Sommet mondial de l’IA : rejet, adoption, quelle carte pour le Maroc ?

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Sommet mondial de l’IA : rejet, adoption, quelle carte pour le Maroc ?La ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, a exposé une vision marocaine, à New Delhi, lors du Sommet mondial de l'IA, le 21 février 2026 © DR

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Réunis à New Delhi, plus de 100 Etats ont plaidé pour une intelligence artificielle « sûre, digne de confiance et robuste ». Pourtant les divergences persistent, notamment sur l’idée d’une gouvernance mondiale, rejetée par les Etats-Unis. Pour un pays comme le Maroc, ce nouveau paysage ouvre autant de défis que d’opportunités.

Le Sommet mondial de l’IA (AI Impact Summit), organisé à New Delhi sous l’impulsion du premier ministre indien Narendra Modi, a rassemblé chefs d’Etat, ministres, experts et dirigeants technologiques autour d’un objectif commun : encadrer l’essor rapide de l’intelligence artificielle.

La déclaration finale met en avant une IA « sûre, digne de confiance et robuste », au service du bien-être collectif. Les pays participants ont insisté sur plusieurs principes : protection des droits humains, transparence des algorithmes, gouvernance responsable des données, réduction des biais, sécurité des systèmes et partage équitable des bénéfices de l’innovation.

Lire aussi : EXCLU – Interview : IA, wallets numériques, emplois… la vision cash d’Amal El Fallah Seghrouchni

Dans un contexte de course technologique mondiale, l’idée est d’éviter une IA génératrice d’inégalités accrues ou d’instabilités économiques et sociales. Le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a d’ailleurs rappelé la nécessité d’une coopération internationale pour prévenir les usages abusifs et garantir que l’IA reste un outil au service de l’humanité.

Mais derrière cette convergence sur les principes, une ligne de fracture demeure : celle de la gouvernance mondiale. Les Etats-Unis ont exprimé leur hostilité à la mise en place d’une autorité globale contraignante, estimant qu’une régulation internationale trop centralisée pourrait freiner l’innovation et nuire à la compétitivité. Washington privilégie une approche flexible, fondée sur des cadres nationaux et des alliances volontaires plutôt qu’un organe supranational.

Le Maroc défend une « troisième voie »

Présente à New Delhi, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, a exposé une vision marocaine structurée autour de la souveraineté technologique, de l’inclusion et de la coopération Sud-Sud.

A travers l’initiative « AI Made in Morocco », le Royaume ambitionne de ne pas rester simple consommateur de technologies importées, mais de devenir producteur de solutions adaptées à ses priorités : santé, éducation, agriculture, gestion de l’eau, services publics.

Cette stratégie repose sur trois piliers :

  • souveraineté et confiance (cadre national pour une IA responsable, infrastructures cloud et de calcul souveraines),
  • innovation et compétitivité (R&D, communs numériques, solutions locales),
  • adoption et impact (déploiement concret dans les secteurs clefs).

Le Maroc figure parmi les premiers signataires de la Recommandation sur l’éthique de l’IA adoptée par l’UNESCO en 2021 et a participé à l’exercice d’évaluation de préparation (« Readiness Assessment »). Sur le plan interne, le projet de loi « Digital X.0 » entend intégrer les principes de « privacy by design » et « security by design ».

En filigrane, Rabat cherche à tracer une « troisième voie » : ni dérégulation totale, ni hyper-centralisation mondiale, mais un cadre national solide articulé à une coopération internationale inclusive.

En se positionnant tôt sur l’éthique et la responsabilité, le Maroc peut capitaliser sur une image de hub régional fiable, à la croisée de l’Afrique, du monde arabe et de l’Europe. La progression du Royaume dans le Government AI Readiness Index 2025 illustre cette dynamique.

Eviter une IA à deux vitesses

Le refus d’une gouvernance mondiale forte signifie que les Etats doivent renforcer leurs propres capacités. Pour le Maroc, l’enjeu est d’éviter une dépendance excessive aux grandes plateformes étrangères en matière de cloud, de calcul intensif ou de modèles d’IA.

Investir dans les infrastructures souveraines, former des talents (22.500 diplômés visés par an d’ici 2027), financer la recherche doctorale et soutenir les start-up locales sont autant de leviers pour consolider cette autonomie stratégique.

La fragmentation du paysage réglementaire mondial peut aussi jouer en faveur des pays capables d’offrir stabilité et ouverture. Dans un contexte où les entreprises cherchent des bases régionales pour se développer en Afrique, le Maroc peut se positionner comme plateforme d’expérimentation et de déploiement de solutions IA à fort impact.

La coopération Sud-Sud, mise en avant à New Delhi, ainsi que des initiatives comme « Digital for Sustainable Development » en partenariat avec le PNUD, renforcent cette ambition de hub régional.

Quelle voix pour le Maroc dans les forums internationaux ?

A l’ONU, le Maroc défend une approche centrée sur les droits humains, la réduction des inégalités et l’inclusion numérique. Dans le débat mondial sur l’IA, cette position peut devenir un marqueur diplomatique fort.

Plutôt que de choisir entre un modèle ultralibéral et une gouvernance centralisée rigide, Rabat peut plaider pour des principes universels (éthique, transparence, équité) tout en défendant la diversité des trajectoires nationales.

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