Un barrage à son niveau le plus bas

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Pluviométrie : la sécheresse derrière nous ?

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Catégorie Société , Dossiers

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Alors que tout laissait croire que 2022 serait une année sèche et que certains observateurs comparaient l’absence des pluies à celle des terribles années 1980, les précipitations enregistrées au mois de mars et avril ont résorbé le déficit pluviométrique. Les conditions climatiques devenues favorables avec une bonne pluviométrie ont entrainé une amélioration des données hydrologiques. Et l’année pluviale n’est pas encore terminée…

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La période de septembre 2021 à février 2022 a troublé les esprits. L’absence de pluies a inquiété tous les Marocains, s’interrogeant sur la politique de gestion de l’eau et poussant les officiels à activer un plan anti-sécheresse et à débloquer des aides au monde agricole. Un rationnement était évoqué et il est toujours d’actualité même si le déficit pluviométrique s’est résorbé en mars et avril. Il faut dire qu’entre septembre et février, un record du déficit des précipitations a été enregistré avec des pluies de l’ordre de 39 millimètres (mm) seulement, soit le niveau le plus bas depuis 1981. Heureusement, les prières de tout un peuple ont été exhaussées et le Seigneur a répandu sa miséricorde et a comblé le pays de pluies bienfaitrices, peut-on lire sur un forum dédié à l’eau. «La période allant du 1er mars au 22 avril 2022 a été caractérisée par une bonne répartition régionale des pluies et un cumul pluviométrique moyen national durant cette période de l’ordre de 102 mm, soit une hausse de 44% par rapport à la moyenne de 30 ans (71 mm) et de 90% par rapport à la campagne précédente à la même date (54 mm)», expliquent les ingénieurs du ministère de l’Agriculture. Toutes les régions ont bénéficié de ces pluies, en particulier la partie Nord du pays à partir de la Haute Chaouia, Casablanca, Rabat, Fès-Meknès, le Loukkos et les Montagnes.




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La stratégie Baraka



Du côté du ministère de l’Équipement et de l’Eau, on note que malgré les importantes précipitations enregistrées dernièrement, le déficit dans les apports hydriques s’est malgré tout élevé à 86% par rapport aux apports moyens durant la période allant du 1er septembre 2021 au 11 avril de cette année. Le ministère dirigé par Nizar Baraka a même activé une batterie de mesures d’urgence pour assurer l’approvisionnement en eau potable et décidé de lancer une grande campagne de sensibilisation des citoyens à la nécessité d’économiser l’eau. Un premier axe consistera à lutter contre les gaspillages de l’eau dans les situations courantes de la vie quotidienne et de sensibiliser aux coûts pour les foyers marocains de ces gaspillages sur leur facture d’eau. Une deuxième partie de cette campagne de sensibilisation permettra de mettre en avant les gestes simples et les bonnes habitudes en matière d’économie d’eau potable. Quant au troisième axe, il consistera à valoriser les  »bonnes pratiques » de certains acteurs économiques qui ont pris conscience de l’impérieuse nécessité d’économiser l’eau. Pour Nizar Baraka, «l’information, l’éducation et la sensibilisation des différents publics ont un grand rôle à jouer pour que l’eau soit véritablement un bien commun disponible et accessible à tous. Économiser l’eau devient un acte citoyen et de solidarité nationale».




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2022 n’est pas une année sèche



Quoi qu’il en soit, les précipitations de mars et avril ont permis de redresser la situation hydrologique alors que le constat de septembre à fin février était très alarmant. De plus, selon le modèle pour la prévision saisonnière baptisé « Al Moubarak » par feu Hassan II, on ne peut absolument pas parler d’année sèche. Contacté par LeBrief, le météorologiste de renom Mohamed Bellaouchi atteste qu’au début, il y avait les deux critères pour parler de sécheresse, à savoir la hausse des températures et l’absence des pluies, mais l’année pluviale était loin d’être terminée. «On a opté pour une politique d’anticipation pour ne pas être en porte-à-faux avec la sécheresse si jamais elle se confirme à la fin de l’année pluviale, ce qu’on aurait terriblement regretté», souligne Bellaouchi. De par son expérience, l’année 2022 n’est en rien comparable aux années 1980. L’expert se souvient qu’à cette époque les instituteurs étaient obligés de faire un dessin sur le tableau pour expliquer aux enfants de maternelle ce qu’est la pluie parce qu’ils ne l’avaient jamais vue.



 



«En avril, ne te découvre pas d’un fil…»



Interrogé sur le décalage observé au niveau des saisons avec un glissement de l’hiver, Bellaouchi cite le dicton : «En avril, ne te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qu’il te plaît». À ses yeux, le temps a changé certes, mais historiquement, on a déjà pu rattraper dans le passé un bilan pluviométrique pendant les mois d’avril, mai et juin avec notamment les orages d’été. Il rappelle qu’il y a des centres d’action qui gèrent l’atmosphère. «Le Maroc, de par sa position géographique, se trouve en face de l’anticyclone des Açores qui gère le temps dans l’hémisphère Nord et régule la pluviométrie au Maroc. Les principales perturbations atmosphériques nous parviennent de l’Océan Atlantique et plus précisément du Groenland et arrivent du Nord-Ouest ou de l’Ouest. À part ça, il y a des échappées ou remontées tropicales du Sud-Ouest qui donnent des épisodes pluvieux non significatifs», explique le météorologue. Communicant hors pair, Bellaouchi poursuit en schématisant : «On peut représenter l’anticyclone des Açores comme une montagne. Cette zone de pression très élevée ne laisse pas passer les courants, ce qui est positif en été. En principe, pendant la période des pluies, il doit, ou bien carrément se résorber, ou bien se décaler vers le Sud-Est». Seulement voilà, quand l’anticyclone des Açores reste à sa place, il nous prive de pluies, c’était le cas dans les années 1980 quand il est resté immobile pendant des années successives.



