2026, portées notamment par la croissance des dépenses de biens et services — elles-mêmes estimées respectivement à 17,5% et 17,3% du PIB, contre 15,7% en 2024.

Cette hausse des dépenses résulte notamment de l’augmentation des coûts liés au personnel et à la montée des transferts sociaux et subventions. Toutefois, le poids des dépenses de compensation devrait diminuer, passant de 1,0% du PIB en 2025 à 0,9% en 2026, en lien avec la baisse des cours des matières premières.

Les dépenses d’investissement connaissent un léger reflux, atteignant environ 6,8% du PIB en 2025 après 7,4% en 2024, puis 6,6% en 2026.

Dans ce contexte, le déficit budgétaire devrait s’alléger, passant autour de 3,6% du PIB en 2025 puis 3,4% en 2026, traduisant une maîtrise progressive des finances publiques.

Allégement de la dette publique et stabilité monétaire

L’amélioration des finances publiques, combinée à une croissance nominale significative du PIB, devrait permettre un allégement des ratios d’endettement. La dette du Trésor se stabiliserait autour de 67,1% du PIB en 2025, avant de reculer légèrement à 66,7% en 2026.

Cette tendance baissière résulte notamment d’un recul de la dette intérieure du Trésor, qui passerait de 50,8% du PIB en 2024 à 49,2% en 2025, puis 47,8% en 2026. En revanche, la dette extérieure du Trésor connaîtrait une légère hausse, de 17,9% du PIB en 2024 à 18,9% en 2025 et 2026.

En tenant compte de la part garantie de la dette extérieure, qui se maintiendrait autour de 12,1% du PIB, la dette publique globale diminuerait légèrement, passant de 79,2% du PIB en 2025 à 78,9% en 2026.

Sur le plan monétaire, la vigueur de la demande intérieure et l’amélioration des conditions de financement devraient soutenir l’affermissement des crédits bancaires au secteur non financier. Les crédits à l’équipement continueraient leur progression, tout comme les crédits immobiliers qui amorcent une reprise. Les créances sur l’économie progresseraient ainsi de 7% en 2025 puis de 6,8% en 2026.

Par ailleurs, les avoirs officiels de réserve resteraient solides, couvrant près de 5 mois d’importations de biens et services pour les deux années. Enfin, la masse monétaire devrait croître de 7,1% en 2025 et de 6,2% en 2026, accompagnant ainsi la dynamique économique tout en préservant la stabilité des prix.

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