Six années consécutives de sécheresse, un problème «structurel» pour le Royaume

Avatar de Atika Ratim

Temps de lecture :

Six années consécutives de sécheresse, un problème «structurel» pour le RoyaumeImage d’illustration. © DR

A
A
A
A
A

Invité aux rencontres «Carte blanche», à l’initiative du Club des journalistes accrédités au Maroc (CJAM), le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Ahmed Reda Chami, a alerté que la raréfaction de l’eau au Maroc est inévitable. Et les citoyens n’en sont pas encore conscients. Cette sixième année consécutive de sécheresse inquiète déjà les agriculteurs. Pour Chami, ce «problème structurel exige une solution structurelle».

Le Maroc est entré, désormais, dans une situation de stress hydrique structurel. C’est le constat, pour le moins alarmant, établi par le président du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Pour dresser ce tableau, Ahmed Reda Chami s’est basé sur les résultats d’une étude parue dans la revue «Nature» dans laquelle des chercheurs australiens ont affirmé que le Maroc figure parmi cinq pays au monde qui seront touchés par le phénomène de raréfaction des précipitations de manière forte et mesurable durant les 50 prochaines années.

Lire aussi : Plan d’urgence hydrique : une nouvelle stratégie dévoilée

«Les Marocains ne sont, peut-être, pas encore conscients que l’eau va devenir une denrée rare», a averti Ahmed Réda Chami, appelant à changer les habitudes de consommation de cette ressource vitale. Devant le Club des journalistes accrédités au Maroc (CJAM), le président du CESE a alerté, mercredi à Rabat, que le pays connaitra de moins en moins de précipitations, précisant que «ce problème structurel exige une réponse structurelle».

Sixième année de sécheresse

Le royaume enregistre depuis début janvier une pluviométrie en baisse de 44% par rapport à début 2023, avec en parallèle une hausse moyenne des températures de 1,8 degré par rapport à la période de 1981-2010, a récemment indiqué le ministre de l’Eau, Nizar Baraka. La politique des barrages a été une décision visionnaire de feu le roi Hassan II, a rappelé le président du Conseil. Et de préciser que cette politique se poursuit toujours, notamment avec la construction de petits barrages collinaires, et que d’autres solutions sont également mises en place, notamment le dessalement de l’eau de mer.

Lire aussi : Changement climatique : les criquets pèlerins, une menace pour le Maroc

Mais les barrages sont remplis à seulement 23%, contre environ 32% l’année dernière, et face aux risques de pénurie, les autorités marocaines ont restreint ces dernières semaines l’ouverture des hammams et des stations de lavage automobile dans plusieurs villes, ou interdit l’arrosage des golfs et jardins à l’eau potable. Les besoins nationaux sont estimés à plus de 16 milliards de m³ d’eau, dont 87% pour le secteur agricole, mais ce dernier n’a disposé que de cinq milliards ces cinq dernières années, selon Nizar Baraka.

Le secteur agricole, première victime

L’agriculture représente une part importante de la consommation d’eau au Maroc. L’irrigation agricole, en particulier dans les régions où les cultures nécessitent des quantités importantes d’eau, contribue à la pression sur les ressources hydriques. De plus, les conditions climatiques changeantes affectent négativement ce secteur qui représente 19% du PIB national. Tout ceci entraine une baisse des rendements agricoles, des récoltes de moindre qualité et une augmentation des coûts de production en raison de la nécessité de pomper les puits plus profondément.

Cette année «la récolte est déjà perdue», déplore un agriculteur. Ce dernier a très peu d’espoir de sauver sa production de blé cette année, en raison de la rareté des pluies qui précipite le Maroc dans sa sixième année consécutive de sécheresse. Les agriculteurs, qui redoutaient ce nouvel épisode, avaient déjà diminué la superficie semée en céréales en novembre (2,3 millions d’hectares emblavés contre quatre à cinq millions d’hectares en moyenne les années précédentes), explique à l’AFP l’agronome Abderrahim Handouf.

