« GenZ 212 » accueille Omar Balafrej pour un échange sur les défis politiques du Maroc

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« GenZ 212 » accueille Omar Balafrej pour un échange sur les défis politiques du MarocAffiche du podcast entre le mouvement GenZ 212 et Omar Balafrej © Facebook / GenZ 212

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Lors d’un échange diffusé mercredi soir sur Discord, l’ancien député Omar Balafrej a répondu aux questions des membres du mouvement « GenZ 212 ». Pendant plus de deux heures, il est revenu sur son retrait de la vie politique, les obstacles rencontrés au Parlement et les priorités qu’il estime urgentes pour le Maroc.

Mercredi à 22 heures, les membres du mouvement « GenZ 212 » ont accueilli, sur leur serveur Discord, Omar Balafrej, ancien député de la Fédération de la gauche démocratique. L’échange, diffusé en direct, a réuni plus de 10.000 auditeurs autour d’une discussion centrée sur la situation politique du pays, la participation des jeunes et les réformes à engager.

Le dialogue s’inscrivait dans le cadre du podcast régulier du mouvement « GenZ 212 », consacré à des figures publiques issues du monde politique, social et culturel. L’objectif, selon le collectif, est d’encourager un débat « libre et responsable » sur les enjeux nationaux.

Ce mouvement, qui rassemble aujourd’hui plus de 200.000 membres sur Discord, est né fin septembre 2025 à la suite d’une série de manifestations de jeunes Marocains dans plusieurs villes du pays. Le collectif dénonce les inégalités sociales, la corruption et les défaillances des services publics de santé et d’éducation. Son influence croissante en a fait un acteur d’un nouveau type dans l’espace public marocain.

Lire aussi : « GenZ 212 » : les manifestations reprennent jeudi 9 octobre

C’est dans ce contexte qu’Omar Balafrej, en retrait de la vie politique depuis 2021, est revenu sur le devant de la scène. Salué par de nombreux jeunes pour son franc-parler et son indépendance d’esprit, il a expliqué avoir accepté l’invitation pour « échanger directement avec une génération » qu’il observe « avec intérêt » depuis plusieurs années. « J’ai voulu écouter, comprendre et partager mon expérience, sans chercher à convaincre », a-t-il précisé en ouverture.

Les raisons d’un retrait

Interrogé sur son absence de la scène publique, l’ancien député a rappelé qu’il avait décidé, après la fin de son mandat parlementaire en 2021, de « ne pas se représenter ni occuper de nouvelles fonctions politiques ». Il a justifié cette décision par le souhait de « laisser la place à d’autres » et de « revenir à une forme de réflexion plus personnelle ».

« Je n’ai jamais quitté le Maroc ni cessé de m’intéresser à la politique, a-t-il expliqué. Mais j’ai estimé que le moment était venu de prendre du recul, d’observer comment les nouvelles générations s’engagent différemment. »

Omar Balafrej a reconnu avoir échoué, à l’époque, à construire un parti de gauche solide. Selon lui, « le manque de renouvellement au sein de certaines formations » freine la participation politique. Sans citer de noms, il a estimé que « certains leaders sont là depuis vingt ans » et qu’il serait temps de « laisser émerger de nouveaux visages ».

Un éventuel retour ?

L’une des questions les plus directes du podcast concernait la possibilité d’un retour en politique. Sur ce point, l’ancien député a été catégorique : « Pour le moment, à l’instant T, je ne veux pas revenir. Ce que j’ai fait, je l’ai fait. J’ai tout donné, c’est à d’autres de faire le travail. »

Il a ajouté qu’un retour éventuel nécessiterait « un contexte différent, un climat politique plus ouvert et une nouvelle dynamique collective ». « Je n’exclus rien à long terme, mais ce n’est pas à l’ordre du jour », a-t-il indiqué, avant de rappeler que la vie politique « ne se limite pas aux institutions ».

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Le fonctionnement politique et les limites du Parlement

Une large partie du débat a porté sur son expérience parlementaire. Omar Balafrej a évoqué les obstacles structurels rencontrés durant son mandat et les limites du travail législatif. « Le cadre institutionnel accorde au Parlement des prérogatives claires, mais dans les faits, leur exercice reste limité », a-t-il expliqué.

Selon lui, « une forme d’autocensure » existe parmi les élus, en raison de pressions politiques ou d’intérêts économiques. Il a souligné que « certains siègent pour défendre leurs intérêts personnels plutôt que l’intérêt général », dénonçant un « conflit d’intérêts flagrant » au sein de l’exécutif.

Balafrej a notamment cité la levée du plafond sur les prix des carburants, qu’il considère comme une mesure profitant directement à certains acteurs économiques, dont le chef du gouvernement et homme d’affaires Aziz Akhannouch, propriétaire du groupe Afriquia.

Il a également déploré l’absence de dialogue entre le gouvernement actuel et les citoyens, comparant cette situation à celle des précédents exécutifs dirigés par Benkirane et El Othmani, qu’il jugeait « plus ouverts à la discussion, même dans le désaccord ».

Des priorités budgétaires contestées

Dans un passage particulièrement commenté, Omar Balafrej a critiqué les choix d’investissement du gouvernement, notamment la construction de la LGV vers Marrakech et de nouveaux stades à Rabat. Selon lui, ces projets « renforcent le cliché d’un Maroc à deux vitesses », au détriment du développement d’infrastructures de base dans les régions moins desservies comme Errachidia ou Al Hoceïma.

