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Algérie : l'après Gaïd Salah

La mort soudaine du patron de l’Armée Nationale Populaire algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, intervient à un moment où l’Algérie fait face à une crise multidimensionnelle. Le pays est confronté à une contestation populaire sans précédent, qui réclame le départ de l’élite politique, dont le nouveau président de la République, Abdelmajid Tabboune, ainsi que la fin de l’ingérence militaire dans les affaires politiques de l’État. Le décès de Gaïd Salah menace-t-il donc la légitimité (déjà fragile) du nouveau dirigeant du pays ?

Par Nora Jaafar, Publié le 24/12/2019 à 16:17, mis à jour le 30/12/2019 à 20:25
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Ce lundi 23 décembre, la presse algérienne a annoncé le décès du vice-ministre de la Défense et chef de l’état-major de l’Armée Nationale Populaire (ANP), le général Ahmed Gaïd Salah. Une crise cardiaque survenue dans la nuit du dimanche au lundi a eu raison de l’homme le plus puissant de l’Algérie et l’a emporté quelque jour seulement avant son 80e anniversaire. Ce dernier avait entamé sa carrière militaire à l’âge de 17 ans en adhérant à l’armée de libération nationale qui combattait les Français. Il avait par la suite suivi une formation de deux ans dans une académie militaire soviétique avant de gravir les échelons de l’armée algérienne, rapporte le journal Le Soir d'Algérie. Il était chef des forces terrestres lors de la sanglante guerre civile des années 1990, menée par l’Algérie contre les islamistes. Il avait formé une alliance solide avec le président Abdelaziz Bouteflika au début des années 2000, quand ce dernier l’avait sauvé d’une retraite anticipée forcée. En tant que vice-ministre de la Défense, il avait aidé le président à démanteler les puissants services de sécurité intérieure du pays. Pendant des années, le général Gaïd Salah est resté dans l’ombre, prêt à soutenir Bouteflika, mais sans jamais lui voler la vedette. Et le gouvernement l’avait bien récompensé pour ses services, lui et son armée, avec l’argent provenant des revenus pétroliers du pays, indique la même source.

 

Soulèvement et poignard dans le dos

Quand Bouteflika a annoncé qu’il comptait se présenter pour un cinquième mandat présidentiel, malgré sa paralysie et la détérioration croissante de sa santé, les Algériens frustrés sont sortis dans la rue pour réclamer le départ de l’élite politique. Face à la colère du peuple et à l’apparition du mouvement de contestation Hirak, Gaïd Salah n’avait d’autre choix que de retirer son soutien à son bienfaiteur. Ainsi, après la démission de Bouteflika le 2 avril 2019, le patron de l’armée a été propulsé au-devant de la scène politique. « Ses sorties hebdomadaires se sont érigées en véritable rituel qui scandait la vie institutionnelle. À 79 ans, l’homme sillonnait infatigablement les six Régions militaires en se fendant à chaque sortie d’un nouveau bréviaire de caserne où il imposait la marche à suivre », rapporte le quotidien algérien Al Watan. La même source ajoute qu’il « fustigeait tantôt les partisans de la transition, tantôt les “préalables” au dialogue ; il s’en prenait aux promoteurs du slogan “Dawla madania, machi askaria !” (État civil, pas militaire) en soutenant qu’il était “dicté par des cercles hostiles à l’Algérie” ».

 

Confronté à un mouvement de protestation indomptable, Gaïd Salah a lancé une campagne anti-corruption pour arrêter et déférer devant les tribunaux les poids lourds de l’ère Bouteflika. Une mesure, bien que saluée par certains Algériens, a été considérée par l’opinion publique comme une tentative visant à exploiter la révolution dans l’objectif d’évincer les rivaux du numéro 1 de l’ANP. En outre, il a été le principal architecte de « la parodie électorale du 12 décembre qui, de l’avis de nombreux électeurs, ne réglera rien et ne fera qu’acter la régénérescence du “système” (implication de l’armée dans les affaires de l’État et retour de “l’élite politique corrompue” », déplore Al Watan.

 

Avenir sombre pour le gouvernement Tebboune

Boycotté et rejeté par la majorité des Algériens, Abdelmajid Tebboune vient de perdre son principal allié militaire. En effet, Gaïd Salah a longtemps soutenu la candidature de Tebboune et a fortement contribué à son ascension à la tête du pays. Interviewée par Médias24, Boualem Sansal, écrivain, essayiste et figure emblématique de l’opposition et du militantisme algérien, a déclaré : « Celui qui doit trembler, c’est le président Teboune, il vient de perdre celui qui l’a fait roi et qui assurait sa sécurité. Il est tout à fait possible qu’après le deuil, il démissionne, car il est nu, il n’a pas de gouvernement encore et toutes les institutions sont paralysées. Le Hirak va continuer de plus belle, ce qui constitue un risque, car il n’est pas organisé et pas si uni qu’on le dit ». Interrogé sur l’avenir du pays, l’écrivain a précisé : « Avec les réserves de change dont dispose le pouvoir (environ 80 milliards $), la situation de l’Algérie restera jusqu’à 2022, celle des six ou sept dernières années, après 2022, sauf remontée spectaculaire du prix du baril de pétrole d’ici là, l’Algérie entrera dans la zone des grandes tempêtes, celle de la faillite économique systémique... Il n’est pas sûr qu’un nouveau pouvoir issu du Hirak puisse sortir le pays de la crise. La crise est profonde et nous n’avons ni les hommes ni le logiciel pour faire en quelques années ce que nous aurions dû commencer au lendemain de l’indépendance, en1962, et poursuivre avec sérieux jusqu’à ce jour ».

 

Hormis les spéculations fatalistes de Sansal, les interrogations qui prédominent actuellement au sujet de l’Algérie sont : « Est-ce que la mort de Gaïd Salah va accélérer le changement souhaité par le Hirak ? Donnera-t-elle plus de liberté d’action au nouveau Président ?». Ces questions restent sans réponses, et l’on suivra de très près l’évolution de la situation dans ce pays voisin, dont l’avenir ne présage rien de bon.

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