DOMINANCE Act
Le Congrès américain a voté le DOMINANCE Act (Developing overseas mineral investments and new allied networks for critical energies). À travers ce texte, Washington veut sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et par dessus tout réduire sa dépendance à Pékin. Le texte est présenté comme bipartisan, presque vertueux. La réalité africaine, elle, est moins flatteuse.
Notre continent est convoqué. Il détient une part disproportionnée des ressources que ce texte cible. Le cobalt sort du Congo (70% de la production mondiale), le lithium du Zimbabwe, le manganèse gabonais. Et quelque part dans les collines du Malawi, des terres rares que Lilongwe a décidé d’interdire à l’exportation brute depuis octobre 2025. Ce sont ces matières que Washington entend désormais sécuriser avec ses outils diplomatiques et financiers, en contournant Pékin par tous les corridors disponibles. Sauf que l’Afrique n’est pas un corridor. Elle est censée être un partenaire. Le problème, c’est le calendrier.
Le DOMINANCE Act arrive après la mort de l’USAID. Après l’expiration chaotique de l’AGOA, reconduit dans l’urgence pour une seule année supplémentaire (jusqu’en décembre 2026) avec, en prime, des tarifs douaniers réciproques qui annulent une partie des bénéfices préférentiels. Après les restrictions de visa et trois paragraphes accordés à l’Afrique dans la stratégie de sécurité nationale américaine, la liste de courses est bouclée. Washington découvre soudainement la valeur stratégique des sous-sols africains au moment précis où il a liquidé les instruments de sa présence continentale. Le DOMINANCE Act promet des financements pour les projets étrangers, à condition de s’aligner sur les préférences américaines en matière de chaîne d’approvisionnement.
Autrement dit : exportez vos ressources brutes vers nos alliés, restez en dehors de l’orbite chinoise et attendez.
Soyons honnêtes. Ce film, le continent le connaît par cœur.
Pendant la Guerre froide, les grandes puissances distribuaient des loyautés africaines selon leurs besoins industriels. La terminologie a changé depuis (supply chains, energy security, resilient partnerships). Mais la logique reste la même. Le continent reste une réserve à activer en cas de tension géopolitique chez les autres.
Les dégâts sont énormes pour notre continent. Des mines sans transformation locale, des contrats négociés dans l’urgence géopolitique américaine, des gouvernements africains placés en situation de choisir leur camp (Washington ou Pékin) sans que ni l’un ni l’autre ne leur offre une industrialisation réelle.
La Chine a construit des routes. Les États-Unis promettent des compacts énergétiques. Quelque part entre les deux, le continent attend encore quelqu’un qui lui parle de valeur ajoutée.