« Le pays consacre des milliards à des chantiers symboliques, mais tarde à équiper les écoles, les hôpitaux ou les lignes ferroviaires régionales », a-t-il observé. Pour l’ancien député, « le Maroc ne manque pas de ressources, mais de hiérarchisation des priorités ».

Il a affirmé que s’il était chef du gouvernement, il déposerait un projet de loi pour « revoir les priorités budgétaires » et concentrer les investissements publics sur l’éducation, la santé et la justice sociale.

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L’éducation et la santé au cœur du débat

Lorsqu’il a été invité à évoquer les urgences nationales, Omar Balafrej a répondu sans hésiter : « L’éducation et la santé restent les deux chantiers fondamentaux. »

Sur le plan éducatif, il a comparé le Maroc à ses voisins et partenaires : « Le pays dépense environ 10.000 dirhams par étudiant, contre 100.000 en Espagne. Bien sûr, on ne peut pas atteindre ce niveau, mais une telle différence est une honte. » Il a souligné la nécessité d’un financement stable et d’un accompagnement des enseignants, en proposant la création de logements de fonction dans les zones rurales pour encourager la stabilité du personnel.

Concernant la santé, il a rappelé que le Maroc compte 1,65 agent de santé pour 1.000 habitants, contre 2,2 en Turquie et 3,4 en France. « Ce n’est pas qu’une question de moyens, mais de volonté politique. Il faut rendre les carrières médicales attractives, surtout dans les régions reculées », a-t-il insisté.

Un plaidoyer pour une fiscalité équitable et la transparence

Omar Balafrej a réaffirmé son attachement à une fiscalité « plus juste et progressive », proposant notamment une contribution sur la grande fortune et une taxe sur les successions élevées. Ces mesures, a-t-il expliqué, permettraient de « renforcer les ressources de l’État sans peser sur les classes moyennes ».

Sur la corruption, il a considéré que « les lois existent déjà » mais que « leur application reste trop inégale ». Il a dénoncé « une justice parfois trop indulgente » et rappelé que la crédibilité de l’action publique dépend d’abord de l’exemplarité des institutions.

L’ancien député a aussi insisté sur la liberté de la presse, qu’il juge essentielle à la transparence. Il a évoqué « l’arrestation de journalistes honorables », comme Omar Radi en 2020, comme un tournant ayant « affaibli la confiance dans le débat public ».

La jeunesse comme moteur du changement

Interrogé sur la perception de la jeunesse marocaine, Balafrej a salué l’émergence d’une parole collective structurée. « Pendant longtemps, on a décrit les jeunes comme désintéressés. Aujourd’hui, ils débattent, s’informent et questionnent les décisions publiques », a-t-il noté.

Selon lui, les jeunes du mouvement GenZ 212 « font déjà de la politique », même sans appartenir à un parti. « Quand on persuade la société et qu’on interpelle les décideurs, on agit politiquement. S’ils obtiennent gain de cause sur une revendication, ils devront envisager de se structurer en parti. »

Il a par ailleurs encouragé les administrateurs du mouvement à réfléchir à une sortie progressive de l’anonymat, estimant que « la légitimité passe aussi par la responsabilité publique ».

GenZ 212 : les manifestations ont-elles un impact sur le tourisme ?

Répondant aux interrogations sur la perte de confiance entre les citoyens et les institutions, Omar Balafrej a estimé que « le Maroc est bon en diagnostic, mais faible en exécution ». Il a rappelé que « les réformes ne manquent pas, mais que leur mise en œuvre reste souvent partielle ».

Pour lui, rétablir la confiance suppose un « geste politique fort », incluant la libération des détenus d’opinion, la garantie de la liberté d’expression et le respect du pluralisme médiatique. « Le développement du pays passe d’abord par un climat de sérénité politique », a-t-il souligné.

Un rapport entre développement et justice sociale

Omar Balafrej a conclu son intervention par une réflexion sur le modèle de développement marocain. Selon lui, « le pays a connu des avancées visibles en matière d’infrastructures », mais les écarts sociaux persistent. « Le Maroc construit des stades en quelques mois, mais certaines écoles rurales attendent encore l’eau potable », a-t-il illustré.

Il plaide pour « replacer l’humain au centre des politiques publiques », rappelant que « la réussite d’un pays ne se mesure pas à la hauteur de ses tours, mais à la qualité de vie de ses citoyens ».

Souvent accusé de « surfer sur la vague GenZ 212 », au même titre que d’autres figures publiques comme Nabila Mounib ou Rachid Achachi, Omar Balafrej a rejeté cette idée. Il a réaffirmé sa position constante en faveur d’une monarchie parlementaire « comme cadre de stabilité et d’équilibre institutionnel ».

Il a d’ailleurs salué la décision du collectif « GenZ 212 » de suspendre toute manifestation le jour du discours royal d’ouverture de la session parlementaire, le vendredi 10 octobre, estimant que « le respect des institutions est un signe de maturité politique ».

Une parole d’expérience

À la fin de la rencontre, l’ancien député a résumé sa pensée : « La politique ne se limite pas aux institutions. C’est un espace collectif où chacun peut contribuer, à son échelle. »

Il a encouragé les jeunes à poursuivre leurs débats, tout en rappelant que « le changement demande du temps et de la constance ».

L’échange s’est terminé sur un ton serein, sans annonce particulière, mais avec une volonté partagée de maintenir le dialogue. Pour le mouvement « GenZ 212 », cette rencontre s’inscrit dans une série d’échanges visant à nourrir la réflexion publique autour des grands enjeux sociaux et politiques du Maroc contemporain.

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