IA en Afrique : pourquoi son adoption ne garantit pas les gains économiques ?
Une représentation de l'intelligence artificielle © DR L’Afrique subsaharienne devrait enregistrer une croissance de 4,3% en 2026, après 4,1% en 2025, selon les prévisions de l’institution. Mais cette progression ne suffira pas, à elle seule, à réduire sensiblement l’extrême pauvreté ni à créer assez d’emplois pour une population active en expansion. Dans ce contexte, l’IA représente un levier potentiel, à condition que son utilisation se traduise par des gains économiques concrets.
L’IA ne profite pas à toutes les entreprises de la même manière
Un outil d’intelligence artificielle peut aider un entrepreneur à organiser son activité, à traiter des informations ou à prendre certaines décisions. Mais disposer de cette technologie ne signifie pas nécessairement savoir en tirer profit. Une expérience menée au Kenya illustre cette difficulté.
Des chercheurs ont étudié pendant cinq mois l’utilisation d’un assistant commercial reposant sur GPT-4 et accessible via WhatsApp auprès de 640 entrepreneurs. Répartis aléatoirement entre deux groupes, les participants ont soit bénéficié de cet assistant, soit reçu un guide classique de gestion.
Le constat est nuancé : l’accès à l’assistant n’a pas entraîné d’amélioration moyenne statistiquement significative des revenus et des bénéfices. Les effets ont toutefois varié selon les performances initiales des entrepreneurs. Les plus performants ont davantage bénéficié de l’outil, tandis que les moins performants ont enregistré des résultats moins favorables.
Ces résultats ne signifient pas que l’IA est inefficace. Ils montrent plutôt que ses effets dépendent aussi de la capacité des utilisateurs à exploiter ses recommandations et à les intégrer à leur gestion quotidienne. Une même technologie peut ainsi produire des résultats différents selon les personnes qui l’utilisent.
Électricité, connexion, compétences : les obstacles persistent
Pour les économies africaines, le défi ne consiste donc pas uniquement à rendre l’IA accessible. Encore faut-il disposer des conditions nécessaires à son utilisation. La Banque mondiale relève plusieurs freins à son adoption en Afrique subsaharienne, notamment la fiabilité de l’approvisionnement électrique, le coût de la connexion, le manque de compétences numériques, la disponibilité de données de qualité et les capacités informatiques.
Ces contraintes limitent les possibilités d’utilisation de l’IA, en particulier lorsque les entreprises ne disposent pas des ressources nécessaires pour intégrer ces outils à leurs activités. Une solution performante sur un marché doté d’infrastructures solides et de compétences spécialisées ne produira pas forcément les mêmes résultats dans un environnement où ces ressources sont plus rares.
La Banque mondiale met ainsi l’accent sur l’adoption et l’adaptation de technologies déjà disponibles, plutôt que sur le développement immédiat des modèles les plus avancés. L’objectif est de privilégier des solutions capables de répondre à des besoins concrets dans des domaines comme l’agriculture, l’éducation, la santé, la finance ou les services publics.
Transformer l’adoption en gains économiques
Même lorsque les outils sont disponibles, leurs bénéfices ne sont pas nécessairement répartis de manière égale. Les entreprises disposant déjà de personnel qualifié, de données et de moyens financiers peuvent être mieux placées pour les intégrer à leurs opérations. À l’inverse, les structures moins équipées risquent de rencontrer davantage de difficultés à en tirer parti.
La question est donc autant celle de la diffusion des gains que celle de l’adoption. Si l’IA améliore la productivité de certaines entreprises sans que les autres puissent suivre, ses retombées économiques pourraient rester limitées à une partie du tissu productif.
À court terme, la Banque mondiale envisage surtout l’IA comme un outil susceptible de compléter le travail humain, plutôt que de provoquer une automatisation massive. Pour concrétiser ce potentiel, les investissements dans les infrastructures, la formation, les données et la gouvernance restent déterminants.
Pour les économies africaines, l’enjeu ne se résume donc pas à adopter plus rapidement l’intelligence artificielle. Il s’agit de créer les conditions permettant aux entreprises et aux travailleurs de l’utiliser efficacement. Car entre la mise à disposition d’une technologie et la création de richesse, il reste une étape décisive : transformer son usage en gains de productivité durables et suffisamment largement partagés.