Vente en ligne de médicaments : une grande menace pour les Marocains

Avatar de Nora Jaafar

Temps de lecture :

Médecins marocains et antibiotiques : le mauvais réflexeDes médicaments. Image d'illustration © DR

A
A
A
A
A

En raison de la pandémie de la Covid-19 et des restrictions mises en place pour l’endiguer, le e-commerce a connu un essor spectaculaire au Maroc. Cependant, la vente en ligne de médicament représente un danger non négligeable. C’est dans ce sens que le Conseil national de l’ordre des pharmaciens d’officine et la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens ont saisi le ministère de la Santé à ce sujet. Ces derniers ont tenu plusieurs réunions avec la Direction de la pharmacie et du médicament (DMP) et la tutelle pour endiguer cette pratique ainsi que la publicité illégale des médicaments par des influenceurs sur les réseaux sociaux.

La vente en ligne, bien qu’elle représente une solution viable pour certains secteurs pour poursuivre leurs activités en marge de la pandémie de la Covid-19 et des restrictions mises en place pour l’endiguer, elle ne reste pas sans risques pour le citoyen. En effet, quand il s’agit de vente de médicaments, cette solution devient très dangereuse, vu qu’elle ne se conforme pas à la chaine de commercialisation traditionnelle des produits pharmaceutiques. Afin de dénoncer cette pratique, qui prend de plus en plus d’ampleur dans le pays, le Conseil national de l’ordre des pharmaciens d’officine etla Fédération nationale des syndicats des pharmaciens ont saisi le ministère de la Santé à ce sujet, et ce à travers la Direction de la pharmacie et du médicament (DMP).

Bientôt une circulaire interdisant la vente de médicaments en ligne

Afin de lutter contre ce fléau, un projet de circulaire interdisant la vente de médicaments en ligne, et dont l’élaboration a été enclenchée depuis l’ère Mohamed Abdennabaoui, ancien chef du ministère public, verra bientôt le jour. Selon le site d’information Al Omq, cette circulaire sera adressée aux procureurs du Royaume concernant le circuit illicite de vente de médicaments et de produits de santé, définis par la loi 17-04. Cette missive, fruit de plusieurs réunions entre la DMP, les représentations des officines et la tutelle, vient rappeler qu’en vertu de l’article 30 de ladite législationseuls les pharmaciens d’officine sont habilités à vendre «des médicaments, des objets de pansement, des produits et articles à usage médical figurant à la pharmacopée, des produits et articles à usage médical présentés sous une forme stérile, des laits ainsi que des aliments lactés diététiques pour nourrissons et des aliments de régime destinés aux enfants de premier âge».

De plus, le Conseil régional des pharmaciens d’officine du sud prévient que «la majorité des médicaments en vente sur internet sont des médicaments contrefaits». Selonl’analyste des marchés pharmaceutiques Abdelmajid Belaiche, cette commercialisation illégale de produits contrefaits ou de contrebande ne passe pas par le système des canaux pharmaceutiques agréés, et n’est pas ainsi soumise à un contrôle de sécurité sanitaire. Un contrôle nécessaire pour garantir la qualité des médicaments et pour protéger les patients, qui ne les achète qu’après avoir reçu une prescription médicale et avoir subiplusieurs tests et analyses. Belaiche déplore en plus que cette vente en ligne, en particulier sur les réseaux sociaux, soulève de nombreux problèmes, notammentle manque de traçabilité des médicaments et de leur innocuité.Ainsi, souligne-t-il, «si le consommateur de médicaments acquis par cette voie aléatoire affiche des symptômes ou des effets secondaires dangereux, la détermination de la responsabilité de la détérioration de son état de santé sera très compliquée».

Une pharmacie est bienplus qu’un simple commerce. Pour les défenseurs de la profession, le pharmacien assure la dispensation des médicaments mais aussi des conseils associés.Les réactions ne sont bien évidemment pas unanimes devant le phénomène de la vente en ligne. D’autres personnes y voient un rapprochement des médicaments aux citoyens et un accès plus simple conforme aux nouvelles habitudes de consommation.

