Les Marocaines face à la discrimination salariale de genre

Avatar de Chaima Aberni
Temps de lecture :

HCP : le Maroc face à la discrimination salariale de genreImage d'illustration. © DR

A
A
A
A
A

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Haut-Commissariat au Plan a fait le choix de mettre en lumière les inégalités salariales entre hommes et femmes. L’étude révèle que la discrimination sexiste contribue à ces disparités, affectant les salaires selon l’éducation, l’expérience, le secteur d’activité, et l’âge. Soulignant le besoin urgent d’aborder ces inégalités, le HCP appelle à des politiques inclusives pour promouvoir l’équité salariale et combattre la discrimination.

Dans son nouveau rapport, le HCP met en lumière la condition féminine au Maroc à travers une analyse des disparités salariales de genre et de l’impact de la discrimination sexiste. L’étude révèle que ces disparités salariales sont liées à la position dans l’échelle des rémunérations. Mais elles sont liées à divers facteurs personnels tels que le niveau d’éducation, l’expérience professionnelle, le secteur d’activité ou encore l’âge. En plus de ces éléments, la discrimination sexiste joue un rôle prépondérant. Elle fait en sorte que les femmes, même à compétences égales, reçoivent un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins. Une réalité qui met en évidence les défis à surmonter pour atteindre l’équité salariale.

Lire aussi : Campagne « La Collection Bleu » : révéler les vraies luttes des femmes marocaines le 8 mars

Discrimination sexiste et inégalités salariales

Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) dressent un tableau éloquent des inégalités salariales entre hommes et femmes en milieu urbain, mettant en lumière le rôle prépondérant de la discrimination sexiste dans ces disparités. En effet, seulement 32,2% des salariés urbains âgés de 18 à 60 ans étaient des femmes. Le chiffre passe à 67,8% pour les hommes. Des statistiques qui révèlent ainsi une répartition déséquilibrée marquée par une dominance masculine sur le marché du travail. Concrètement, cette proportion se traduit par un rapport de 10 femmes pour 21 hommes. L’écart se creuse davantage lorsqu’on passe à la tranche d’âge des 30-44 ans. Ce constat illustre une diminution progressive de la participation féminine à la force de travail de 30,4% en 1999 à 21,5% en 2019. Par ailleurs, le chômage de longue durée frappe plus durement les femmes, exacerbant les obstacles qu’elles rencontrent dans leur intégration professionnelle.

L’analyse révèle également des différences en matière de formation éducative et d’expérience professionnelle. Plus de la moitié des salariés n’ont pas achevé leurs études secondaires. Cette lacune est plus prononcée chez les hommes que chez les femmes. Toutefois, les jeunes femmes âgées de 18 à 29 ans montrent un meilleur niveau d’éducation que leurs homologues masculins. Même si cet avantage s’amoindrit avec l’avancée en âge.

L’Écart d’expérience et d’éducation

Sur le plan de l’expérience professionnelle, les hommes jouissent d’un avantage manifeste, qui s’accroît avec l’âge. Cependant, cet avantage masculin tend à s’estomper à mesure que le niveau d’éducation augmente. Le constat suggère une réduction de l’écart de parité parmi les segments plus éduqués de la population active. Néanmoins, cette convergence reste limitée. Ce qui souligne la persistance de barrières structurelles et culturelles qui continuent de freiner l’équité entre hommes et femmes dans le monde du travail.

Lire aussi : 8 mars : le sport féminin au Maroc, entre progrès et défis

Cette situation met en évidence non seulement les défis inhérents à l’élimination des disparités de genre sur le marché de l’emploi, mais souligne également la nécessité d’aborder de front la discrimination sexiste comme un obstacle majeur à l’égalité salariale. La lutte contre ces inégalités requiert une approche multifacette. Celle-ci inclurait des initiatives éducatives ciblées, des mesures de soutien à l’emploi et des politiques visant à promouvoir une plus grande équité professionnelle entre les sexes.

Ségrégation professionnelle et écarts salariaux

L’analyse sectorielle de l’emploi révèle une division marquée entre hommes et femmes dans le monde du travail. Celle-ci illustre les inégalités profondes qui transcendent les catégories professionnelles. En effet, les hommes occupent majoritairement les postes de haut niveau, comme ceux de cadres supérieurs et de responsables hiérarchiques. Avec un indice de parité de 1,7, ce la signifie que pour chaque femme en poste, il y a presque deux hommes. Cette tendance se retrouve également parmi les cadres moyens et les employés. L’indice de parité s’y établit à 1,5. L’écart devient encore plus prononcé dans les métiers manuels. Avec un indice de 3,4 pour les artisans et ouvriers qualifiés, et de 2,0 pour les manœuvres non agricoles, ce chiffre souligne une ségrégation de genre manifeste dans ces secteurs.

