Israël et les États-Unis ont déclenché une guerre contre l’Iran pour officiellement anéantir les capacités d’armement nucléaire du régime. Mais une question s’impose : pourquoi maintenant ? En pleine négociation, alors que des signaux étaient présentés comme positifs et qu’un nouveau round était prévu trois jours plus tard ? L’intervention s’inscrit en outre hors du cadre légal international, comme d’autres initiatives américaines récentes menées sans mandat explicite, ni de l’ONU, ni du Congrès.
Après un week-end marqué par les gesticulations et déclarations tous azimuts du président, Marco Rubio a tenté de remettre de la cohérence dans le discours officiel. Le secrétaire d’État affirme que, d’ici un an ou un an et demi, l’Iran aurait atteint une forme de point de non-retour. Le régime disposerait « tellement de missiles à courte portée, tellement de drones que personne n’aurait pu y faire quoi que ce soit parce qu’ils auraient tenu le monde en otage ». Les éléments avancés restent peu détaillés et leur crédibilité interroge d’autant plus que Donald Trump affirmait en juin dernier que les sites nucléaires iraniens étaient totalement détruits, qualifiant de “fake news” les rapports contraires. Il ne s’agit pas d’absoudre le régime iranien, mais d’attendre qu’un recours à la force s’inscrive dans un cadre de droit international, où les faits précèdent l’action, où la puissance ne fait pas office de règle.
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Le bon moment
Pourtant, le moment géopolitique paraît, lui, favorable : un régime affaibli par des années de contestation et une communauté internationale fragmentée. L’opinion américaine, lassée des guerres lointaines, reste sensible aux démonstrations de force et à l’esprit de héros. Toutefois, Pete Hegseth, Secrétaire à la Défense des États-Unis, expliquait encore en décembre, en marge de la publication de leur nouvelle « stratégie de défense nationale », que les États-Unis ne se laisseraient plus entraîner dans des guerres sans objectifs clairs ni dans des aventures de changement de régime. Durant sa campagne, Trump, président de la paix, promettait lui aussi d’éviter toute nouvelle guerre et accusait ses adversaires de vouloir y précipiter le pays.
Si l’objectif officiel d’annihiler les capacités d’attaque de l’Iran, la volonté de changement de régime ne doit pas être oubliée. En éliminant le guide suprême dès les premières attaques, Israël a affiché ses priorités. La disparition d’Ali Khamenei constitue un tournant historique, sans pour autant garantir l’effondrement du régime. Sa succession a été anticipée et le système conçu pour survivre aux hommes. Une campagne aérienne suffit rarement à provoquer un changement de régime, et si Israël paraît prêt pour des troupes au sol, Washington reste plus prudent. Trump dit espérer un soulèvement populaire et avance déjà deux ou trois candidats potentiels pour l’après. Qui sont-ils ? Sur quelle base ? Cette improvisation rappelle d’autres précédents, notamment au Venezuela.
Tout n’est que business
Pour autant, Donald Trump ne semble pas prendre des décisions au hasard, même si la profondeur de la réflexion peut sembler limitée. L’angle énergétique est un autre paramètre que nous ne pouvons pas mettre de côté. 13% des approvisionnements chinois en pétrole proviennent directement ou indirectement d’Iran. Le détroit d’Ormuz voit aussi transiter près de 20% du pétrole et du GNL mondial, dont 40% des importations chinoises. Sa fermeture ou sa perturbation à long terme ferait flamber les prix au-delà de 100 dollars le baril et mettrait l’Asie sous pression, nécessitant d’autres chemins d’approvisionnement. Dans cette équation, Pékin est exposé.
Du côté américain, l’équation pourrait être encore plus lisible. Les US sont devenus exportateurs nets de pétrole et de GNL depuis 2019. Un baril cher favorise leurs producteurs et leurs exportations, ce qui n’était pas le cas auparavant. Dans un contexte de déficit commercial record, la tentation est grande de lire la crise à travers quelques indicateurs simples. Dans l’esprit du maître des deals, des prix énergétiques plus élevés engendrent des exportations américaines renforcées, réduisant de facto le déficit américain, tout comme ses droits de douane….
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Finalement, et si l’explication tenait moins à une vaste stratégie d’ensemble qu’à un alignement d’opportunités ? Netanyahu poursuit un objectif ancien et assumé. Aurait-il trouvé les bons mots pour convaincre le président américain lors de leur rencontre à Washington le 11 février dernier ? Trump, lui, raisonne souvent de manière binaire. Pétrole iranien et flux de la péninsule arabique perturbés signifient pression accrue sur la Chine. Baril plus cher signifie avantage économique pour les producteurs américains. Le reste, la stabilité régionale, la recomposition interne iranienne, les effets d’une guerre longue, les soubresauts d’une finance qui finit toujours par s’adapter, relèvent d’un horizon plus lointain. Or c’est souvent dans cet horizon que se niche le vrai coût des décisions prises dans l’urgence. Mais pour Trump, qui fonctionne au flair et à l’instinct, tout est question de momentum.
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