Le fléau des publicités illégales de médicaments sur les réseaux sociaux

Outre la vente non contrôlée de médicaments en ligne, la publicité de ces derniers sur internet, en particulier sur les réseaux sociaux, devient également de plus en plus répandue. Là encore, ces publicités faites par des influenceurs qui n’ont aucune formation médicale menacent d’induire le public en erreur et de l’exposer à de graves risques sanitaires. En effet, les pharmaciens condamnent vivement cette pratique et pointent du doigt certains de leurs confrères qui s’y adonnent, et qui ont même autorisé certains influenceurs à filer des vidéos à l’intérieur de leurs officines. Le Conseil régional des pharmaciens d’officine du sud a interpelé à deux reprises le ministère public à ce sujet, et ce en février et en mars 2021, réclamant la nécessité de l’ouverture d’enquête judiciaire urgente. Selon le Conseil, certaines de ces vidéos vantent les vertus fictives de certains médicaments, invitant les gens à les utiliser pour d’autres symptômes que ceux pour lesquels ils doivent être prescrits.

Ce dossier épineux a été transféré par le président du ministère public au procureur, et les représentations des pharmaciens le suivent de très près. Ces dernières précisent la publicité des médicaments fait l’objet d’une réglementation très stricte, conformément la Section IV de la loi 17-04. L’article 41 de ce texte de loi stipule que «la publicité, auprès du public, pour un médicament n’est admise qu’à la condition que ce médicament ne soit pas soumis à prescription médicale, qu’il ne soit pas remboursable, par les régimes d’assurance maladie ou que l’autorisation de mise sur le marché ne comporte pas de restrictions, en matière de publicité, auprès du public, en raison d’un risque possible pour la santé publique». Par ailleurs, seuls les vaccins et les médicaments liés à la planification familiale ou à la lutte contre le tabagisme peuvent faire l’objet de campagnes publicitaires et s’adresser directement au public.

Enfin, pour le moment, tant qu’il n’y a pas de solution concrète pour le contrôle de la vente en ligne de médicaments ni de moyens d’endiguer les publicités illégales des produits pharmaceutiques sur les réseaux sociaux, les utilisateurs d’internet devront faire preuve de méfiance pour éviter d’acheter des produits qui pourraient être nocifs pour leurs santés.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Vidéo – Retour à l’heure GMT : une pétition citoyenne transitionne vers un cadre légal

Société - Une initiative citoyenne franchit un cap légal : après plus de 300.000 signatures en ligne, une pétition pour le retour à l’heure GMT transitionne du digitale vers un cadre institutionnel.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Le ministère de la Justice alerte sur un faux site de paiement d’amendes

Société - Alerte sur une escroquerie en ligne ciblant le paiement des amendes routières. Un faux site imitant le portail officiel circule via SMS pour piéger les citoyens et récupérer leurs données personnelles et bancaires. Vigilance recommandée.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Vidéo-Droits d’auteur : la reprographie au cœur du soutien à la presse

Société-Dans un environnement médiatique marqué par une diffusion accrue, la protection des droits d’auteur apparaît comme un enjeu central.

Ayoub Jouadi - 3 avril 2026
Médecine de précision : un hub stratégique inauguré à Rabat

Société - Un centre dédié à la médecine de précision voit le jour à Rabat, intégrant génomique et bioinformatique pour améliorer le diagnostic et les traitements. Ce hub ambitionne de transformer les soins et de renforcer la recherche médicale au Maroc.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Casablanca : la police dément une rumeur sur des vols ciblés

Société - Un enregistrement viral évoquant des agressions ciblées à Casablanca est formellement contesté par la police. Aucune plainte ni réseau criminel lié à des livreurs n’a été identifié. Une enquête est en cours pour retrouver les auteurs de cette désinformation.

Ilyasse Rhamir - 2 avril 2026
Incendie sur le chantier du Morocco Mall à Marrakech

Société - Un incendie s’est déclenché jeudi après-midi sur le chantier du Morocco Mall à Marrakech, entraînant une mobilisation rapide des secours. Le sinistre a causé des dégâts matériels sans faire de victimes, tandis qu’une enquête est en cours.

Ilyasse Rhamir - 2 avril 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire