Economie : ça sera bien plus compliqué pour les pays en développement

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Le piège de la dette : 3,4 milliards de vies sous contrainteImage d'illustration © gopixa / stock.adobe.com

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Si en grande partie, l’économie se stabilise, les pays en développement avancent prudemment. Une étude de la Banque mondiale montre que, bien que l’économie mondiale pourrait croître de 2,7% en 2025 et 2026, ces nations, à l’origine de 60% de la croissance mondiale, se heurtent à des perspectives de croissance à long terme très faibles, les plus faibles depuis le début du siècle.

Les débuts du XXIe siècle semblent loin. Après une forte croissance dans les années 2000, les économies en développement ont pris un coup avec la crise financière de 2008-2009. La pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques récentes ont compliqué cette situation.

Les facteurs de croissance sont touchés par plusieurs problématiques : une dette qui augmente, une productivité qui ne bouge pas et les effets du changement climatique. De nos jours, ces pays représentent 45% du PIB mondial contre 25% en 2000, mais leur avenir est incertain. Indermit Gill, économiste en chef et premier vice-président du Groupe de la Banque mondiale, chargé de l’Économie du développement, dit : «Pour les économies en développement, les 25 prochaines années seront plus difficiles que les précédentes. La plupart des forces qui avaient autrefois contribué à leur essor ont disparu, pour laisser place à de puissants vents contraires : fardeau de la dette, croissance atone des investissements et de la productivité, impact et coût croissants du changement climatique… Dans les années à venir, les économies en développement auront besoin d’un nouveau modèle stratégique qui mette l’accent sur l’adoption de réformes visant à accélérer l’investissement privé, à approfondir les relations commerciales et à promouvoir une utilisation plus efficace des capitaux, des talents et de l’énergie.»

Cette dépendance croissante de ces économies, avec 40% de leurs exportations allant vers d’autres pays en développement, les rend plus vulnérables aux chocs extérieurs, qu’ils soient commerciaux ou financiers.

Le Maroc, entre espoirs et défis

Par ailleurs, le Maroc montre les paradoxes des pays en développement. Avec de gros investissements dans les infrastructures et les énergies renouvelables, le pays veut jouer un rôle de premier ordre. Mais il fait face à des problèmes tels qu’un marché du travail instable et une sensibilité aux fluctuations des marchés mondiaux.

La hausse des prix des matières premières montre cette dualité qui n’arrange rien : alors que les exportations agricoles atteignent des sommets, les ménages vivent une inflation qui réduit leur pouvoir d’achat. Parallèlement, afin d’éviter d’augmenter les prix, les fabricants optent donc souvent pour la réduflation. Cette pratique, dont le nom est dérivé de l’anglais shrinkflation, est préféré par les industriels pour leur éviter d’affronter la réaction négative des consommateurs face à des hausses de prix directes. «La shrinkflation consiste à réduire le poids du produit sans en modifier le prix, souvent sans que le consommateur ne s’en aperçoive immédiatement. Par exemple, un café qui pesait 250 grammes passe à 200 grammes, sans que cela ne soit clairement indiqué sur l’emballage. La skimpflation consiste à remplacer des ingrédients coûteux par des moins chers, sans réduire le poids ni informer le consommateur, comme le fait remplacer des amandes par des pois chiches » nous expliquait explique Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, dans le dossier Réduflation : vous en aurez MOINS pour votre argent.

Pour surmonter ces défis, la Banque mondiale suggère des stratégies : modernisation des infrastructures, partenariats stratégiques, et simplification des processus douaniers. Ces idées résonnent au Maroc, surtout dans les projets à Dakhla et Laâyoune, ou encore Guelmim.

Lire aussi : Entretien. Guelmim-Oued Noun : une région d’opportunités et de richesses

Cependant, des réformes structurelles dans la gouvernance et la fiscalité restent nécessaires pour atteindre ces objectifs.

L’urgence climatique sous-jacente

Les pays en développement ressentent fortement les impacts du changement climatique. Pour le Maroc, la transition énergétique est essentielle, comme le montre le complexe solaire Noor. Une stratégie intégrée, avec éducation et partage des compétences, est aussi nécessaire pour maximiser ces efforts.

Les économies avancées et en développement dépendent l’une de l’autre. La croissance des grandes économies affecte le bien-être des pays moins riches. Cela souligne le besoin d’un multilatéralisme renforcé pour résoudre les tensions commerciales et établir un modèle de prospérité durable.

Le Maroc a une chance particulière de devenir un exemple pour les économies en développement. En investissant dans son capital humain, en renforçant la cohésion sociale et en multipliant les partenariats, le pays peut tracer le chemin vers un avenir plus inclusif et résilient.

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