Science Week 2026 : climat, santé et équité, vers une approche convergente pour un avenir durable
Dr Victor Dzau, président de l’US National Academy of Medicine, lors de son intervention au premier jour de la science week 2026, le 30 mars 2026, UM6P Benguerir © LeBrief
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Le Dr Dzau, médecin-scientifique et leader politique, a rappelé que la santé ne se limite pas aux soins médicaux. Elle est influencée par une multitude de facteurs : environnementaux, sociaux, comportementaux et économiques. Selon les données qu’il a partagées, seulement 10% à 15% des résultats en matière de santé dépendent directement des soins médicaux.
Le reste est lié à des déterminants plus larges, comme la qualité de l’air, l’accès à une alimentation saine, les conditions de vie et les inégalités sociales. Dans ce contexte, le changement climatique émerge comme l’un des plus grands défis sanitaires de notre époque, exacerbant les inégalités et menaçant les populations les plus vulnérables.
Le changement climatique : une menace multidimensionnelle pour la santé
Le Dr Dzau a souligné que le changement climatique n’est pas seulement une question environnementale, mais une crise sanitaire mondiale. Les preuves sont accablantes : les températures extrêmes, les catastrophes naturelles et la pollution de l’air ont des conséquences directes sur la santé humaine. Les vagues de chaleur, par exemple, causent des milliers de décès chaque année, en particulier dans les zones urbaines où les îlots de chaleur amplifient les risques.
La pollution atmosphérique, responsable de 5 millions de décès annuels, aggrave les maladies respiratoires et cardiovasculaires, tandis que la hausse des températures favorise la propagation de maladies vectorielles comme la dengue ou le paludisme, entraînant près de 700.000 décès par an.
Les catastrophes naturelles, telles que les inondations, les ouragans et les sécheresses, déplacent des millions de personnes et détruisent les infrastructures sanitaires, laissant les populations sans accès aux soins essentiels.
Le Dr Dzau a illustré son propos en citant des données spécifiques au Maroc, où les effets du changement climatique se font déjà sentir de manière aiguë. Entre 1971 et 2020, la température moyenne au Maroc a augmenté de 40,43% par décennie, un chiffre alarmant qui reflète une tendance au réchauffement accéléré.
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La température minimale nocturne a, quant à elle, augmenté de 29,39% par décennie, tandis que la température maximale diurne a atteint 25,26 °C. Ces changements ont des répercussions directes sur la vie quotidienne des Marocains, notamment sur l’agriculture, les ressources en eau et la santé publique.
Les prévisions pour les décennies à venir sont tout aussi préoccupantes. D’ici 2040, les précipitations pourraient augmenter de 15% à 20%, mais cette hausse s’accompagnerait d’une désertification accrue, avec des tempêtes de sable et de poussière plus fréquentes.
Ces phénomènes aggravent les conditions de vie, en particulier dans les régions arides et semi-arides, où les populations dépendent fortement de l’agriculture et de l’élevage. De plus, les événements météorologiques extrêmes, comme les inondations et les glissements de terrain, devraient devenir plus fréquents, augmentant les risques pour les communautés locales.
Un autre défi majeur pour le Maroc est l’élévation du niveau de la mer, qui pourrait atteindre 0,21 mètre d’ici 2050 et 0,68 mètre en 2100. Cette montée des eaux menace les zones côtières, où une grande partie de la population marocaine est concentrée, ainsi que les infrastructures critiques, comme les ports et les villes côtières.
La convergence des disciplines : une solution incontournable
Pour le Dr Dzau, la réponse à ces défis réside dans la convergence des disciplines. Contrairement à une simple collaboration, la convergence implique une intégration profonde des connaissances, des outils et des méthodes pour créer des solutions holistiques. Il a cité plusieurs exemples marquants dans le domaine biomédical pour illustrer ce concept.
L’édition génétique, grâce à la technologie CRISPR-Cas9, est le fruit d’une convergence entre la biologie moléculaire et l’informatique. Les interfaces cerveau-machine, qui permettent de restaurer la mobilité des patients paralysés, résultent de l’alliance entre les neurosciences, l’ingénierie et l’intelligence artificielle. Enfin, l’impression 3D d’organes, une avancée révolutionnaire, repose sur la combinaison de la biologie cellulaire, de la science des matériaux et de la modélisation informatique.
Ces exemples montrent comment la convergence peut transformer des défis apparemment insurmontables en opportunités de progrès. Pour le Dr Dzau, cette approche est tout aussi cruciale pour lutter contre le changement climatique.
Il a évoqué plusieurs applications concrètes, comme les prévisions climatiques, qui intègrent désormais des modèles physiques, biologiques et géochimiques pour anticiper les catastrophes naturelles. Dans le domaine de l’agriculture, la convergence entre l’agronomie, la génétique et la data science permet de développer des cultures résistantes à la sécheresse, essentielles pour assurer la sécurité alimentaire dans un climat en mutation.
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Les villes intelligentes, équipées de capteurs et d’algorithmes d’intelligence artificielle, peuvent surveiller la qualité de l’air et protéger les travailleurs exposés à des températures extrêmes. Enfin, l’économie circulaire, qui vise à réduire les déchets et les émissions, repose sur une refonte des systèmes de santé et industriels, combinant science des matériaux, ingénierie et sciences sociales.
Un appel à l’action : politiques et responsabilités
Le Dr Dzau a lancé un appel vibrant aux gouvernements et aux décideurs politiques pour qu’ils s’appuient sur des preuves scientifiques convergentes afin d’élaborer des politiques publiques efficaces.
Il a souligné la nécessité de financer la recherche interdisciplinaire, en associant climatologues, épidémiologistes et économistes, et d’investir dans des infrastructures résilientes, comme les systèmes d’alerte précoce pour les vagues de chaleur. Il a également insisté sur l’importance de promouvoir l’équité, en veillant à ce que les solutions profitent aux populations les plus vulnérables.
Pour le Dr Dzau, les pays industrialisés, principaux émetteurs historiques de CO₂, ont une responsabilité particulière. Ils doivent soutenir financièrement les pays en développement, par exemple en contribuant à des fonds dédiés à l’adaptation climatique, et partager leurs technologies, comme les énergies renouvelables. Ils doivent également réduire leurs propres émissions pour limiter l’impact global du changement climatique.
Le Dr Dzau a reconnu que le gouvernement marocain est conscient de ces enjeux et qu’il a déjà entrepris des actions pour y faire face. Cependant, il a souligné l’importance d’adopter une approche convergente, intégrant les sciences, les politiques publiques et les communautés locales, pour trouver des solutions durables. Le Maroc, avec ses défis spécifiques liés à la désertification, à la gestion de l’eau et à la sécurité alimentaire, peut devenir un modèle en matière d’innovation et de résilience climatique.
Comme l’a résumé le Dr Dzau : « Notre survie dépend de notre capacité à travailler ensemble, au-delà des frontières et des disciplines. C’est un impératif moral et scientifique ». Son message est clair : face à l’urgence climatique, l’humanité doit unir ses forces et ses savoirs pour construire un avenir où santé, équité et durabilité ne font qu’un. Le Maroc, avec ses défis et ses opportunités, a un rôle crucial à jouer dans cette dynamique mondiale.
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