Sardines marocaines : l’alerte sanitaire de Bruxelles ravive la question du lobbying

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Interdiction temporaire d’exporter la sardine : le gouvernement précise sa stratégieSardines © DR

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Une alerte sanitaire européenne sur des sardines marocaines ravive un vieux contentieux commercial entre Rabat et Bruxelles. Derrière l’incident, le poids des lobbies agricoles européens et la concurrence accrue des produits marocains sur le marché communautaire refont surface.

L’alerte diffusée le 31 mars par le système européen RASFF au sujet de filets de sardines congelés en provenance du Maroc, via l’Espagne, n’est pas une affaire anecdotique. Le signalement porte sur des niveaux d’histamine dépassant les seuils légaux, avec une distribution qui a concerné plusieurs pays de l’Union, dont la France et la Grèce.

Sur le plan sanitaire, Bruxelles a enclenché la procédure prévue pour les produits alimentaires à risque. Sur le plan politique, l’épisode s’ajoute à une série de tensions récurrentes autour des exportations marocaines vers le marché européen.

Il faut cependant poser d’emblée une distinction essentielle : une alerte RASFF n’est pas, en soi, la preuve d’une manœuvre politique. Elle relèverait d’un mécanisme de sécurité sanitaire et viserait à protéger le consommateur. Mais cette affaire tombe dans un climat déjà chargé, où les produits marocains sont régulièrement placés au centre de campagnes de pression menées par des organisations agricoles européennes, surtout en Espagne, et relayées dans le débat public comme dans les couloirs de Bruxelles.

Le dossier des sardines est d’autant plus sensible que le Maroc a, dès janvier 2026, décidé d’interrompre ses exportations de sardines congelées à compter du 1ᵉʳ février afin de préserver l’approvisionnement intérieur et de contenir les prix. Autrement dit, le produit qui arrive en Europe est pris dans une équation plus large où s’entremêlent sécurité alimentaire, rareté de la ressource, arbitrage entre marché local et exportation, et dépendance de certaines industries européennes à la matière première marocaine.

Lire aussi : Tomates : le Maroc part à la conquête de nouveaux marchés

Un marché européen sous forte dépendance aux exportations marocaines

Du côté européen, les relations commerciales avec le Maroc sont massives et anciennes. Selon le Service européen pour l’action extérieure, le Maroc est le premier partenaire commercial de l’UE parmi les pays du voisinage sud, et l’UE est, de son côté, le premier partenaire du Royaume.

La Commission européenne indique par ailleurs que les importations agroalimentaires de l’UE en provenance du Maroc ont atteint 3,447 milliards d’euros en 2024, dont 1,685 milliard pour les légumes et 1,183 milliard pour les fruits et les fruits à coque. Le poids économique des échanges explique à la fois l’intensité des flux et la virulence des rivalités sectorielles.

C’est particulièrement vrai pour la tomate, par exemple, produit emblématique des crispations. D’après des données Eurostat relayées par Ecofin, l’UE a importé 573.730 tonnes de tomates marocaines entre octobre 2024 et septembre 2025, pour une valeur de 1,05 milliard d’euros, avec une progression de 8% en volume et de 7% en valeur sur un an.

La même source souligne que le Maroc a représenté environ 70% du volume total des importations de tomates de l’UE sur cette période. Pour les producteurs européens, et notamment espagnols, cette montée en puissance reste perçue comme une menace directe sur les parts de marché.

Les fruits rouges s’inscrivent dans la même dynamique. Le CBI, organisme public néerlandais spécialisé dans l’accès aux marchés, relève que le Maroc et l’Égypte sont les deux principaux concurrents non européens sur le marché européen de la fraise hors saison. Le même document précise que le Maroc a exporté 22.000 tonnes de fraises fraîches vers l’Europe en 2024, avec le Royaume-Uni comme première destination, devant l’Espagne, la France et l’Allemagne.

Dans les filières de myrtilles et de framboises, des sources sectorielles évoquent aussi une montée en gamme rapide, avec un déplacement progressif des surfaces marocaines vers des cultures plus rémunératrices et mieux alignées avec la demande européenne hors saison.

Des tensions commerciales au bras de fer politique

C’est là que le dossier sort de la seule sphère sanitaire et rejoint la politique commerciale. Depuis des années, des organisations agricoles du sud de l’Europe contestent l’accès privilégié des produits marocains au marché communautaire.

Reuters rappelait déjà en 2012 que des agriculteurs espagnols avaient manifesté à Madrid en lançant des tomates contre les bureaux du Parlement européen et de la Commission, dénonçant un accord de libre-échange avec le Maroc qu’ils jugeaient destructeur pour l’emploi dans les fruits et légumes. Cette hostilité ne date donc pas d’hier; elle structure une partie du lobbying agricole européen sur le dossier marocain.

Reuters a indiqué, le 2 octobre 2025, que le Maroc et l’UE avaient trouvé un nouvel accord prévoyant un étiquetage d’origine pour les produits concernés, afin de tenter de sécuriser la continuité des échanges. Mais ce compromis n’a pas éteint les critiques, bien au contraire.

En Espagne, plusieurs organisations de producteurs ont immédiatement remis le dossier sur la table. FEPEX, la fédération espagnole des producteurs-exportateurs de fruits et légumes, a demandé à l’automne 2025 au Parlement européen de ne pas ratifier l’amendement à l’accord UE-Maroc, en le jugeant « très dommageable » pour la filière tomate.

Lire aussi : Interdiction temporaire d’exporter la sardine : le gouvernement précise sa stratégie

L’alerte sur les sardines tombe donc à point nommé pour alimenter un climat déjà saturé par les rivalités commerciales, les contentieux juridiques et la pression des lobbies sectoriels. L’UE n’attaque pas « officiellement » les produits marocains; en revanche, certains segments agricoles européens pèsent lourd pour durcir le cadre, retarder les ratifications ou rouvrir les accords dès qu’une faille apparaît.

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