Une perspective plus nuancée émerge lorsqu’on examine la distribution des salaires. Au bas de l’échelle, l’écart entre hommes et femmes tend à se réduire. L’indice de parité y est proche de l’équité à 1,1 parmi les 20% des salariés les moins bien payés. Toutefois, cette convergence apparente s’évapore progressivement à mesure que l’on grimpe vers les échelons supérieurs de rémunération. A ce niveau, les écarts s’élargissent considérablement, avec des indices de parité fluctuant entre 2,3 et 2,9. Cette distribution révèle une inégalité de rémunération qui s’accentue avec la montée en grade. Ce qui met en évidence les obstacles systémiques à l’égalité salariale.

Défis persistants

Ces observations mettent en exergue la persistance d’une disparité de genre intrinsèque au marché du travail, reflétant l’influence de facteurs individuels tels que la formation, l’expérience et la discrimination sur les opportunités et les salaires des femmes. Ces inégalités soulèvent des questions fondamentales sur le rôle de la discrimination sexiste dans la perpétuation des écarts de rémunération. Elles appellent surtout à des interventions ciblées pour démanteler les barrières qui empêchent les femmes d’accéder à des postes de rémunération et de responsabilité équivalents à ceux des hommes.

En définitive, ces données fournissent une base solide pour argumenter en faveur de politiques plus inclusives, visant à réduire les inégalités salariales et à promouvoir une plus grande équité dans le monde professionnel.

Dernier articles
Les articles les plus lu
Écoles Vertes : 48 établissements mobilisés à Casablanca en 2025

Société - À Casablanca, le programme « Écoles Vertes » confirme son impact en 2025, misant sur l’école pour ancrer durablement la culture de la propreté et de l’écocitoyenneté.

Rédaction LeBrief - 29 décembre 2025
Le Maroc voit ses barrages se remplir, mais pas partout

Société - Les pluies récentes dopent les réserves d’eau du Maroc, portant le taux de remplissage des barrages à 38%, mais certaines régions restent sous tension.

Rédaction LeBrief - 29 décembre 2025
Alerte météo : pluies fortes et neige prévues dimanche et lundi

Société - Des pluies orageuses, des chutes de neige et de fortes rafales vent sont attendues dimanche et lundi dans plusieurs provinces.

Rédaction LeBrief - 28 décembre 2025
Intempéries à Safi : mobilisation totale des autorités

Société - De fortes pluies ont provoqué la submersion de la place Sidi Bou Dahab à Safi, ravivant le souvenir des crues meurtrières et mobilisant autorités locales.

Hajar Toufik - 27 décembre 2025
Ils nous ont quittés en 2025

Société - Une année de deuil, de souvenir et d'héritage. Le Maroc et le monde ont dit adieu en 2025 à des figures emblématiques.

Rédaction LeBrief - 27 décembre 2025
Société : 10 faits à retenir sur l’année 2025

Société - En 2025, le Maroc a traversé tensions sociales, défis climatiques et crises sectorielles, tout en lançant des réformes majeures.

Ilyasse Rhamir - 27 décembre 2025
Voir plus
Manifestations de la « GenZ 212 » : 60 personnalités marocaines exhortent le Roi à engager des réformes profondes

Société - Soixante figures marocaines appellent le roi Mohammed VI à lancer des réformes profondes en phase avec les revendications de la jeunesse.

Hajar Toufik - 8 octobre 2025
Travaux : les Casablancais n’en peuvent plus !

Dossier - Des piétons qui traversent d’un trottoir à l’autre, des voitures qui zigzaguent… À croire que les Casablancais vivent dans un jeu vidéo, sans bouton pause.

Sabrina El Faiz - 12 avril 2025
Manifestations de la « GenZ 212 » : appel à boycotter les entreprises liées à Akhannouch

Société - Les manifestations de la « GenZ 212 », poursuivent leur mobilisation à travers un appel au boycott des entreprises liées à Aziz Akhannouch.

Ilyasse Rhamir - 7 octobre 2025
Mariages marocains : l’amour au prix fort

Société - Au Maroc, on peut rater son permis de conduire, son bac… Mais rater son mariage ? Inenvisageable !

Sabrina El Faiz - 23 août 2025
La classe moyenne marocaine existe-t-elle encore ?

Dossier - Au Maroc, pour définir le terme classe moyenne, nous parlons de revenus. Cela ne veut pourtant plus rien dire.

Sabrina El Faiz - 5 juillet 2025
Le Maroc des voisins qu’on n’a pas choisis

Dossier - Les voisins ont bien changé. Les balcons étaient les réseaux sociaux d’antan. On y partageait les breaking news du quartier et les hommes étaient aussi bien surveillés que les enfants !

Sabrina El Faiz - 12 juillet 2025
pub

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

Poster commentaire