Feuille de route royale : le nouveau souffle de l’industrie marocaine

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LeBrief de la semaine : nouvelle ère industrielle, drame routier, El Mardi championne du monde et festival GnaouaLes travaux de la Journée nationale de l’Industrie se sont tenus le mercredi 29 mars à Casablanca. L'événement a été marqué à son ouverture par une lettre royale adressée aux participants © LeBrief

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C’est en présence du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et de plusieurs de ses ministres, que s’est tenue mercredi la journée nationale de l’Industrie. Une première édition organisée à Casablanca et au cours de laquelle, les professionnels se sont réunis pour discuter des questions liées au développement de l’industrie ainsi qu’à la promotion de l’investissement productif et du label Maroc. Les détails.

Un colloque inédit a été organisé hier par le ministère de l’Industrie et du Commerce et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), sous le signe de la souveraineté industrielle, de la responsabilité environnementale et de la cohésion sociale.

Ce rendez-vous, qui deviendra annuel, a rassemblé l’ensemble de la chaine de valeur de l’écosystème industriel. Acteurs publics et privés, ministères, institutionnels et fédérations professionnelles, ils s’étaient tous présents autour d’une seule volonté : développer l’industrie nationale.

Pour cela, le programme de cette première édition a été riche avec des panels instructifs animés par des ministres et des professionnels. Les échanges se sont principalement focalisés sur les enjeux majeurs liés aux secteurs industriels et sur les moyens nécessaires pour soutenir les secteurs stratégiques de l’industrie, afin d’encourager le respect de normes sociales et environnementales exigeantes, garantes d’un développement durable et plus équitable, notamment en matière de création d’emplois, d’utilisation de technologies et d’innovations.

«C’est un événement très important pour notre industrie. L’objectif est de faire d’abord un bilan pour voir où est-ce qu’on en est, puis d’identifier ensemble, acteurs publics et privés, les axes sur lesquels nous devrons travailler pour renforcer nos acquis industriels et encore les améliorer», a indiqué le directeur de Renault Group Maroc, Mohamed Bachiri.

Le Roi appelle à une nouvelle ère industrielle

Les travaux de cette journée nationale de l’Industrie se sont ouverts par une lettre royale dont la lecture a été donnée par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Ryad Mezzour. Dans son message destiné aux participants, le roi Mohammed VI a d’abord réaffirmé l’intérêt qu’il porte à la promotion de l’industrie, ce secteur vital du tissu économique national qui est considéré comme un levier essentiel et un catalyseur du développement socio-économique inclusif et durable.

Le Souverain a d’ailleurs rappelé les progrès significatifs dans le domaine industriel, dus à des stratégies ambitieuses clairement définies et déployées dans le cadre d’une vision territoriale globale. Le Roi a précisé que ces acquis, couplés à la stabilité politique et macroéconomique du Royaume et à son savoir-faire industriel, ont permis à l’industrie nationale de se positionner sur des métiers et des spécialisations hautement technologiques et d’être un moteur de la croissance, de la production et de l’export, donnant ainsi l’exemple de l’automobile et de l’aéronautique.

Notre pays a besoin, pour réussir ce challenge, d’une industrie intégrant de nouvelles activités et de nouveaux savoir-faire et offrant plus d’opportunités d’emploi

Extrait du message royal destiné aux participants à la Journée nationale de l’Industrie

Ce qu’il faut surtout retenir de ce message royal, c’est l’appel du Souverain à inaugurer une nouvelle ère industrielle, portée vers et par la notion de souveraineté. Dans ce sens, le roi Mohammed VI a montré la voie à suivre pour un développement inclusif par l’entremise de l’innovation, de la technologie et du changement structurel.

«Notre pays a besoin, pour réussir ce challenge, d’une industrie intégrant de nouvelles activités et de nouveaux savoir-faire et offrant plus d’opportunités d’emplois», a assuré le Roi, en notant qu’il est important pour le tissu industriel de généraliser l’adaptation du capital humain aux besoins spécifiques des projets industriels et de renforcer les compétences managériales. Et à ce titre, le Souverain a souligné la nécessité d’assurer aux jeunes une formation de qualité qui soit adaptée aux nouveaux besoins et aux nouvelles mutations et ouverte sur les nouvelles technologies, dans le cadre d’un partenariat public-privé plus renforcé.

Cette nouvelle ère industrielle s’inscrit aussi dans une logique de transformation vers des sources d’énergie sobres en carbone, étant donné que la décarbonation est l’un des mécanismes permettant au Maroc de mieux profiter des opportunités de l’économie verte et durable.

«Cette montée en gamme que l’industrie devra opérer, implique nécessairement sa transition accélérée vers une production sobre en carbone par l’accès à l’électricité produite à partir de sources renouvelables à des prix compétitifs et l’amélioration de son efficacité énergétique», a affirmé le roi Mohammed VI, qui a, à la fin du message, appelé le secteur privé à tirer parti de la dynamique enclenchée par la nouvelle Charte de l’investissement et à orienter ses efforts vers l’investissement productif, y compris dans les filières de pointe et d’avenir, porté par des marques marocaines et à viser l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises à travers tout le pays.

