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Hajja El Hamdaouia : l'histoire d'une femme exceptionnelle

Une voix reconnaissable entre toutes, la chanteuse Hajja El Hamdaouia s’est éteinte à l’âge 91 ans. Avec une centaine de titres à son actif, elle demeure sans aucun doute la chanteuse de Marsaoui la plus prolifique de ce genre musical populaire au Maghreb. Star dès les années 50, grande vedette pendant les années 60 et 70, pauvre dans les années 80 et 90, puis réhabilitée dans les années 2000, elle était également une combattante anti-coloniale. Lebrief rend hommage à cette véritable patriote, dont la musique et la personnalité artistique ont touché plusieurs générations.

Par Khansaa Bahra, Publié le 08/04/2021, mis à jour le 08/04/2021          Temps de lecture 5 min.
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Hajja Hamdaouia, l'icône de la chanson populaire marocaine, sur la scène du Festival des musiques andalouses à Essaouira, en 2018 © capture d'ecran/Festival Essaouira

La chanteuse emblématique Hajja El Hamdaouia s’est éteinte à l’âge de 91 ans. L’artiste souffrait de complications de santé qui ont nécessité son transfert à l’hôpital pour une surveillance médicale. À l’annonce de sa disparition, les internautes ont exprimé leur tristesse sur les réseaux sociaux. Bouleversés par la nouvelle, nombreux sont les chanteurs marocains qui ont présenté leurs condoléances à la famille et aux proches de l'artiste, tenant à saluer son parcours unique. Le roi Mohammed VI a également exprimé ces sincères condoléances, rendant hommage à cette «pionnière, celle qui a consacré sa vie au service de ce genre musical populaire ancestral qu’elle a consolidé au fil des décennies en tant que composante du patrimoine culturel national grâce à son excellente performance». Soulignant avoir reçu la nouvelle de son décès «avec une profonde émotion et tristesse», le Souverain a loué notamment son rôle dans la lutte contre le colonialisme.

Lire aussi : Hajja El Hamdaouia tire sa révérence

Une femme exceptionnelle, une vie extraordinaire

Née en 1930 à Casablanca, cette star du chaâbi marocain a marqué plusieurs générations. Aujourd’hui encore, ses célèbres chansons sont reprises par de multiples artistes. Douée pour le chant, elle commence sa carrière dans les années 1950, en interprétant le chant de la Aïta Marsaouiya, un appel de ralliement en rapport avec les pleurs et les joies, en référence à la marsa (le port). Ce style qui reflète une poésie digne de ce nom étant associé au divertissement et jugé parfois amoral, Hajja El Hamdaouia devrait défier son père pour pouvoir en faire son métier. Avant-gardiste et féministe, cette véritable icône populaire a su moderniser la musique chaâbi. Elle devient l’une des premières femmes marocaines à jouer au théâtre du Royaume.

En 1959, elle chante devant un véritable orchestre. Et grâce à ses chansons mêlant des mélodies enjouées avec des paroles percutantes, elle gagne en notoriété. Ce fut sa période de gloire. La télévision marocaine couvre ses débuts et participera à ce succès national. Elle a traité de nombreux sujets à travers son art, tout en exprimant sa féminité et en parlant ouvertement d’amour. Daba Yji, Jiti majiti, Dada ou hiyani et Hna mada bina sont ses titres les plus célèbres. Avec ses compositions et ses interprétations, elle s’impose sur la scène marocaine.

 

Une combattante anti-coloniale

Non seulement elle était une chanteuse unique, mais Hajja El Hamdaouia, ayant connu les trois rois, était aussi une femme d’action, engagée sur la scène politique. Durant la colonisation, elle profitera de sa célébrité pour engager des actions contre l’occupation française. La chanteuse raconte qu’elle traversait les villes, des armes cachées sous ses caftans. Après avoir interprété une chanson politique contre les Français, elle passe quelques jours en prison. En 1953 elle compose son premier tube Wailli a chibani, dénonçant la déposition du sultan Mohammed V et caricaturant Ben Arafa. Ce geste «spontané», comme elle le qualifiait elle-même, lui vaudra quelques années d’exil dans son propre pays, avant de s’exiler en France. Ceci lui permet de devenir populaire auprès de la diaspora algérienne.

 

Une résurrection, puis un retrait

Au cours des années 1980, la chanteuse tombe dans l’oubli au point de se retrouver à vivre dans une modeste chambre de bonne à Paris. Toutefois, la lumière reviendra sur elle dans les années 2000. Après le retour du roi Mohammed VI, elle regagne son pays, se refait un nom et arpente de nouveau les scènes à travers le Maroc. En 2013, elle se voit décorée du Wissam Al-Moukafa Al-watania (ordre du mérite national) par le roi Mohammed VI. En 2017, pour sa 11e édition, le festival international du Raï d’Oujda la met à l’honneur. L’année suivante, elle partage la scène de la 15e édition du festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira avec Raymonde El Bidaouia.

 

Souffrant d’un cancer, elle se retire de la scène artistique. Lors d’une conférence de presse, la diva avait lancé : «je suis fatiguée, je n’en peux plus (...) J’ai suffisamment donné à la scène musicale marocaine. Il est temps pour moi de me retirer. Je ne veux pas qu’on me voie tomber sur scène avec mon bendir, je tiens à ma dignité», explique-t-elle. Mettant ainsi fin à une longue carrière de 70 ans, elle décide de léguer son répertoire à la jeune chanteuse marocaine Xena Aouita, fille de Saïd Aouita. «Mon patrimoine est ainsi entre les bonnes mains d’une jeune qui a à peine 20 ans et qui m’aime depuis son très jeune âge. J’ai donc décidé de lui offrir mes chansons», avait expliqué Hajja El Hamdaouia devant les journalistes.

 

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