Conseil de paix : tout ce qu’on sait de l’instance internationale lancée par Trump

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Conseil de paix : tout ce qu'on sait de l'instance internationale lancée par TrumpSignature de la Charte constitutive du Conseil de paix présidé par Donald Trump, président des Etats-unis, en présence de Nasser Bourita, représentant le Maroc © WEF

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Le Maroc figure parmi les États fondateurs du Conseil de paix lancé par le président américain Donald Trump, officiellement scellé lors d’une cérémonie de signature organisée en marge du Forum économique mondial de Davos. Voici ce que l’on sait jusque-là.

Le ministère des Affaires étrangères a confirmé que le roi Mohammed VI a accepté l’invitation américaine, suite à quoi le Maroc a ratifié, jeudi 22 janvier, la charte constitutive de cette nouvelle instance internationale. La délégation marocaine à Davos était conduite par le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, appelé à jouer le rôle d’émissaire du Royaume dans ce nouvel amphithéâtre diplomatique.

L’annonce de la participation marocaine intervient dans un calendrier géopolitique tendu : le Conseil a été conçu à l’origine pour superviser la phase de « stabilisation » et de « reconstruction » de la bande de Gaza après les opérations militaires israéliennes prolongées. Mais le projet a rapidement élargi ses ambitions pour se présenter comme un instrument de résolution de conflits à vocation globale, une évolution qui suscite interrogations et résistances parmi des partenaires traditionnels.

Ce qu’est (précisément) le Conseil de paix

La charte constitutive et les communiqués publics décrivent le Conseil comme une organisation internationale chargée de « promouvoir la stabilité, restaurer la gouvernance et assurer une paix durable dans les zones affectées ou menacées par des conflits ».

Trump assumera la présidence inaugurale et paraît jouir, selon le texte, de prérogatives exécutives significatives (pouvoir d’invitation, capacité d’exclure ou de suspendre des membres et un rôle central dans l’agenda du Conseil).

Le comité exécutif fondateur, tel que présenté par la Maison-Blanche, inclut des personnalités proches de l’administration américaine : le secrétaire d’État américain Marco Rubio, Jared Kushner (haut-conseiller pour le Moyen-Orient sous Trump), l’envoyé spécial Steve Witkoff et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, parmi d’autres noms cités.

Une légitimation onusienne limitée et conditionnelle

Le projet n’est pas entièrement ex nihilo : le Conseil s’inscrit dans le sillage d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée en novembre 2025 (résolution 2803), qui a approuvé, à titre transitoire, une architecture pour la stabilisation de Gaza, incluant un rôle de coordination international pour la reconstruction et l’autorisation d’une force internationale de stabilisation.

Mais le mandat onusien demeure circonscrit dans le temps (jusqu’en 2027 selon le texte) et ciblé sur Gaza ; la transformation du Conseil de paix en instrument global pose donc une question juridique et politique majeure quant à la répartition des compétences entre la nouvelle instance et les organisations internationales existantes. Juristes et diplomates interrogent la portée réelle des pouvoirs conférés par la charte, notamment s’agissant des mécanismes d’exécution et de reddition de comptes.

Qui a rejoint et qui a décliné ?

Selon les bilans publiés en marge de la cérémonie, une trentaine de pays ont accepté de figurer parmi les premiers signataires ou ont annoncé leur intention de rejoindre le Conseil. La liste mêle puissances régionales, États du Golfe, pays d’Asie et quelques alliés européens : Israël, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, le Qatar, la Turquie, le Pakistan, la Jordanie, le Maroc, ainsi que des États d’Asie centrale et d’Amérique latine.

Toutefois, plusieurs pays européens ont pris leurs distances : la France, la Norvège et la Suède ont décliné l’invitation pour des raisons juridiques et de coopération multilatérale, tandis que des capitales comme Berlin, Londres et Tokyo restent prudentes ou indécises. La présence annoncée de dirigeants controversés (à titre d’exemple : la Biélorussie a confirmé son adhésion) alimente le débat sur la nature normative du Conseil.

Lire aussi : Nasser Bourita procède à Davos à la signature de la Charte constitutive du Conseil de paix

Les lignes de fracture diplomatiques

Deux préoccupations émergent de façon récurrente dans les déclarations publiques et l’analyse des observateurs. D’abord, la crainte d’un affaiblissement du « centre » multilatéral incarné par l’ONU : remplacer, contourner ou dévier les prérogatives du Conseil de sécurité reviendrait à redessiner l’architecture de la gouvernance mondiale sans les garanties procédurales et juridiques habituelles.

Ensuite, la personnalisation du projet autour d’un chef d’État, avec des prérogatives étendues pour le président du Conseil, inquiète ceux qui y voient le risque d’un instrument davantage soumis à des calculs bilatéraux et politiques qu’à des règles institutionnelles. Ces critiques ont été formulées tant par des responsables onusiens que par des gouvernements européens.

Pourquoi le Maroc dit oui ?

La décision marocaine doit être lue à la croisée de plusieurs logiques. D’un côté, le Maroc a consolidé au fil des années une posture de médiation en matière palestinienne : le Roi est président du Comité Al-Qods et le Maroc a multiplié, par des initiatives diplomatiques et humanitaires, les preuves de son engagement sur la question palestinienne.

De l’autre, l’adhésion permet au Maroc de renforcer son profil international en tant que médiateur, interlocuteur crédible auprès des capitales arabes et occidentales et acteur régional capable d’accéder à des scènes de décision stratégique. La communication officielle marocaine a souligné la « confiance » témoignée par l’invitation et la volonté du Royaume de contribuer à des solutions concrètes pour Gaza et la région.

Quels scénarios d’évolution ?

Trois trajectoires sont plausibles à court et moyen terme. Le premier scénario, optimiste, verrait le Conseil fonctionner comme un instrument complémentaire de l’ONU dans Gaza, concentré sur la coordination logistique, la levée de fonds et l’appui technique sans chercher à concurrencer la gouvernance internationale.

Le deuxième, plus conflictuel, verrait le Conseil s’étendre graduellement à d’autres crises (Soudan, Libye, régions du Sahel), testant ses marges d’action et provoquant des frictions avec Bruxelles, New York et Pékin.

Le troisième scénario, institutionnellement dangereux, consisterait en une consolidation d’un groupe d’États articulé autour d’un leadership personnalisé, susceptible d’imposer des modèles de « stabilisation » prioritaires sans les garanties d’impartialité attendues d’organismes multilatéraux.

La réalité sera vraisemblablement mixte et dépend autant des premières actions concrètes du Conseil que des réponses des grandes institutions internationales.

Les prochains mois, et surtout les premiers projets concrets de reconstruction et de stabilisation en Gaza, montreront si le Conseil apportera une valeur ajoutée tangible, ou si, au contraire, il ouvrira une nouvelle ère d’institutions parallèles, insoumises aux règles du droit international et de la transparence.

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