En réaction à cette lettre royale, Ryad Mezzour s’est dit honoré par ce message du Souverain qui montre clairement une ambition industrielle. «Le roi Mohammed VI a donné ses hautes instructions pour lancer une nouvelle ère industrielle. Le message a bien défini les axes prioritaires et l’élément humain joue un rôle déterminant dans cette transition qui ne pourra être réussie que par un capital humain aux capacités et aux compétences renforcées», a déclaré le ministre.

Le secteur privé fortement mobilisé

«Cette feuille de route royale est claire pour développer davantage notre industrie. Le secteur privé est mobilisé et il est conscient du rôle qu’il doit jouer pour réussir ce challenge de faire de notre industrie un moteur de croissance et d’avenir», a réagi pour sa part le patron de la CGEM, Chakib Alj.

En outre, il a relevé que cette première édition de la journée nationale de l’industrie se veut une plateforme de dialogue public-privé, autour des thématiques qui sont au cœur des préoccupations des industriels marocains. L’objectif selon lui est d’en sortir avec des recommandations et des actions concrètes, pour accélérer la montée en gamme de notre industrie pour les prochaines années et créer des emplois pérennes pour notre jeunesse.

Celui qui est à la tête du patronat depuis 2020 a également souligné que cette nouvelle ère industrielle doit accompagner les grands chantiers Royaux, notamment le développement des énergies renouvelables et la généralisation de la protection sociale, appelant les industriels à profiter de la Charte d’investissement et de l’activation des mécanismes du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement.

Automobile et aéronautique : les success stories

Les intervenants lors de ce conclave se sont longuement arrêtés sur la présentation des atouts du Maroc, en évoquant les success stories marocaines, notamment les industries automobile et aéronautique, évoquées dans la lettre royale, qui s’imposent désormais comme des valeurs sûres de l’industrie nationale.

Cette journée nationale de l’industrie était d’ailleurs l’occasion de donner des chiffres qui montrent que ces deux industries se sont hissées à des niveaux de croissance soutenus au cours des dernières années.

En effet, le Maroc est le premier producteur de voitures en Afrique, avec une capacité de production qui sera portée à plus de 900.000 véhicules/an et un taux d’intégration local de 64%. L’industrie automobile contribue aux exportations avec plus de 110 milliards de DH (MMDH) à destination de plus de 70 pays, à fin 2022. Dans le secteur aéronautique, le Maroc est devenu, en 20 ans, le principal exportateur de matériels, pièces et composants aéronautiques du continent africain, générant, en 2022, un chiffre d’affaires à l’export dépassant 21 MMDH.

Lire aussi : Industrie automobile : deux nouvelles conventions pour renforcer la formation

Pour sa part, l’industrie agro-alimentaire contribue davantage à la valorisation des ressources halieutiques et agricoles des territoires du Maroc et concourt au renforcement de la souveraineté alimentaire. C’est un secteur qui emploie plus de 194.000 personnes et qui a atteint les 44 MMDH d’exportations en 2022.

Quant au secteur du textile et du cuir, pourvoyeur majeur d’emplois industriels (22% de l’effectif industriel), il a également su tirer profit des mutations des chaines de valeurs mondiales et des nouvelles tendances de consommation en se positionnant sur des segments durables et à plus forte valeur ajoutée.

Des acquis qu’il faudrait donc impérativement valoriser pour renforcer davantage la résilience et la compétitivité et accélérer notre relance de l’économie nationale.

L’OMPIC lance une banque de projets

À cette occasion, deux conventions ont été signées. La première, conclue entre le ministère de l’Industrie et du Commerce et la CGEM, a pour objectif de définir les modalités du partenariat entre les deux parties pour reconduire l’organisation de cette journée chaque année.

La seconde est une alliance tripartite entre le ministère, la CGEM et l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC). Elle vise à promouvoir l’utilisation efficace des outils de la propriété industrielle et commerciale, notamment à travers des actions de sensibilisation et de formation.

Intervenant à cette occasion, le directeur général de l’OMPIC, Abdelaziz Babqiqi, a annoncé le lancement d’une banque de projets innovants ainsi qu’une plateforme de valorisation des brevets d’invention « IPmarketplace ».

«C’est une plateforme qui va dynamiser le partenariat win-win entre les entreprises et les acteurs de la recherche et développement au niveau national. À partir de maintenant, l’OMPIC met à la disposition des investisseurs un premier lot de 50 projets innovants, basés sur des brevets d’invention, libres d’exploitation au Maroc, offrant un potentiel en matière d’investissement de 900 millions de DH (MDH) et de création de 2.500 emplois», a-t-il expliqué.

Enfin, s’agissant des secteurs, cette banque de projets touche plusieurs domaines, notamment médical, automobile et électronique, entre autres.

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