Tomates : la baisse des prix se confirme

Avatar de J.R.Y

Temps de lecture :

Tomates marocaines : le COAG attaque pour fraude fiscaleIllustration © DR

A
A
A
A
A

Depuis samedi, le prix du kilogramme de tomate oscille entre 10 DH et 12,5 DH dans les différents marchés de gros du Royaume. Ce prix s’inscrit en baisse de 20% à 40% par rapport à la semaine dernière. Sans l’annoncer, le gouvernement a décidé de limiter les exportations de la tomate ronde, variété la plus consommée au Maroc, histoire de rétablir l’équilibre du marché local avant Ramadan.

Vous l’avez sans doute constaté en faisant vos courses le week-end, le prix de la tomate a baissé, passant de 15 DH le kilo il y a une semaine à 10 DH le kilo. Cette baisse du prix est due à la limitation des exportations pendant quelques jours. Cette mesure temporaire concerne principalement la tomate ronde, variété la plus consommée au Maroc. Le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, avait assuré jeudi que le gouvernement compte intervenir pour réduire le prix de ce fruit indispensable à la table des Marocains. L’exécutif compte donc jouer sur deux leviers : la baisse des quantités de tomates exportées et un durcissement des contrôles sur les marchés de gros.

Lire aussi :Pré-ramadan : explosion du prix de la tomate

Une production suffisante

La production de tomates au Maroc est largement suffisante et la filière ne connaît aucun problème en matière de disponibilité du produit, assure le gouvernement. Pendantcette période de l’année marquée par une baisse des températures, les agriculteurs recourent à la production sous serre dans la région de Chtouka conformément auprogramme tracé par le ministère de l’Agriculture qui indique la superficie emblavée a été respectée. Mais alors, comment expliquer la hausse vertigineuse du prix d’un produit local qui ne peut souffrir de facteurs exogènes ?La hausse des prix des tomates s’explique par l’augmentation de la demande au niveau international et par la hausse du coût du transport au niveau national, mais pas que. Le marché intérieur subit nombre de dysfonctionnements liés à la multiplication des intermédiaires qui font de la spéculation. L’on se souvient encore des scènes de pillage enregistrées il y a quelques jours dans un souk dans la province de Sidi Kacem. La faible offre en tomates a poussé les commerçants à doubler le prix, ce qui a créé l’indignation et la protestation des consommateurs.

Pour agir sur le problème de quantités destinées à l’export, le gouvernement compte revenir à des quotas qui permettent de garantir les besoins du marché local en tomate ronde, surtout à l’approche du mois de ramadan. Plusieurs producteurs membres de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation de fruits et légumes (Fifel) ont redirigé une partie du contingent de tomates exportables vers le marché marocain, espérant toutefois reprendre les expéditions vers l’étranger dans les prochains jours, une fois que la demande du marché domestique sera satisfaite. Le cas échéant, les exportations seront malgré tout limitées aux produits etmarchésdéjà inclus dans des contrats fermes.Il faut savoir que les producteurs de tomates perdent beaucoup d’argent en écoulant leurs produits au Maroc. Si leurs marges s’effritent, ils répercuteront le manque à gagner sur le consommateur marocain en augmentant les prix.