Lire aussi : Crise hydrique : mobilisation nationale pour préserver l’eau

D’après l’agronome, cette situation aura un «impact grave sur l’économie», dans un pays où l’agriculture emploie un tiers de la population et représente 14% des exportations, plus rémunératrices que le marché local. Plus que cela, le Rapport sur le climat et le développement national (CCDR), publié par la Banque mondiale, montre également son inquiétude quant au développement socio-économique futur du pays. Étant donné que l’agriculture pluviale représente encore 80% de la superficie cultivée du pays, employant la majorité de la main-d’œuvre agricole, les changements induits par le climat dans l’agriculture pluviale pourraient conduire à la migration de plus ou moins de 1,9 million de Marocains vers les zones urbaines d’ici 2050.

JEUX Nouveau
🎯 Mot du Jour chargement...

Devine le mot français du jour et apprends son équivalent en Darija 🇲🇦

Appuie sur Entrée pour jouer avec ton essai déjà rempli !

Dernier articles
Les articles les plus lu
LGV Kénitra-Marrakech : mise en service prévue en 2029

Économie - Le ministre du Transport, Abdessamad Kayouh, a annoncé que la LGV Kénitra-Marrakech, longue de 430 kilomètres, sera livrée en septembre 2029.

El Mehdi El Azhary - 25 mai 2026
Nador West Med : une deuxième ligne THT pour sécuriser l’alimentation électrique

Économie - Une nouvelle ligne très haute tension vient renforcer l’alimentation électrique de Nador West Med.

Ilyasse Rhamir - 25 mai 2026
Secteur foncier : la protection des données au cœur d’un nouveau partenariat

Économie - L’ANCFCC et la CNDP ont signé, le 25 mai 2026 à Rabat, une convention de coopération visant à renforcer la protection des données personnelles dans le secteur foncier.

El Mehdi El Azhary - 25 mai 2026
Immobilier de luxe : Marrakech attire une nouvelle clientèle internationale

Économie - Marché immobilier haut de gamme en plein essor à Marrakech, avec des prix en hausse et une demande internationale croissante.

Ilyasse Rhamir - 25 mai 2026
Morocco gaming expo 2026 : quand le Maroc fait le pari du jeu vidéo

Économie - Le Morocco gaming expo 2026 a confirmé l’essor du gaming au Maroc, présenté comme un levier de création d’emplois, d’innovation et de rayonnement culturel.

El Mehdi El Azhary - 25 mai 2026
Aïd Al Adha : la réalité du marché loin de l’utopie politique

À l'approche de Aïd Al Adha, le marché du bétail reste toujours sous pression malgré l'intervention de l'État.

Mouna Aghlal - 25 mai 2026
Voir plus
Le Made in Morocco est-il en danger ?

Entre importations massives et produits locaux mal protégés, le Made in Morocco se retrouve au cœur d’un étrange paradoxe.

Sabrina El Faiz - 14 mars 2026
Viandes, poissons : la danse des prix ramadanesques

Consommation - Si les fruits et légumes nous mettent déjà la tête à l’envers, les viandes et poissons ne sont pas en reste !

Sabrina El Faiz - 7 mars 2026
Indemnités CNSS 2025 : nouveaux plafonds et conditions d’exonération

Économie - Un arrêté du 19 mai 2025 redéfinit les règles d’exonération des indemnités liées au transport, à la représentation ou aux aides sociales. La CNSS est désormais dotée d’un cadre harmonisé avec la fiscalité, garantissant plus de clarté pour les employeurs.

Ilyasse Rhamir - 20 octobre 2025
Pilotage énergétique : pourquoi la data est un levier de compétitivité pour les entreprises ?

Économie – Si on réussit, l’impact est double : compétitivité économique et contribution aux objectifs de transition énergétique du Royaume.

Rédaction LeBrief - 13 mars 2026
Ramadan 1447 : la grande bataille des dattes

Consommation-Production locale, importations, prix, qualité, enquête sur le marché ramadanesque des dattes au Maroc.

Sabrina El Faiz - 21 février 2026
Crise au Moyen-Orient : vers une hausse de la facture d’électricité au Maroc ?

Économie - Fortement dépendant des importations et du charbon pour produire son électricité, le Maroc pourrait voir sa facture énergétique augmenter si la crise perdure au Moyen-Orient.

El Mehdi El Azhary - 11 mars 2026
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire