Pauvreté : l’inflation a porté un coup fatal aux Marocains

Avatar de Rédaction LeBrief

Temps de lecture :

Prés de 80% des ménages dans le milieu rural ont un niveau de vie inférieur à la moyenne nationale © DRPhoto d'illustration © DR

A
A
A
A
A

L’inflation a eu un effet dévastateur au Maroc. Le dernier rapport publié par l’ONG Oxfam signale une augmentation de la pauvreté et de la vulnérabilité qui ont touché environ 3,2 millions de personnes supplémentaires, soit 1,15 million de personnes dans la pauvreté et 2,05 millions dans la vulnérabilité. L’ONG estime que près de huit années de progrès vers l’éradication de la pauvreté et de la vulnérabilité ont été anéanties. Détails.

Du jamais vu depuis 40 ans ! L’ONG internationale Oxfam, à travers son antenne marocaine, tire la sonnette d’alarme concernant la pauvreté dans le Royaume. Le dernier rapport d’Oxfam Maroc sur les champions de l’inflation est assourdissant. Selon ses auteurs, «Environ 3,2 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans la pauvreté (1,15 million) ou dans la vulnérabilité (2,05 millions). On estime, à cet égard, que près de huit ans de progrès vers l’élimination de la pauvreté et de la vulnérabilité ont été perdus : en 2022, le Maroc se retrouve avec le niveau de pauvreté et de la vulnérabilité de 2014», peut-on lire.

Lire aussi : Aide sociale directe : un million de familles bénéficiaires

Inégalités croissantes

Le document réalisé par la représentation marocaine de l’ONG internationale Oxfam met en lumière les inégalités socioéconomiques exacerbées par la crise inflationniste au Maroc. Il pointe du doigt les impacts néfastes sur les populations vulnérables, en particulier les femmes et les jeunes.

Les auteurs du rapport analysent en premier lieu les causes profondes de cette crise inflationniste, attribuée principalement à la reprise économique post-pandémie de la Covid-19. Ils expliquent que pendant les périodes de confinement, l’accumulation d’épargnes a été suivie d’une demande excédentaire par rapport à l’offre lors de la réouverture des commerces, entraînant une hausse des prix. La perturbation des routes commerciales due à la crise sanitaire a également eu un impact sur le coût des transports, tandis que l’augmentation des prix de l’énergie a ajouté à la pression inflationniste, aggravée ultérieurement par le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Le rapport souligne aussi le rôle prédateur des grandes entreprises, opérant dans des marchés oligopolistiques ou de niche, qui ont largement profité de la crise inflationniste pour augmenter indûment leurs marges. À titre d’exemple, le marché d’importation et de distribution des produits pétroliers est cité comme un exemple emblématique, récemment sanctionné par le Conseil de la concurrence.

Dans ce contexte de tensions inflationnistes, Oxfam révèle un recul significatif de 7,15% des dépenses moyennes des ménages entre fin 2019 et début 2023. La dépense moyenne annuelle par habitant a chuté de 20.400 DH à 18.940 DH. Ces chiffres traduisent une perte moyenne de 1.460 DH par individu au cours des trois dernières années, avec l’alimentation représentant toujours plus d’un tiers des dépenses, maintenant stable à 36,4% du budget total.

Cependant, le rapport insiste sur le fait que cette inflation a frappé de plein fouet les ménages pauvres, vulnérables et ruraux. En conséquence, 3,2 millions de personnes supplémentaires se sont retrouvées en dessous du seuil de pauvreté, ramenant les statistiques à celles enregistrées en 2014. Oxfam souligne que huit ans de lutte contre la pauvreté ont ainsi été effacés, mettant en avant le rôle des subventions gouvernementales, telles que les 42 milliards de DH (MMDH) pour le gaz butane, le sucre et la farine, les 5 MMDH pour l’ONEE, et les 4,4 MMDH pour les professionnels du secteur des transports.

Cependant, l’ONG nuance l’impact des subventions, affirmant qu’elles ont principalement profité aux plus riches. La politique budgétaire du gouvernement, débridée par la politique monétaire restrictive de Bank Al Maghrib (BAM), qui a resserré trois fois le taux d’intérêt directeur pour le ramener à 3%, n’a pas été suffisante pour stabiliser les prix des produits essentiels dans le panier de consommation des ménages.

Le rapport souligne que malgré le plan de relance gouvernemental et les mesures prises par la Banque centrale, la confiance des agents économiques n’est pas rétablie, créant un climat d’incertitude persistant. Les auteurs estiment que la sortie de cette crise inflationniste reste compromise, notamment en raison de la forte chute de la croissance réelle du PIB, passant de 7,9% en 2021 à 1,2% en 2022. Le déficit de la balance courante a également augmenté de 2,3% à 4,1% du PIB, selon le rapport.

Lire aussi : Le gouvernement face à la défiance populaire

Juguler l’inflation à tout prix

La Banque mondiale prévoit une baisse de la croissance à 3,5% en 2023, principalement attribuable à la détérioration du secteur agricole due à la sécheresse. En moyenne, le Haut Commissariat au plan (HCP) prévoit une hausse des prix de l’ordre de 5% par an depuis 2021, une situation qualifiée de «jamais vue depuis 40 ans» par Oxfam Maroc. Les effets combinés de la pandémie de la Covid-19 et de l’inflation auraient entraîné un recul du niveau de vie par personne de 7,2% au niveau national entre 2019 et 2022, de 6,6% à 23.000 DH en milieu urbain, et de 8,9% en milieu rural. Par catégorie sociale, le niveau de vie par personne aurait reculé de 8% pour les ménages les moins aisés, de 6,6% pour les ménages intermédiaires et de 7,5% pour les ménages les plus aisés.

Oxfam Maroc conclut son rapport en soulignant que l’économie marocaine se trouve à un carrefour critique, où la stabilité et la maîtrise de l’inflation sont nécessaires pour garantir une croissance économique durable. L’ONG émet plusieurs recommandations, notamment le renforcement de la concurrence, l’indexation des bas salaires sur le pouvoir d’achat, et l’allégement de la pression fiscale sur les classes moyennes et les classes vulnérables.

Malgré ces sombres perspectives, une lueur d’espoir est décelée par Oxfam Maroc, notant une tendance à la baisse de l’inflation. Alors qu’elle avait atteint 10% il y a un an, elle aurait chuté à 4,7% au troisième trimestre 2023, après 6,8% au deuxième trimestre 2023. Ce recul de l’inflation est principalement attribué à la forte baisse des prix de l’énergie.

Lire aussi : HCP : analyse de l’Indice des prix à la consommation en 2023

Dernier articles
Les articles les plus lu
Intempéries : hommage aux équipes mobilisées par le ministère

Société - À Rabat, le ministère de l’Équipement et de l’Eau rend hommage aux équipes mobilisées lors des intempéries ayant frappé plusieurs régions.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Vidéo – Retour à l’heure GMT : une pétition citoyenne transitionne vers un cadre légal

Société - Une initiative citoyenne franchit un cap légal : après plus de 300.000 signatures en ligne, une pétition pour le retour à l’heure GMT transitionne du digitale vers un cadre institutionnel.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Le ministère de la Justice alerte sur un faux site de paiement d’amendes

Société - Alerte sur une escroquerie en ligne ciblant le paiement des amendes routières. Un faux site imitant le portail officiel circule via SMS pour piéger les citoyens et récupérer leurs données personnelles et bancaires. Vigilance recommandée.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Vidéo-Droits d’auteur : la reprographie au cœur du soutien à la presse

Société-Dans un environnement médiatique marqué par une diffusion accrue, la protection des droits d’auteur apparaît comme un enjeu central.

Ayoub Jouadi - 3 avril 2026
Médecine de précision : un hub stratégique inauguré à Rabat

Société - Un centre dédié à la médecine de précision voit le jour à Rabat, intégrant génomique et bioinformatique pour améliorer le diagnostic et les traitements. Ce hub ambitionne de transformer les soins et de renforcer la recherche médicale au Maroc.

Ilyasse Rhamir - 3 avril 2026
Casablanca : la police dément une rumeur sur des vols ciblés

Société - Un enregistrement viral évoquant des agressions ciblées à Casablanca est formellement contesté par la police. Aucune plainte ni réseau criminel lié à des livreurs n’a été identifié. Une enquête est en cours pour retrouver les auteurs de cette désinformation.

Ilyasse Rhamir - 2 avril 2026
Voir plus
Aïd Al-Fitr 1447 pourrait tomber le samedi 21 mars

Société - Selon les calculs astronomiques, Aïd al-Fitr 2026 pourrait tomber le samedi 21 mars au Maroc. La visibilité du croissant lunaire est prévue vendredi soir, mais la date officielle sera confirmée par le ministère des Habous.

Ilyasse Rhamir - 9 mars 2026
Ramadan : horaires spéciaux du tramway de Casablanca

Société - Le réseau CASA Tramway adopte des horaires spéciaux durant le mois de Ramadan.

Mouna Aghlal - 17 février 2026
8 mars : 8 Marocaines qui bousculent les lignes

Société-A l’occasion du 8 mars, LeBrief rend hommage à 8 femmes que nous avons rencontrées et interviewées ces derniers mois.

Sabrina El Faiz - 8 mars 2026
Ramadan 2026 : la Zakat Al Fitr fixée à 25 dirhams

Société - Le Conseil supérieur des oulémas annonce la valeur de la Zakat Al Fitr pour 2026 à 25 dirhams pour l'année 1447 de l'Hégire.

Mouna Aghlal - 12 mars 2026
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire