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Maroc-Espagne : le bras de fer continue

La ministre des Affaires étrangères espagnoles Arancha Gonzalez Laya a déclaré, ce dimanche 23 mai, que Brahim Ghali, chef du Polisario, comparaîtra devant la justice ibérique avant de quitter le pays. De son côté, le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, est intervenu sur LCI et Europe1 pour exprimer la position du Maroc vis à vis de la crise migratoire, rassurer l'Europe et rejeter le tort sur l'Espagne.

Par Mohamed Laabi, Publié le 24/05/2021 à 11:26, mis à jour le 24/05/2021 à 14:20          Temps de lecture 6 min.
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Nasser Bourita en compagnie d'Arancha Gonzalez Laya © DR

Nouvelle semaine de tension entre les deux voisins de la méditerranée : le Maroc et l’Espagne. Les deux pays se sont une nouvelle fois lancé des piques interposées dans les médias ce week-end. Arancha Gonzalez Laya, ministre espagnole des Affaires étrangères, explique la crise actuelle par le fait que «le Maroc rejette un geste humanitaire» effectué par son pays. «Nous avons fait un geste humanitaire envers un individu gravement atteint de la Covid-19 et cela a déclenché une réponse unilatérale sous la forme d’une crise migratoire», dit la ministre espagnole.

Pour Arancha Gonzalez Laya, l’Espagne ne prend pas parti dans le différend du Sahara à travers ce “geste humanitaire” et souligne que son pays n’a pas changé de position dans le dossier du Sahara. «Le différend dans le Sahara doit être négocié dans le cadre des Nations Unies, car c’est ce qui garantira la légitimité et une paix stable et durable. C’est la position de l’Espagne et de toute l’Europe», affirme-t-elle.

Interrogée sur le chef du mouvement séparatiste du Polisario Brahim Ghali, la ministre a affirmé que ce dernier «doit répondre de poursuites judiciaires en Espagne avant de quitter le pays». Le Maroc souhaite pour sa part que Brahim Ghali soit jugé et condamné pour ses crimes. Pour rappel, deux plaintes sont déposées contre Ghali. La première émane de l’Association sahraouie pour la défense des droits de l’Homme tandis que la seconde est déposée par le blogueur Fadel Mihdi Breica. Ce dernier accuse le chef du Polisario de détentions arbitraires, de torture et de crimes contre l’humanité.  Brahim Ghali est sorti le 23 mai des soins intensifs ou il a été admis le 18 avril 2021. Il souffrait de la Covid-19. 

 

 

La volonté marocaine que Brahim Ghali soit jugé pour ses actes en Espagne a été confirmée ce dimanche lors d’une intervention de Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, sur la chaîne de télévision française LCI (voir la vidéo ci-dessous). «L’Espagne se trompe si elle pense que le problème va être résolu en renvoyant ce monsieur avec les mêmes procédés. Au contraire, cela voudra dire que l’Espagne aura fait un choix contre les intérêts du Maroc et contre ses propres citoyens victimes de ce criminel», souligne Bourita.
 

 

Le ministre n’écarte pas la possibilité d’une rupture des relations entre les deux pays si l’Espagne exfiltre Brahim Ghali de la même manière qu’elle l’a infiltré dans son pays. «En exfiltrant ce monsieur, l’Espagne cherchera le pourrissement, l’aggravation de la crise, voire même la rupture», signale Bourita. Le Maroc a d'ailleurs exigé une enquête  sur l'entrée en Espagne du chef du Polisario.

Concernant la position du Maroc envers l’Europe sur la question migratoire, Bourita a indiqué que le Royaume n’a pas de problème avec l’Europe. «Vouloir impliquer l’Europe et européaniser le problème à travers la question migratoire, c’est détourner l’attention», a-t-il martelé. Le ministre fait référence aux propos de Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, qui avait souligné la semaine dernière que «Sebta c’est l’Europe» et que «tout ce qui se passe là-bas n’est pas le problème de Madrid, mais le problème de tout le continent».

Écouter aussi : Sebta : l’histoire de l’une des dernières colonies en Afrique

Schinas a déclaré «ne pas aimer le chantage» que fait le Maroc à l’Espagne et affirme que Bruxelles «n’hésitera pas à remettre en question son aide financière si des épisodes de ce genre se reproduisent».

Le Royaume aurait reçu plus de 13 milliards d’euros d’aides par différents canaux depuis l’année 2007, rapporte le site France Info. D’après la même source, le pays souhaiterait également bénéficier d’un fonds important 2021-2027 budgété pour les pays voisins de l’Union européenne (UE) dans la lutte contre l’immigration clandestine.

Rappelons que la France a demandé à jouer un rôle de médiation dans cette affaire. Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangéres français a affirmé vouloir contribuer à ce que le dialogue puisse reprendre entre le Maroc et l'Espagne. «Je souhaite que cela puisse se rétablir le mieux possible. Parce que jusqu’à présent, il y avait sur la question de l’immigration une relation plutôt positive, partagée entre le Maroc et l’Espagne», déclare Jean Yves Le Drian. 

 

L'Espagne veut contrer l'offensive diplomatique du Maroc en Europe

Bourita fait allusion à la demande du ministère espagnol des Affaires étrangères à ses ambassadeurs à l'UE de «contrer l’offensive diplomatique du Maroc».  En effet, Camilo Villarino, directeur de cabinet du ministère des Affaires étrangères espagnol, demande dans une lettre adressée aux ambassadeurs des pays de l’UE de contrer l’offensive diplomatique du Maroc qui selon lui «multiplie les initiatives dans différents pays de l’UE pour présenter la version des événements liés à la crise actuelle entre son pays et l’Espagne».

L'Espagne décide donc de "briefer" ses ambassadeurs espagnoles en Europe «afin qu’ils puissent les utiliser de manière proactive dans leurs contacts avec les ministères des Affaires étrangères des pays de l’UE», fait savoir le site espagnol El Confidencial Digital.

 

La mise en garde de l’ex-ministre espagnol 

José Bono, ex-ministre espagnol de la Défense et ex-responsable des services de renseignements, met en garde contre toute attitude portant atteinte aux relations bilatérales. Ce dimanche, il a déclaré que le Maroc a été un partenaire très important pour l’Espagne dans la lutte contre le terrorisme. «En tant qu’ancien ministre de la Défense et ancien chef des services de renseignements, je tiens à vous assurer que grâce au Royaume du Maroc, l’Espagne a pu arrêter de nombreux terroristes radicaux et grâce au Maroc nous avons pu éviter des attentats meurtriers», a déclaré José Bono lors d’une intervention sur la chaîne espagnole La Sexta.

Ce dernier estime que ne pas reconnaître les efforts déployés par le Maroc en faveur de l’Espagne serait un «suicide». Il déplore par la même occasion que certains milieux en Espagne profitent de la situation actuelle pour attaquer le Maroc. «Certains milieux en Espagne veulent que le Maroc soit toujours un adversaire et que nous le traitions de manière inadéquate», affirme José Bono.

Après lecture des faits, il est sûr que la position de l’Espagne sur la condamnation (ou pas) de Brahim Ghali pour ses crimes contre l’humanité marquera un tournant dans les relations entre les deux pays. Seule l’ouverture du dossier par la justice espagnole et la condamnation du chef du mouvement séparatiste pour ses actes pourra calmer les ardeurs du Royaume chérifien et enterrer la hache de cette “petite guerre” que se livrent ces deux pays.

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