USA – Venezuela : les coulisses d’une crise alimentée par la drogue et l’immigration
Le président vénézuélien Nicolas Maduro et le président américain Donald Trump © DR
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Par définition, l’ingérence désigne l’intervention d’un pays dans la politique d’un autre État. En droit international, cette notion est encadrée par un ensemble de règles issues de la Charte des Nations Unies. La souveraineté des États et le principe de non-intervention constituent le fondement de ces règles, notamment l’article 2, paragraphe 1, qui proclame l’égalité souveraine des États, et l’article 2, paragraphe 7, qui interdit toute ingérence des Nations Unies, et plus particulièrement des États, dans les affaires relevant essentiellement de la compétence nationale d’un État.
S’y ajoute l’article 2, paragraphe 4, qui prohibe explicitement le recours à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un État. Ces dispositions forment le socle juridique de l’interdiction de l’ingérence coercitive unilatérale. Toutefois, comme le souligne l’expert en géopolitique Cherkaoui Roudani, la Charte prévoit également des exceptions strictement encadrées : une intervention peut être considérée comme légitime lorsqu’elle remplit trois critères précis.
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D’abord, une intervention peut être autorisée par le Conseil de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte, notamment lorsqu’il constate une menace contre la paix, une rupture de la paix ou un acte d’agression. Elle peut également reposer sur une demande formelle ou le consentement de l’État concerné, « ce qui exclut par définition la qualification d’ingérence », ou, plus marginalement et dans un cadre encore débattu, sur la doctrine de la Responsabilité de protéger (R2P).
Ce principe a été consacré politiquement lors du Sommet mondial de 2005 et rappelé dans plusieurs résolutions du Conseil de sécurité, notamment lorsque des crimes de masse — tels que génocide, crimes contre l’humanité ou crimes de guerre — sont établis et que l’inaction ferait peser un risque majeur sur les populations civiles.
À l’inverse, « une intervention devient illégitime lorsqu’elle est unilatérale, non autorisée par le Conseil de sécurité et qu’elle vise à imposer par la contrainte un changement politique, institutionnel ou sécuritaire », précise l’expert. De nombreuses résolutions du Conseil de sécurité, ainsi que la pratique constante de l’Assemblée générale — notamment la résolution 2625 sur les principes du droit international — rappellent que la non-intervention demeure un pilier intangible de l’ordre international.
Un seul droit face à plusieurs interprétations
« Si le cadre juridique de l’ingérence est formellement défini par la Charte des Nations Unies, son interprétation concrète est largement façonnée par la pratique des grandes puissances », indique Roudani, ajoutant qu’elles disposent d’une capacité déterminante à influencer l’application des normes, non seulement grâce à leur poids politique et militaire, mais aussi par leur position institutionnelle, notamment au sein du Conseil de sécurité.
Dans les faits, le droit international évolue autant par les textes que par les précédents créés par l’action des États dominants, surtout lorsque ces actions ne font l’objet ni de sanctions effectives ni de condamnations contraignantes, écrit-il. Ainsi, « le recours sélectif au veto, l’interprétation extensive des mandats onusiens ou encore la tolérance tacite de certaines pratiques contribuent à redéfinir, de manière pragmatique, les frontières entre intervention légitime et violation du droit ».
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Dans ce sens, cette dynamique crée une asymétrie normative : des interventions similaires peuvent être jugées légitimes ou illégitimes selon l’acteur, le théâtre concerné ou l’impact perçu sur les équilibres stratégiques globaux, juge Cherkaoui Roudani. Le Conseil de sécurité devient alors moins un arbitre impartial qu’un espace de négociation entre puissances, où la légitimité juridique se construit par compromis politique.
« Nous assistons ainsi à une transformation silencieuse du système international : le passage d’un droit international fondé sur l’universalité des règles à un droit international de gestion différenciée, dans lequel la norme ne disparaît pas, mais s’adapte aux rapports de force. Ce glissement ne signifie pas la fin du droit international, mais il en fragilise la cohérence et renforce l’écart entre la légalité formelle et la légitimité politique telle qu’elle est perçue et exercée par les grandes puissances », continue-t-il.
Une situation qui résulte d’une profonde crise sociale
Dans sa lecture de la situation au Venezuela, Roudani se concentre sur la montée en puissance de l’exécutif, l’affaiblissement des contre‑pouvoirs institutionnels, la dégradation de l’État de droit et la politisation des forces de sécurité, des évolutions qui ont progressivement transformé une crise politique nationale en facteur de déséquilibre régional. Cette dynamique a contribué à l’effondrement économique et social du pays, avec des répercussions directes au‑delà de ses frontières.
Parmi ces répercussions, on compte tout d’abord la crise migratoire massive, l’une des plus importantes de l’histoire contemporaine de l’Amérique latine. Des millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, alimentant des flux migratoires irréguliers vers les États voisins et, indirectement, vers l’Amérique du Nord. Cette immigration non maîtrisée a été perçue par Washington à la fois comme une tragédie humanitaire et comme un défi sécuritaire, sanitaire et socio‑économique pour la région.
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S’y ajoutent des préoccupations croissantes liées à la criminalité transnationale. Plusieurs rapports internationaux et régionaux ont souligné l’affaiblissement du contrôle étatique sur certaines zones du territoire vénézuélien, favorisant l’implantation de réseaux criminels impliqués dans le trafic de stupéfiants, la contrebande, le blanchiment d’argent et, plus largement, l’économie illicite. Ces dynamiques alimentent la perception d’un risque de sanctuarisation criminelle, avec des effets de débordement vers les pays voisins et les routes transcontinentales de la drogue.
Dans ce contexte, l’objectif de Washington n’était pas nécessairement l’escalade militaire ni la remise en cause frontale de la souveraineté vénézuélienne, mais l’envoi d’un signal stratégique dissuasif, destiné à contenir des dérives jugées préoccupantes pour la stabilité régionale. Cette approche privilégie des moyens indirects, notamment des sanctions ciblées, des pressions diplomatiques et des actions de dissuasion discrètes, situées dans les zones grises du droit international, perçues comme des alternatives à une confrontation ouverte.
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