Un modèle à revoir

La production et de la commercialisation de la tomate connaissent un problème structurel au Maroc. Si la filière a connu des investissements énormes dans des exploitations sous serre même dans les provinces du Sud, le modèle économique n’est pas viable à cause de plusieurs impératifs. Tout d’abord, le Maroc demeure le premier exportateur de tomates fraîches vers le marché européen. Partant de là, les investisseurs dans ce segment ont façonné leur exploitation sur cette base. De ce fait, le manque à gagner serait énorme s’ils limitent leur commercialisation au marché marocain et du fait d’une offre abondante, ils seraient ruinés. Et puis certaines failles observées dans la mise en œuvre de l’ex-Plan Maroc Vert (PMV), remplacé depuis par le programme Génération Green,ont fragilisé tout un écosystème. La reconversion de certaines régions vers l’arboriculture et autres filières de niche a eu des conséquences désastreuses sur le secteur des fruits et légumes. La Gharb, autrefois grande productrice de tomates,a délaissé la culture des primeurs pour se concentrer sur lesfruits rouges. Sauf que la tomate est plus importante que la fraise en termes d’alimentation que ce soit pour le consommateur marocain ou étranger. Aussi, la sécheresse que traverse le Maroc actuellement interroge sur le choix des filières exportatrices.Le journaliste agricole chez L’Humanité, Gérard Lepuil, écrivait il y a quelques années :«Avec ses tomates d’exportation, le Maroc nous vend aujourd’hui l’eau qui lui manquera demain. En ne les achetant pas, nous laisserons un peu d’eau aux enfants du Maroc pour les prochaines décennies». Cette idée est reprise aujourd’hui à travers une campagne de boycott lancée par des militants écologiques sur Twitter.

Lire aussi :Souveraineté alimentaire : le Maroc loin du compte

Que ce soit pour la tomate ou pour les autres denrées alimentaires, des acteurs associatifs ontplaidé pour la mise en œuvre » immédiate » d’un plafonnement des prix des produits de grande consommation afin depréserver lepouvoir d’achat des citoyens. Dans les cas, le gouvernement doit se pencher en urgence sur ce dossier pour éviter une inflation galopante qui pourrait engendrer une crise sociale sans précédent.

Dernier articles
Les articles les plus lu
GITEX Africa 2026 : pourquoi envoyer de l’argent en Afrique reste un défi ?

Économie - Interopérabilité encore limitée, attentes des utilisateurs en mutation et rôle croissant des régulateurs… À GITEX Africa 2026, experts et acteurs du secteur esquissent un futur des paiements africains plus intégré, mais encore en construction.

Ilyasse Rhamir - 10 avril 2026
Programme Forsa : le 30 avril 2026, date limite pour les avenants

Économie-Programme Forsa : les bénéficiaires du report d’échéances ont jusqu’au 30 avril 2026 pour signer leur avenant. Voici l’essentiel à retenir.

Rédaction LeBrief - 10 avril 2026
CRI Tanger-Tétouan-Al Hoceima : 80 milliards de dirhams d’investissements validés en 2025

Économie - Le CRI TTA valide ses performances 2025 : 80 MMDH d’investissements et 57.000 emplois prévus.

El Mehdi El Azhary - 10 avril 2026
GITEX Africa 2026 : l’affaire de la CAN 2025 n’arrête pas la vitrine sénégalaise

Économie - Malgré la polémique autour de la finale de la CAN 2025, les exposants sénégalais présents à GITEX Africa 2026 décrivent une ambiance sereine et chaleureuse. Sur le salon, les échanges restent cordiaux, loin des tensions sportives.

Ilyasse Rhamir - 10 avril 2026
GITEX Africa 2026 : ce que les exposants pointent derrière le succès du salon

Économie - Si GITEX Africa 2026 séduit par son dynamisme, les exposants pointent aussi des axes d’amélioration. Organisation, diversité des visiteurs et présence internationale : les coulisses du salon révèlent les défis d’un événement en pleine croissance.

Ilyasse Rhamir - 10 avril 2026
GITEX Africa 2026 : avantage local ou puissance globale, qui gagnera le marché africain ?

Économie - À GITEX Africa 2026, startups africaines et entreprises internationales dévoilent deux stratégies pour conquérir le continent.

Ilyasse Rhamir - 10 avril 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Visa Schengen : le cauchemar européen à prix d’or

Dossier - Entre les délais interminables, les coûts exorbitants et les parcours semés d’embûches, obtenir un visa Schengen c’est devenu…

Sabrina El Faiz - 26 juillet 2025
Coût, impact… tout savoir sur la nouvelle LGV Kénitra-Marrakech

Économie - Le Maroc lance l’extension de sa LGV vers Marrakech, un projet structurant qui transformera durablement la mobilité, l’économie et la connectivité entre les grandes villes.

Hajar Toufik - 25 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire