Agriculteurs français : verts de jalousie, ou rouges de fureur ?

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Agriculteurs français : Verts de jalousie, ou rouges de fureur ?Un exemple d’étiquettes « Origine Maroc » collées sur une barquette de tomates marocaines, à Cora, près de Rennes. (©Hugo Murtas - actu Rennes )

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Concurrence déloyale. C’est le terme qui revient le plus souvent dans la bouche des agriculteurs espagnols, et maintenant français. S’ils n’en sont pas à leur premier essai, les cultivateurs européens ne cessent de rivaliser d’imagination pour mettre fin à l’import de tomates marocaines. Dernière en date, le sticker « Maroc », que les agriculteurs collent eux-mêmes sur les packagings déjà en rayon dans les supermarchés.

La tomate marocaine fait décidément peur. Pas aux acheteurs, non, ces derniers la consomment généreusement. Son prix accessible, en fait la préférée des Français. C’est justement ce choix qui fait peur aux agriculteurs européens.

Il y a quelques jours, les agriculteurs espagnols pointaient du doigt le succès fulgurant de la tomate marocaine auprès des consommateurs espagnols. De leur côté, les agriculteurs français ont organisé des actions ciblées à Agen, Rennes, Brest et Avignon. Les producteurs ont apposé des étiquettes avec le mot « Maroc » ou encore ‘’Origine Maroc’’ sur les tomates en vente dans les supermarchés. Objectif selon eux ? Sensibiliser les consommateurs quant à l’origine des produits et mettre en lumière la production française.

Les producteurs de tomates, représentés par l’organisation Légumes de France de la FNSEA, expriment leur frustration face à une situation qu’ils estiment être le résultat d’accords commerciaux inefficaces et d’une législation insuffisante en matière d’information sur l’origine des fruits et légumes. Selon eux, les tomates marocaines bénéficient d’une préférence indue sur le marché français, ce qui nuirait aux producteurs nationaux.

Lire aussi : Comment le Maroc déstabilise la tomate espagnole ?

Des tomates européennes trop chères

S’ils pensent faire fuir les consommateurs français, il se peut, qu’au contraire, ils les attirent. A commencer par les MRE qui ne manqueront pas de remarquer le nom de leur pays sur les packagings. Ensuite, il faut savoir qu’en France, la tomate, comme plusieurs fruits et légumes, demeure chère, et que tous ne peuvent se permettre une salade fraîche variée, à chaque repas. La tomate marocaine, permet à ces consommateurs d’en acheter à bas prix.

Faisons un petit tour de rayons. La tomate cerise allongée de Bretagne, extra barquette de 250g, est vendu à un prix moyen de 3,38 euros, hors taxes. Prenons une tomate ronde, simple, selon France Agrimer, celle des Pays de la Loire (extra 57-67mm colis 6kg), est vendue à 1,25 euros hors taxes, le kilo. La tomate ronde espagnole biologique est vendue à 1,65 euros, HT. La Belge à 1 euro. Quant à la Marocaine, elle demeure la moins chère du classement, avec un prix de 0,85 euros (cat.I 57-67mm colis 6kg).

Prix des tomates en France

Prix des tomates en France

Présente dans de nombreux supermarchés français, la tomate marocaine sait séduire. Lors de sa campagne, la FNSEA a dénoncé le slogan de l’un d’entre eux, lui reprochant de ne pas respecter son leitmotiv.

Tomates, rayon en France

©Hugo Murtas actu-Rennes

En signant des contrats directement avec des coopératives, les supermarchés garantissent un approvisionnement toute l’année à des prix compétitifs. Face à cette situation la grogne des agriculteurs français se faisait déjà entendre depuis plusieurs semaines. Début février 2024, des agriculteurs de Montélimar s’en sont directement pris à des camions de légumes en provenance de plusieurs pays, dont les tomates marocaines, qui ont été jetées au sol, avant d’être brûlées.

Mais ce que les agriculteurs européens ne voient pas, ce sont ces nombreux producteurs marocains confrontés à des coûts de production croissants, vendant parfois à perte en raison de contrats contraignants.

Le Maroc, 3e mondial des exportations de tomates

Chaque année, le pays exporte environ 330.000 tonnes de tomates vers la France, soit 36% de la consommation totale de ce pays. L’Espagne figure également parmi les principaux partenaires commerciaux du royaume dans ce secteur.

Si les agriculteurs européens considèrent la concurrence de la tomate marocaine comme déloyale, les autorités marocaines, quant à elle, affirment respecter l’accord de libre-échange avec l’Union européenne en tenant compte des périodes de production européennes, (export en hiver, plus qu’en été), rapporte TRT France.

Cet accord, entré en vigueur en 2012, fixe des limites de volume pour les exportations et encadre les prix. Si les exportations de tomates dépassent 285.000 tonnes entre octobre et mai, des barrières douanières s’appliquent, bien que peu élevées, avec un abattement de 60% pour les produits marocains conformément aux termes de l’accord de libre-échange.

Parallèlement, les règles ne sont pas les mêmes pour les agriculteurs européens : augmentation des coûts de production, des règles environnementales de plus en plus strictes dans l’objectif assumé du “Pacte vert” en 2050. Ils ne peuvent évidemment pas baisser leur prix de vente dans ces conditions.

Il est donc évident que l’augmentation des importations marocaines fasse réagir dans un tel contexte. L’association des Producteurs de tomates et concombres de France, déclare que pour la saison 2022-2023, 424.690 tonnes de tomates marocaines ont été importées en France, contre 394.740 tonnes en 2021-2022, soit une augmentation de 7,6%. En valeur, cette augmentation représente plus de 168 millions d’euros, soit une hausse de 27,5%.

Selon un rapport sénatorial, déposé en septembre 2022, 36 % des volumes annuels de tomates fraîches consommées en France sont importées, principalement l’hiver mais de plus en plus toute l’année en raison du développement d’une offre marocaine, belge et néerlandaise concurrençant la production française de saison.

Face à la concurrence des tomates rondes importées, les producteurs français se sont orientés vers des variétés de niche comme les tomates cœur de bœuf, anciennes, cerises ou bio, offrant des prix plus élevés mais avec des volumes réduits.

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