Journée mondiale du rein 2024 : prévention, sensibilisation et égalité des soins

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Journée mondiale du rein 2024 : prévention, sensibilisation et égalité des soinsImage d’illustration. © DR

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Le 14 mars 2024, l’association REINS célèbre la Journée mondiale du Rein, axée sur «La santé rénale pour tous». Cette initiative vise à sensibiliser au sujet des maladies rénales qui affectent plus de deux millions de Marocains, en mettant l’accent sur le dépistage précoce pour réduire le recours à la dialyse. Avec 38.000 personnes sous hémodialyse, cette problématique représente un enjeu majeur de santé publique. Contacté par LeBrief, Amal Bourquia, professeure de médecine spécialisée en néphrologie pédiatrique, experte en éthique et communication médicales, et présidente de l’association «Reins», nous en dit plus.

 

À travers le globe, un adulte sur dix est touché par une maladie rénale, ce qui représente environ 850 millions d’individus. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), on s’attend à ce que la prévalence de la maladie rénale chronique grimpe de 17% au cours de la prochaine décennie. Malgré cela, chaque année, un diagnostic tardif conduit à des millions de décès prématurés dus à l’insuffisance rénale chronique et à ses complications cardiovasculaires. Pourtant, il est possible depuis plusieurs années de détecter ces maladies rénales, souvent asymptomatiques, assez tôt pour en ralentir ou en arrêter la progression grâce à des traitements médicamenteux et à l’adoption de mesures hygiéniques et diététiques simples.

Qu’est-ce que la maladie rénale chronique ?

La maladie rénale chronique est caractérisée par une réduction progressive et irréversible de la capacité des reins à filtrer le sang. Cette affection, souvent asymptomatique dans ses premiers stades, évolue lentement vers une dégradation de la fonction rénale. Lorsque cette fonction décline en dessous d’un seuil critique, on parle d’insuffisance rénale chronique. Sans intervention, cette condition peut progresser jusqu’à une insuffisance rénale terminale, nécessitant alors des traitements de remplacement comme la dialyse ou la transplantation rénale.

Il est cependant possible de freiner la progression de la maladie en identifiant et en traitant les facteurs susceptibles de l’exacerber, permettant ainsi de préserver la fonction rénale plus longtemps.

Comment peut-on freiner la progression de la maladie rénale chronique ?

L’insuffisance rénale chronique est principalement causée par l’hypertension artérielle et le diabète, qui endommagent les petites artères rénales et compromettent ainsi la fonctionnalité des reins. Ces deux conditions sont à l’origine de près de la moitié des cas de maladie rénale chronique, soulignant l’importance du dépistage précoce et de la gestion de ces maladies pour ralentir la progression de l’insuffisance rénale.

Parmi les autres facteurs de risque, on compte l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les antécédents familiaux d’insuffisance rénale chronique, les personnes âgées de plus de 60 ans, et l’utilisation de médicaments susceptibles d’affecter la santé des reins.

Des mesures préventives telles que le maintien d’une activité physique régulière, le contrôle du poids, et la réduction de la consommation de sel peuvent contribuer à prévenir ou à ralentir le développement de l’insuffisance rénale. Les statistiques marocaines de 2019, révélant que 6,1 millions de marocains âgés de 30 à 79 ans souffrent d’hypertension, et que plus de 2,7 millions d’adultes sont diabétiques, mettent en lumière l’ampleur du problème et l’urgence d’adresser l’insuffisance rénale chronique comme une priorité de santé publique.

Quelles stratégies pour alléger le fardeau financier des traitements de dialyse sur le système de santé ?

Amal Bourquia souligne que les coûts associés aux traitements de dialyse pèsent lourdement sur les finances de l’assurance maladie, représentant près de 27% des dépenses totales pour les maladies de longue durée. La situation se complique d’autant plus que le nombre de patients atteignant le stade terminal de la maladie rénale est en hausse constante, entraînant une augmentation continue des coûts. Ces dépenses croissantes menacent la viabilité financière des caisses d’assurance maladie.

En particulier, le coût d’une séance d’hémodialyse dans le secteur privé s’élève à 800 DH, avec une nécessité pour le patient de subir trois séances par semaine. Cela équivaut à un coût mensuel de 12.000 DH et annuel de 120.000 DH par patient, une charge financière considérable pour l’Assurance maladie obligatoire (AMO).

Face à cette situation critique qui menace de surcharger gravement le système de santé, Bourquia insiste sur l’importance de réduire le nombre de patients nécessitant la dialyse et de retarder le recours aux traitements de suppléance. La clé pour y parvenir réside dans l’information, la sensibilisation et la prévention. Ces axes d’action sont importants pour lutter contre la progression des maladies rénales et alléger la charge sur le système de couverture sanitaire.

Comment l’association REINS renforce-t-elle la lutte contre les maladies rénales ?

Amal Bourquia précise que depuis sa fondation en 2005, l’association s’engage activement dans la lutte contre les maladies rénales, en mettant l’accent sur la prévention, l’information, la sensibilisation et la formation, en utilisant tous les outils à leurs disposition. «Face à une augmentation mondiale des maladies rénales chroniques, notre objectif lors de journées comme aujourd’hui est d’élever le niveau de conscience parmi le grand public, les professionnels de la santé, et les autorités gouvernementales sur l’urgence d’intervenir». Souligne-t-elle.

Les statistiques révèlent que seulement 30% des individus atteints d’une pathologie rénale sont informés de leur condition. «Il est important d’intégrer le dépistage simple, comme la recherche de protéines dans les urines, dans les examens de routine». Précise Amal Bourquia

Les professionnels de santé, en particulier les médecins et spécialistes, jouent un rôle prépondérant dans la prévention des maladies rénales. «Notre mission est d’éviter l’atteinte rénale liée à des maladies générales, immunologiques, ou héréditaires, et de préserver au mieux la fonction rénale». Ajoute-t-elle.

Il est impératif que les décideurs politiques prennent conscience de la nécessité de réformer le système, plutôt que de se contenter d’augmenter le nombre de centres de dialyse. «Depuis trente ans, j’alerte sur cette question sans voir d’amélioration. Alléger ces dépenses est essentiel pour la pérennité de notre couverture sanitaire».

Comment Amal Bourquia et son association abordent-ils la sensibilisation et l’innovation dans le traitement des maladies rénales ?

Leur campagne de sensibilisation couvre un large éventail de canaux de communication, y compris les sites web, les réseaux sociaux, divers types d’informations, ainsi que des rencontres avec le public, les élèves, les étudiants, et les échanges entre médecins de spécialités variées. Ils produisent et diffusent des articles, organisent des événements et lancent des campagnes médiatiques à chaque opportunité. À ce jour, Amal Bourquia est l’unique auteur au Maroc ayant abordé les thèmes de la dialyse et de la transplantation, soulignant ainsi le manque d’intérêt gouvernemental pour cette problématique pressante et en expansion.

L’engagement et la responsabilité dans cette lutte sont partagés. Intégrer la prévention des maladies rénales dans l’éducation médicale est essentiel, surtout que les techniques de dialyse, inchangées depuis des années, n’ont connu que de légères améliorations.

Amal Bourquia reste optimiste pour l’avenir, avec l’arrivée de nouveaux médicaments en cours de développement qui pourraient freiner l’avancement des maladies rénales et proposer des alternatives de traitement médical. Les recherches visant la régénération du tissu rénal offrent également un motif d’espoir. Convaincus de leur impact, les études montrent qu’il est possible de diminuer et de repousser de 30% la progression vers l’insuffisance rénale terminale nécessitant la dialyse.

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