 



« Al Ghait » : pour un apport additionnel en eau



Ce programme lancé en 1984 a été très concluant pour le Maroc. Ce projet d’augmentation du volume d’eau des pluies, voulu par le défunt Roi, a été développé avec le concours des Américains. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit nullement de provoquer l’arrivée des pluies. C’est plutôt une technique d’ensemencement des nuages dont la finalité est d’augmenter le volume de pluie. Cela suppose une disponibilité suffisante de nuages, de vapeur d’eau, etc. C’est sur la base d’études microphysiques de la Direction générale de la météorologie (DGM) que l’opération est menée. « Al Ghait » est piloté justement par la DGM, les Forces royales air (FRA) et la Gendarmerie royale.

 


Avion "Al Ghait"



«Dans les années 1980, on travaillait avec l’Université de Dakota et on ne maitrisait pas encore la technique. On traitait partout et en tout temps. Aujourd’hui, les actions de l’unité « Al Ghait » s’étalent de novembre à avril et accompagnent les perturbations atmosphériques. Concrètement, une sonde est envoyée pour évaluer le potentiel d’une masse nuageuse avant d’enclencher une action aérienne ou terrestre», précise Bellaouchi. Les sels d’iodure d’argent ou de sodium sont déversés dans les nuages grâce à avions équipés ou à travers des générateurs qui ensemencent le nuage à partir du sol dont certains sont installés dans des barrages. Côté aérien, un avion de chasse (Alpha-Jet) ou un avion laboratoire (King-Air 200) muni de cartouches interviennent pour l’ensemencement. «Il y a deux zones : une zone cible et une zone tampon. Le traitement se fait à côté des barrages ou bien dans des zones montagneuses pour que la neige soit plus abondante afin d’en profiter après le dégel. On augmente l’apport en eau de 14% à 17%», ajoute notre interlocuteur.

 



infographie



 



Ce dispositif est aussi utilisé pendant la période estivale pour éviter des chutes de grêle dévastatrices pour certaines cultures. «On intercepte les cumulo-nimbus avant qu’ils n’arrivent sur les champs pour transformer la grêle en pluie», conclut notre expert. En plus de l’impact social positif et les nombreux effets indirects bénéfiques au monde rural, économiquement parlant, le ratio bénéfices/coût du programme « Al Ghait » est très intéressant. Pour chaque dirham dépensé, « Al Ghait » génère un gain de 3,37 DH. Pourtant, jusqu’à présent, très peu de communication autour de ce programme même si les mentalités ont évolué. Il faut savoir que dans les années 1980, les prévisions météo étaient elles-mêmes fustigées parce qu’elles défiaient l’inconnu, le dissimulait, selon la majorité des Marocains. Les agents de la météorologie nationale étaient fréquemment victimes de remarques désobligeantes.



 



Un atout diplomatique



‘ »Al Ghait » est devenu un atout diplomatique pour le Maroc. Ce programme a profité à plusieurs pays africains dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Grâce à l’appui technique et logistique du Royaume, ce programme a permis à plusieurs pays subsahariens de mener des activités d’ensemencement des nuages aux fins d’augmenter la pluviométrie et d’atténuer ainsi l’impact de la sécheresse. À chaque fois, un contingent de cadres et d’experts nationaux, accompagné de l’ensemble des moyens logistiques et techniques, à savoir un radar météorologique, une station radiosondage, des vecteurs d’ensemencement aérien et au sol et des produits chimiques sont mobilisés. Nombre de pays ont sollicité l’appui du Royaume eu égard à son savoir-faire dans ce domaine. C’est le cas du Burkina Faso, du Sénégal, du Mali, du Cameroun, de la Gambie, de la Mauritanie et du Cap-Vert qui souhaitent tirer profit du savoir-faire du Maroc en la matière en vue de monter un programme similaire à « Al Ghait ». À titre d’exemple, grâce à cette technique, le Burkina Faso a eu une récolte excédentaire de 800.000 tonnes de maïs. Et pour la petite anecdote, un chef d’État africain aurait même dit : «Il a plu grâce à Allah et au Maroc».



 



Le Maroc fait face au changement climatique depuis des décennies. Il occupe la 23e place sur 165 contrées exposées au risque hydrique. Les conséquences sont nombreuses : désertification accélérée, déplacement d’espèces vers le Nord, assèchement de la Moulouya, l’un des plus longs fleuves du Maroc qui ne se déverse plus dans la Méditerranée… Aujourd’hui, le plus important c’est de s’adapter à cette nouvelle donne et anticiper pour ne pas être confronté à une sécheresse aux effets dévastateurs pour l’Homme, la faune et la flore.  




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Sécheresse

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